Critique de Horehound (2009) par The Dead Weather image photo pochette coverHorehound

par The Dead Weather

Critique de Horehound (2009) par The Dead Weather image photo pochette cover

Sortie : 13 juillet 2009
Label : Third Man / Warner Bros.
Stéréotypes : Garage Rock, Blues
Liens : EcouterVoirAcheter

The Dead Weather est un « super-groupe » formé de Jack White qu’on ne présente plus, d’Alison ‘VV’ Mosshart du duo The Kills, Dean Fertita des Queens of the Stone Age et Jack Lawrence de The Raconteurs, un des autres groupes de Jack White. Plusieurs singles ont servi de teasers pour ce Horehound, dont la pochette est ornée de la figure de Mosshart qui assure le chant, parfois secondé par un Jack White batteur. L’album sort sur le label de Jack White, Third Man, et si vous n’aimez pas Jack White, ne lisez pas cette chronique parce que je crois je cite son nom au moins 49 fois.

Jack White est pour moi le plus grand rockeur de la décennie. Je sais pas si vous avez remarqué, mais il se trouve, sous une forme ou une autre, dans tous les « tops singles » que j’ai fait jusqu’à présent. 2001, 2002, 2003, 2004, 2005, 2006, 2007, 2008, avec les White Stripes ou les Raconteurs, Jack White s’y trouve toujours. Et il y aura une chanson de The Dead Weather dans mon top singles de 2009, nul doute possible. La question qui s’est tout de suite posée pour ceux et celles qui s’intéressant à la carrière de Jack White, la question était de savoir si ce « super-groupe » n’était qu’un side-project, ou un moyen pour Jack White d’occuper ses dimanches après-midi. Le mec bosse sur tellement de choses en même temps, il semble impossible que tout puisse être aussi bon que n’importe quel album des White Stripes, non ?

Même si c’est Alison Mosshart qui tient le rôle principal, Jack White est aux manettes, c’est lui le scénariste, le réalisateur, le preneur de sons, le monteur et le producteur, merde, c’est sûrement lui qui allait acheter les burgers lors des séances d’enregistrement. Autant vous le dire tout de suite, j’ai une infinie admiration pour le mec, et Horehound, malgré ses défauts, ses morceaux un peu foirés, va encore une fois s’inscrire dans une discographie déjà plus qu’impressionnante.

J’vais commencer par les défauts : « So Far From Your Weapon », « Rocking Horse », « New Pony » et « No Hassle Night ».

La première est la seule chanson de l’album écrite exclusivement par Alison Mosshart et même sans savoir ça, la chanson ne sonnait pas bien. On dirait du Kills avec des tas de trucs en trop, les choeurs sonnent pas bien… J’peux pas m’empêcher d’imaginer comment cette chanson aurait sonné en formation Kills, donc forcément ça ruine un peu la chanson.

Ils ont cherché, en enregistrant dans les conditions d’un concert, Jack White ne voulant surtout pas d’un enregistrement propre, à créer un son, quelque chose de très lourd, qui se révèle parfois très étouffant. Ce disque baigne dans une atmosphère sombre, crade, enfumée… C’est du garage-blues bien lourd. Mais parfois, plus précisément dans les chansons citées là-haut, il n’y a rien de plus que ce son, intéressant, certes, mais ce n’est pas suffisant. J’ai écouté l’album une bonne dizaine de fois, et au bout de la troisième je zappais directement ces chansons-ci, ce qui veut tout dire. Il leur manque ce petit truc que j’attends d’un morceau où Jack White est crédité, autre chose qu’une chanson qui pourrait faire partie de la BO d’un western de série B. De la même manière, la reprise ledzeppelinesque de « New Pony » (Bob Dylan) fait plaisir parce que Jack White tripote sa guitare comme un dieu, mais j’suis super difficile quand il s’agit d’une reprise de Bob Dylan, et là ça ne le fait pas.

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Dean Fertita, Jack Lawrence, Jack White, Alison Mosshart (photo : David Swanson)

Et puis vous avez le reste, et là c’est de la pure folie. Jack White est connu pour être un extraordinaire bluesman, mais là il s’est vraiment surpassé. « 60 Feet Tall » ouvre le disque et j’crois m’être dit au moins 20 fois que ce disque partait pour devenir un classique. Bon, on ne sait jamais, z’allez me dire. ‘suffirait que Jack meurt dans des circonstances étranges… Bref. Tout ça pour dire que « 60 Feet Tall » résume en quelque sorte toutes les qualités de ce disque : un groupe de musiciens géniaux, une chanteuse aux hurlements plus-sexy-tu-meurs qui accompagne parfaitement la guitare rageuse d’un Dean Fertita (Queens of the Stone Age) carrément exceptionnel. Jack White a toujours eu une approche originale du blues, une approche très heavy, très lourde. Le mariage garage/blues atteint plusieurs fois sur ce disque des sommets de jouissance sonore, « 60 Feet Tall » en fait partie.

