
Avant toute chose, un gigantesque merci à tout ceux et toutes celles qui m’ont envoyé leurs impressions tout au long de l’été !
J’me suis pris la tête pendant un moment en me demandant comment j’allais présenter ce billet. Au final, sur les 14 participations que j’ai reçues, j’en ai choisies 5. J’ai donc privilégié la qualité de l’écriture, les textes dont j’ai véritablement pris plaisir à lire, plutôt qu’essayer d’être exhaustive, d’essayer de parler d’un maximum de festivals. Je vous propose les meilleures choses que j’ai reçus, en intégralité, sans aucune édition de ma part.
On commence par Nassim (qui écrit pour indiepoprock.net) et son compte-rendu du concert ultra-attendu de Blur à Hyde Park le 3 juillet. Ce n’était pas à proprement parler un festival, mais vous vous rendrez vite compte qu’il a largement sa place dans cet article. Une journée du Midi Festival et une journée des Nuits de Fourvière nous sont racontées par Pierre. Nathan se charge de la Route du Rock et Lucas du mastodonte Rock en Seine (concernant ce festival, je vous recommande également d’aller lire sur son blog le très bon compte-rendu de Lizenn).
Les auteurs de ces textes ont vraiment, vraiment du talent, vous vous en rendrez compte par vous-mêmes.
Blur
+ Hypnotic Brass Ensemble + Golden Silver + Crystal Castles + Foals

Hyde Park le 3 juillet
Le compte-rendu de Nassim :
“Entre les venues de Springsteen et Neil Young au Hard Rock Calling et le Live Nation avec Kanye West et Basement Jaxx en têtes d’affiche, les scènes installées à Hyde Park restaient inoccupées 5 jours. Pour rentabiliser la scène, un petit groupe qui n’avait pas tourné depuis quelques années s’est proposé de venir jouer 2 jours. Et on peut dire que l’appel de Blur a bien été reçu.
Si on ne peut pas parler vraiment ici de festival, une seule scène étant occupée, on peut oser le mot « jubilé » (ce qui tombe bien, le groupe a joué Jubilee au début de son set), Blur ayant pour l’occasion invité 4 groupes par jour à venir ouvrir le bal.
C’est devant un public clairsemé que Hypnotic Brass Ensemble entre en scène, et le groupe, composé de 8 cuivres et d’un batteur, a réussi tant bien que mal à faire bouger une partie de ces premiers arrivants avec son mélange de hip-hop et de musique de fanfare. Les mélodies se révèlent assez vite limitées et répétitives mais l’énergie et l’originalité du combo ainsi que l’interactivité du show compensent plutôt bien.
On n’en dira pas autant de Golden Silver dont le show ne marquera probablement aucune mémoire, au point que je ne me souviens pas vraiment quelle musique ils jouaient. A leur corps défendant, le Soleil frappant Londres dans sa journée la plus chaude de l’année n’aide pas vraiment le public à se détendre devant leur spectacle et tend plutôt à le distraire vers toute source d’eau ou de fraîcheur, le brumisateur géant connaissant un succès fulgurant, quasiment au niveau de celui des vendeurs de bière.
Le temps de foncer prendre un hamburger bien gras ou un hot-dog bourré d’oignons frits et le public commence à se rassembler pour accueillir les beaucoup plus hypes Crystal Castles ; il faut à peine 30 secondes à Alice, la chanteuse, pour se retrouver perchée dans le public et à peine la première chanson terminée retentit le phénoménal Alice’s Practice, probablement la meilleure chanson du groupe. Départ tonitruant, certes, mais « Too Much Too Soon » répondraient les New York Dolls. A avoir grillé directement ses meilleures cartouches, le groupe perd petit à petit un public pourtant acquis rapidement et la répétition des voix distordues inaudibles et de beats électros parfois proches les uns des autres lassent progressivement, malgré l’efficacité de certains morceaux, Untrust Us en tête. Mais c’est surtout l’impression qu’Alice en fait trop qui finit par agacer, se roulant, gesticulant, grimpant sur les enceintes tout en faisant la gueule. Un concert aussi formaté pourrait avec certains passer pour du grand show (avec The Hives par exemple) mais le manque de spontanéité est ici trop flagrant pour ne pas laisser un goût amer.
