C’est une légende qui a marqué le blues en son époque et qui est encore présente à travers l’expression « sex, drugs & rock ‘n roll ». Essayons de voir pourquoi !

Robert Johnson et le Crossroads image photo pochette coverRobert Johnson est un pionnier du blues. On n’en sait pas beaucoup sur lui. Son talent unique et sa mort à 27 ans ont fait de lui une des premières légendes du blues. Il est né dans le delta du Mississipi, un des principaux berceaux du blues, d’où est également sorti Howlin’ Wolf, Muddy Waters, Skip James ou John Lee Hooker. Ces mecs, toujours issus de familles très pauvres, ont écrit l’Histoire de la musique à l’aide de leur Gibson acoustique et de textes poignants chantés comme une longue plainte. Robert Johnson est l’un des plus talentueux de ceux-là. Sa qualité d’écriture est hors du commun. Il avait d’ailleurs tous les talents : grand chanteur, grand guitariste (il a influencé Hendrix, Clapton et j’en passe) et grand parolier.

Gamin, il suivait partout le bluesman Son House et essayait vainement de le copier, non sans l’énerver. Quelques mois plus tard, Son House le rencontra de nouveau, et la technique de Johnson s’était élevée à un niveau miraculeux. On ne sait pas ce qui s’est passé pendant ces quelques mois. La légende veut que Son House ait évoqué un « pacte avec le diable » expliquant ce progrès incroyable. Il faut savoir qu’à l’époque le vaudou est encore très présent dans la région. Profitant de cela, Robert Johnson va (intentionnellement ?) créer sa légende. Il raconta alors cette histoire : un soir très sombre alors qu’il se promenait dans les alentours de Rosedale dans le Mississipi, il se perdit à un carrefour (crossroads en anglais), plus exactement ce carrefour. Alors qu’il commençait à s’endormir une brise fraîche le réveilla. Il vit au dessus de lui une ombre immense avec un long chapeau. Effrayé, ne pouvant dévisager cette apparition Johnson resta comme paralysé. Sans un mot l’apparition se pencha, prit sa guitare, l’accorda, joua quelques notes divines avant de lui rendre l’instrument après que Johnson ait accepté de lui donner son âme. Il raconte également cette histoire (de manière plus dramatique et scénarisée différemment) dans la chanson « Cross Road Blues », que voici, avec à côté la version de Cream intitulée « Crossroads ».

Robert Johnson devint donc très célèbre et sa légende fit d’abord le tour du Delta avant de parcourir tous les États-Unis. Johnson était également plutôt beau garçon ce qui lui valu de connaître plusieurs aventures (il se maria très jeune, eu  avec plusieurs femmes dont une de 15 ans son aînée. Mais c’était plutôt un coureur de jupons, du genre à filer par la fenêtre quand le mari revenait à la maison, vous voyez. Il fut repéré et commença à enregistrer ses propres compositions. En effet lorsqu’il jouait dans la rue pour se faire de l’argent ou dans les bars, il jouait ce qu’on lui demandait de jouer. Lors des séances d’enregistrements il se mettait face au mur, intimidé par les producteurs ! Il voyagea en Illinois, au Texas, en Arkansas… Il est mort par empoisonnement (à la strychnine), après avoir bu dans une bouteille de whisky qu’on lui a offerte (la légende veut que ce soit un mari jaloux) qui avait déjà été ouverte et malgré les recommandations de son pote et future légende du blues, Sonny Boy Williamson (vous connaissez peut-être ceci). Une autre version veut que Robert Johnson ait succombé à la syphillis.

Robert Johnson et le Crossroads image photo pochette coverToujours est-il qu’il est le premier de ces artistes maudits morts à 27 ans. Je pense notamment à Jimi Hendrix, Janis Joplin, Jim Morrison, Brian Jones et Kurt Cobain, tous ou presque décédés dans des circonstances mystérieuses. Cela laisse songeur, non ? (juste pour info, Amy Winehouse a 25 ans et sa mère se prénomme Janis)

Le thème du Diable a été repris par nombre de chansons. Je pense notamment au « Sympathy For The Devil » des Rolling Stones qui a marqué ses contemporains car elle témoigne du basculement des Stones dans leur côté « obscur », presque sataniste, un côté complètement absent de la musique de l’époque, peace & love, marguerites et petits oiseaux.

Revenons à la légende du « crossroads ». Vendre son âme au diable pour atteindre des sommets de beauté musicale et, surtout, devenir célèbre, ça ne vous fait pas penser au fameux « sex, drugs & rock ‘n roll », la débauche, la consommation excessive de drogues pour atteindre les « portes de la perception » (« The Doors of Perception », titre d’un livre de Huxley, d’où Jim Morrison a tiré le nom de son groupe) ? Le « mode de vie » des rockeurs est né avec cette légende. Il faut vendre son âme au diable, céder à la tentation pour connaître le succès.

Le blues n’a pas influencé le rock ‘n roll puis le rock et tous ses dérivés uniquement avec ses riffs de guitare, mais aussi avec ses légendes et particulièrement celle de Robert Johnson.

Eric Clapton a déclaré un jour qu’il a mis du temps avant de se réclamer héritier du bluesman. Pourquoi ?

« Il m’effrayait. »