Tout comme « Hang You From the Heavens », le premier single extrait de l’album, qui avait fait saliver à peu près tout le monde, fans, journalistes, blogosphère et qui continue dans la veine « bonne grosse marave dans ta tronche ». Il n’y a qu’un seul groupe qui me vient à l’esprit là maintenant, c’est Led Zeppelin. Non mais sérieusement, un « super-groupe » qui fait du heavy-blues carrément insensé et à un aussi haut niveau de puissance éruptive, à qui d’autre voulez-vous que je pense ?

« Cut Like a Buffalo », avec sa rythmique reggae quasi-funky (!), est la seule écrite exclusivement par Jack White et le moins qu’on puisse dire c’est que ça s’entend, vu comment il s’investit dans son interprétation. Imprévue, décalée, avec son orgue Hammond qui lui donne un côté épique, presque cinématique, cette chanson porte avec elle de belles promesses concernant l’album solo de Jack White qui devrait sortir fin 2009 (je ne m’étendrai pas sur le côté insatiable de Jack White, j’pense que vous avez compris que le type ne prend jamais de vacances).

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The Dead Weather en concert (photo : Grant Lee)

Et ça continue avec « Treat Me Like Your Mother », la meilleure chanson du disque, une pure orgie dans laquelle Mosshart semble imiter la façon de chanter de Jack White, mais ça sonne tellement bien, leurs deux voix se mélangent parfaitement, et ces riffs de guitare PHARAONIQUES ! Ma-ma-maaa, je crois bien que c’est cette chanson qui finira dans mon top singles de fin d’année… Grosse baffe.

« Bony House », avec sa boucle électronique, est du même acabit, mais plus centrée sur Mosshart qui nous sort une de ses interprétations les plus violentes, jouant comme d’habitude sur son côté petite fille énervée, mais ça fonctionne, et ça fonctionne même puissance 10 en concert. Et puis vient « 3 Birds » qui a elle seule m’a convaincue de mettre 5 étoiles à ce disque. C’est une piste instrumentale qui ne dure qu’infiniment trop peu. Ce morceau a une telle classe que je n’ai aucune idée comment l’aborder, donc je vais pas le faire.

L’album se termine sur un morceau de pur, pur blues lo-fi, « Will There Be Enough Water » (clip), un duo de White et Mosshart à tomber par terre à genoux en se prosternant devant sa statue de Jack White. Ok, j’abuse un petit peu, mais que voulez-vous… J’arrive pas à imaginer meilleure conclusion pour un album, n’importe quel album. Ce morceau de 6 minutes 20 ne sortira jamais en single, mais dans un monde parfait il serait en tête de playlist de toutes les radios du monde. Magnifique. J’imagine tellement Jack White sortant d’une cave lui servant de studio d’enregistrement après une séance de 3 heures à enregistrement des monstres heavy comme « Treat Me Like Your Mother » ou « Hang You From the Heavens », et, la nuit tombée, s’assoir sur son porche et composer ça d’une traite à la guitare acoustique, Mosshart le rejoignant et jammant toute la nuit. C’est ce genre d’images que ce disque me met en tête, et rien que ça justifie la note maximale de là-haut, que vous retrouverez sûrement jamais dans d’autres critiques car ce disque a de vrais défauts. Mais je ne pouvais pas lui mettre moins de 5 étoiles, ç’aurait été ne pas être honnête avec vous.

Souvent pour parler d’un « super-groupe », le critique se pose la question : « est-ce que la somme des parties est meilleure que chacune d’elle prise séparément ? » (vous n’imaginez pas à quel point j’ai galéré pour trouver une formulation correcte à cette question). Je n’y répondrai pas parce que je ne vois pas l’intérêt. The Dead Weather, ce sont 4 artistes qui ont essayé de proposer quelque chose de différent de leurs groupes originels. Ils n’y sont pas vraiment arrivés, il faut être honnête, il n’y pas de grande révolution. Un peu de White Stripes par-ci, de Kills par-là, de riffs à la Queens of the Stone Age par ici, le tout sous la houle d’un rockeur de génie derrière sa batterie et sa table de mixage.

Seulement voilà, malgré quelques morceaux un peu ratés qui gâche ce qui aurait pu être une orgie musicale parfaite, Horehound répond finalement à toutes mes attentes, et c’était pas gagné d’avance croyez-moi.

NB : Tout l’album est écoutable gratuitement et légalement là-bas. J’vous recommande très vivement d’acheter l’album pour avoir un son correct parce que sinon vous vous faites du mal.

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