Difficile de ne pas partir dans du subjectif pour Foals, j’avais tellement détesté leur concert à la Maroquinerie que je m’attendais à un nouveau désastre et de ce point de vue l’impression est plutôt positive. Le groupe semble avoir rendu ses compositions plus mélodiques et je n’ai plus eu cette impression que le guitariste avait trouvé un accord en mettant le mode aléatoire sur Guitar Tab et le répétait à l’envie ; une batterie moins répétitive, un jeu de scène plus vivant et tourné vers le public, il y a du mieux. Pourtant ça ne prend toujours pas, les mines perplexes de mes voisins semblent confirmer cette sensation que le groupe, malgré un talent apparent, peine à toucher de nouveaux auditeurs. Les fans du groupe sont cependant sortis ravis par cette prestation plus que correcte et il faut admettre qu’il est toujours difficile de passer avant un groupe aussi mythique que Blur, la moitié du public attendant plus que tout que vous vous cassiez pour leur laisser la place.
Le temps s’est ralenti dans l’attente de Blur et l’impatience du public était quasiment palpable. Les organisateurs ayant eu la brillante idée de servir l’alcool en bouteilles plastiques, Hyde Park s’est transformé petit à petit en champ de tir où les projectiles volaient dans tous les sens. Très énervante au début, la pratique est devenue plus marrante quand de vaillants guerriers décidèrent de grimper sur les épaules de leurs voisins pour affronter les jets démultipliés de la foule alentour, on se serait cru à Intervilles.
C’est finalement assez rapidement que le groupe entre en scène sous les ovations du public. Pour ceux qui craignaient que l’âge, les tensions ou leurs 5 ans d’absence les aient émoussés, la crainte durera 3 minutes, celles d’un She’s So High mou du genou mais symbolique puisque la chanson a été leur tout premier single. 3 minutes donc, avant que ne retentissent les premières notes de Girl & Boys. Blur, à domicile, balancent un des singles cultes de la brit-pop devant une immense foule, autant dire que la réaction a été immédiate et que le public s’est mis à bouger et chanter comme un seul homme, un de ces moments de pures communions pour lesquels on aime tant les lives.
Et des moments magiques il y en a eu beaucoup, certains inattendus comme le refrain scandé de Tracy Jacks ou l’énergie de Battery on Your Leg et d’autres longuement espérés, Blur défilant quasiment tout son best-of lors de son set. En tout cas ça bouge tout le temps, le public reprend quasiment toutes les chansons en chœur. Bien que vu la taille de la foule, être à l’avant reste une expérience secouante et n’épargne pas de se faire écraser le pied 2 ou 3 fois, le public anglais semble étonnamment plus sage que le public français, je n’ai ainsi vu qu’un seul slam de tout le concert.
Si Beetlebum, Coffee and TV ou End of the Century resteront comme de grands moments c’est l’hystérie de Parklife, avec la présence de Phil Daniels, et la magie de Tender, rallongé d’une bonne minute par le public, et du splendide To The End (sans Françoise Hardy, on pouvait espérer) qui resteront le plus durablement gravés dans ma mémoire.
Deux rappels en bonus (mais qui aurait vraiment cru que le groupe allait s’arrêter sans jouer Song 2, durant lequel le public, déchaîné le reste du temps, est resté inexplicablement stoïque, comme si chacun restait sur ses gardes pour ne pas mourir dans un pogo) mènent le concert jusqu’à un beau final For Tomorrow/The Universal.
On a mal aux pieds, on est crevés, ça va être la guerre pour prendre le métro et il n’y a même plus de bières mais ce n’est pas grave, les visages sont radieux et chacun peut repartir sur sa route, la tête pleine de belles images et du baume au cœur pour tout le week-end.”
Nuits de Fourvière (15 juillet)
Beat Assaillant + Of Montreal + TV On The Radio

Le compte-rendu de Pierre :
“Etant fan d’Of Montreal depuis la première écoute de leur « Hissing Fauna Are You The Destroyer », j’ai sauté sur l’occasion pour aller voir ce qu’il valait sur scène. J’aimais aussi beaucoup les TVOTR, par contre, vu que j’écoute moins de HipHop, Beat Assaillant m’était inconnu. C’est ces derniers qui entament la soirée.
Mélange de hiphop, jazz et funk, ça rendait pas mal du tout, les cuivres étaient très présent, c’était très vivant sur scène (ils étaient une petite dizaine), et franchement, même si ce n’est pas trop ma tasse de thé, c’était absolument pas désagréable.
Après trois quart d’heure de musique et quelques dizaines de minutes d’attente arrive sur scène Kevin Barnes et toute sa clique d’Of Montreal, costumée comme c’est pas permis, kitsch à souhait, et donc très sympa. Mais c’est malheureusement ceux que j’attendais le plus qui m’ont le plus déçu. Surtout gâché par un ingénieur du son qui devait être complètement à l’Ouest ! Leur concert débute avec « Nonpareil of favor » , première chanson de leur dernier album « Skeletal Lamping » où la voix du chanteur est presque inaudible, recouverte par la masse d’instruments au volume bien trop élevé. Barnes n’est entendu que lorsqu’il cri et ça rend pas terrible.
Après être revenu sur plusieurs chansons de leur « Hissing Fauna » que j’ai tenté d’apprécier malgré le son, ça ne s’arrange pas vraiment. En fait, leur instrumentation sur album est tellement diversifiée et ici tellement mal rendu , qu’on se perd facilement si on a le malheur de ne pas bien connaitre déjà leurs chansons. Sur scène par contre, ça bouge pas mal, avec des petites interventions pendant les chansons de type costumé qui font des chorégraphies forcément bizarre. L’idée est bonne mais ça ne relève rien de spécial. Petite lueur d’espoir sur la fin avec l’enchainement de « She’s a rejecter » et du très noisy « The Past is a Grotesque Animal » qui pour le coup sont très réussis, avec un bon final un peu bourrin bien comme il faut. Pareil, ça a duré trois quart d’heure.
Et à ce moment là, tous mes espoirs étaient tournés vers les TVOTR. Et ben je peux vous dire que eux, ils savent envoyer du pâté ! Je m’attendais à un truc bien, de ce que j’avais entendu d’eux, et de ce qu’ils sont capable de faire sur album mais alors là ! Vraiment excellent ! A se taper le cul par terre (si vous me permettez l’expression)! Ils ont balancer principalement des chansons de leur dernier album « Dear Science », mais alors pour le coup, le son était nikel, la balance parfaitement réglé. Tunde Adebimpe est explosif et donne envie de bouger son derrière (ou de sautiller, c’est selon) dès les premières chansons, Kyp Malone, plutôt calme n’est pas moins impressionant et les autres suivent magnifiquement bien.
Il y avait une ambiance vraiment particulière (peut être dû au fait que le théatre romain était plus rempli et eux plus attendu par le public) qui a dû joué sur mon ressenti mais c’était vraiment impressionant. Avec en bonus un petit feu d’artifice de coussins qui à la base étaient destiné a augmenter le confort des spectateurs, et qui ont fait office de frisbee. C’était bien sympa. A noter que le public a tellement accroché et a fait tellement de bruit qu’ils ont du revenir faire un second rappel ! Bon il était peut être prévu à la base, vu qu’ils ont balancé le très attendu (au moins pour moi) « Family Tree ». Mais quand même, deux rappel ! Bref, c’était vachement bien.”
Midi Festival
François Virot + The Wave Pictures + Jeremy Jay + Skeletons

Hyères, le 26 juillet
Le compte-rendu de Pierre :
“Déjà, je tiens à souligner que le lieu est super agréable, sur les hauteurs de la ville, des ruines de château fort au sommet, une végétations fort sympathique, bref, c’était très joli. Deuxième point capitale : la qualité des artistes.
Tout commence avec mon petit préféré, François Virot (découvert grâce au concert à emporter de la blogothèque), qui nous livre une demi-heure (pourquoi était-ce si court ? Pourquoi ?) de folk expérimental tout simplement génial. Un animal collective débranché à lui tout seul, selon les dires des critiques. Seul, avec sa guitare, assis sur sa petite chaise, en short et t-shirt, des vielles basket, et c’est parti. Le corps gesticulant, le visage grimaçant, il se lâche pour notre plus grand plaisir. Habituellement, un mec seul avec sa guitare, même si c’est beau, ça m’ennui rapidement, mais là, rien de tout ça, ses mélodies, sa façon de jouer de la guitare (en tapant un petit rythme en frappant dessus) tout est parfait! Une petite reprise de Jay-Z, très atypique clos le tout. Mais pourquoi est-ce si court ?
Tant pis, les Wave Pictures ne nous laissent guère le temps de souffler, et balancent une partie de leur « Instant Coffee Baby ». De la pop, de la folk, du rock… Qu’est-ce que c’est bon ! Et voir leur sourire à chaque fin de chansons, ça fait plaisir à voir. Et j’ai été très content de retrouver leur fameux «A sculpture is a sculpture / Marmalade is marmalade / And a sculpture of marmalade is a sculpture / But it isn’t marmalade ».
Jeremy Jay vient ensuite, très classe, très fashion. Absence de synthé en live, qu’importe, c’est toujours aussi agréable pour les oreilles, et même très entrainant (je pense notamment au somptueux « Gallop ». Même le pétage de corde en pleine chansons ne ternis pas le tableau. Si il y avait à redire quelquechose, pour chipoter, ça serait la fin de son rappel, où il nous dit au revoir de façon très brève en coupant quasi nette la chanson, qui était finis, certes, mais ça faisait un peu bizarre, genre il pouvait pas rester 2 secondes de plus. Je noterais tout de même la tenu absolument énorme du batteur, qui avait en sa possession un petit débardeur (style psychédélique) absolument magnifique (si on assume le kitsch) qu’il n’a malheureusement pas garder pour le concert (juste pour installer sa batterie). Rien que ça, ça valait le coup.
Et pour clore le spectacle en feux d’artifice: Skeletons. Les seuls que je ne connaissait pas avant de venir, et dont je me souviendrais toute ma vie. J’avais simplement écouter un ou deux bout de chansons sur le myspace à la va-vite, et ça semblait très très bizarre. Le genre de groupe où il est nécessaire de prendre des drogues dures si on veut les suivre. C’est pourquoi j’ai été étonné de voir qu’il venait avec trois guitares et une batterie. Mais en fait si, avec des instruments aussi classiques, ils ont été capables de nous sortir une musique, ou plutôt des sons expérimentaux à couper le souffle. Pas de couplet/refrain, pas de mélodies, du son. Un ovni musical. Mais là où c’est impressionnant, c’est que l’on reste scotché devant, comme hypnotisé. Ils bougent dans tous les sens sur scène, se donnent à fond dans chacune de leur composition et la magie opère.
Bon, c’est sûr, faut déjà être un peu habitué à écouter des trucs expérimentaux et chelou, et je comprendrais que ça en rebute plus d’un, mais j’ai été très étonner du tonnerre d’applaudissement qu’ils recevaient à chaque fois. Tout le monde était à fond ! Et sans drogue en plus ! Même moi qui est plutôt discret comme spectateur, je me suis surpris à crier un petit « Wouh » exprimant mon total emballement. Un des guitaristes à même eu l’idée saugrenue certes, mais géniale, de capturer un petit papillon de nuit qui passait pas loin, le coincer contre son micro avec un verre, et écouter le son que produisait l’insecte qui battait alors frénétiquement des ailes. Il a ensuite tenté de le manger ou du moins le garder dans la bouche, mais le papillon s’est vite envoler. Bref, c’était une sacrée bande de déglingos.”
Route du Rock

Le compte-rendu de Nathan :
“C’était sûrement l’affiche à ne pas manquer, bien loin des groupes incontournables que proposent d’autres festivals. Le culte côtoyait le futur, l’electronica attendait que le folk se termine pour prendre le dessus.
Ca a duré trois jours, intenses, sans interruptions. L’herbe présente au commencement a vite laissé sa place à une terre dure et sèche. Les zombies ont peu à peu remplacé les fringants festivaliers.
Un festival indie, à taille humaine, mais fort, parfois trop fort.
Le Bruit et la Fureur
Le vendredi commençait sous le soleil. Malheureusement, Marissa Nadler et la voix grave de Mark Kozelek m’échappaient. Il fallait courir après les pass, installer la tente dans le grand champ qui fait office de campement, au bout duquel un bloc sanitaire trône, propre, pour l’instant.
Crystal Stilts aussi me fuit, à cause des embouteillages, aussi bien pour monter dans la navette qui rejoint le Fort Saint-Père qu’aux abords du lieu, où un engorgement de mélomanes attendant la fouille retarde le départ de ce qu’on peut appeler légitimement, des hostilités.
Tout commencera donc par Deerhunter.
Le chanteur, terrifiant dans ces habits trop amples qui masquent sa silhouette anorexique, statique, enchaîne les incantations. Ils sont immobiles, et de cette absence de mouvement jaillit une force, une intensité angoissante. Chaque chanson empiète sur la suivante. Ce concert n’est qu’une longue complainte. Le premier contact avec le bruit se fait. Quelques instants sont inaudibles, mais l’impression est bonne. Ce groupe est définitivement à revoir, dans une salle sombre, sans le soleil qui chauffe les joues et rend chaque concert, même le plus noir, souriant.
Des hommes âgés se trouvent sur scène. Entre temps, j’ai pu me promener dans cet espace clos. On y voit de tout. Des moules-frites, un camion à pizza, des galettes saucisses, des stands où l’on achète le jeton qui permettra d’acheter la boisson que l’on mettra dans le gobelet que l’on a acheté, avant de rendre ce gobelet, contre l’euro qu’il avait coûté. Consigne des gobelets, écologie oblige. Le stand des labels, par contre, est une mine d’or. On y trouve Talitres qui vend Flotation Toy Warning, ce groupe majestueux dont l’album n’est plus distribué, Swell ou The Wakmen, Another Records qui promeut Misophone ou Les Boutiques Sonores avec le joli vinyle de Mina Tindle. Tant pis pour le porte-monnaie.
Ces hommes mûrs, j’y reviens, font parti de Tortoise. Les pionniers du post-rock, de cette musique lente, qui prend du temps à s’installer, pour ensuite s’envoler. Hormis ces quelques envolées, l’ennui me gagne. De longues introductions qui s’avèrent être les titres complets. Puis l’impatience commence à poindre. D’ici quelques dizaines de minutes se dresseront quatre personnes, quatre humains, qui ont opéré une révolution en regardant leurs chaussures. My Bloody Valentine. Ils n’ont plus vingt ans, ils n’ont plus la même angoisse que dans les années 90. Mais leur musique reste intact, ce son reste. Les voir est une expérience à part, paraît-il.
Depuis le matin, des chuchotements s’installaient. « Ce soir c’est My Bloody Valentine ! On va en prendre plein les oreilles », « Il faut que je trouve des bouchons d’oreilles » et autres « Il paraît qu’ils jouent très très fort ». Autant dire qu’on s’y attendait, à ce que ce soit très fort. On s’attendait à ce déluge. Pourtant, la surprise fut complète. Des murs d’amplis apparaissent sur scène. Puis Kevin Shields et ses cheveux longs, son long trench-coat. Il empoigne une guitare, s’approche du micro. « One two », « one two ». Ce sera peut-être le seul moment où l’on entendra sa voix. Le son sec des baguettes de batteries annonce le début du concert. « One two three four ». La foule est, d’un coup, figée. Les gens se regardent. Ce premier accord est sismique. Tout tremble. « Maximum Volume Yields Maximum Results » comme il est écrit sur les disques de Sunn O))), tout s’explique. Il n’est plus réellement question de musique, c’est du ressenti. Un ouragan déferle sur la nuit de St Malo. Un « attentat contre la santé publique » disent certains. On n’entend pas les voix. Juste un son continu de guitares. Le stroboscope donne une impression de ralenti sur tout cela, comme si le temps n’était plus, que tout se vivait au ralenti. Cataclysme semble être le terme le mieux approprié pour qualifier ce déluge sonore. La fin n’en est que l’apogée. Près de vingt minutes de bruit qui s’entendront jusqu’à la côte, simplement du bruit, histoire de faire saigner quelques oreilles. « Thank you for being here ». Kevin Shields s’en va. Il a fait son boulot : il a donné à quelques personnes une expérience unique. Certains la trouvent désagréable. D’autres sont sur une autre planète et ont besoin de s’asseoir pour récupérer. C’était violent comme un plongeon dans une eau glacée, comme au fin fond de l’œil du cyclone. Il ne me reste que peu de temps pour récupérer avant A Place to Bury Strangers…
Il était possible que ce trio, le « groupe le plus bruyant de New York » joue plus fort que My Bloody Valentine. Les bouchons d’oreilles restent à leur place. Mais il n’en sera rien. Ils ne veulent ou peuvent pas rivaliser avec la puissance de Kevin Shields et sa bande, mais ils jouent plus sur l’énergie. La musique est bien plus lisible, accessible. C’est entraînant. Comme de la pop noyée derrière des sons saturés. La fin du concert est quand même apocalyptique, ils ont une réputation à tenir. Oliver Ackermann massacre sa guitare dans un tourbillon bruitiste. A Place to Bury Strangers est un des groupes à suivre, définitivement, comme le digne héritier de la scène noise, pleine d’énergie, de bruit et de fureur.
Scatterbrain
Impossible de dormir. Peu importe. La journée sera bonne. Et elle commence par une bonne surprise, sur le fauteuil de l’incompréhension. Assis pour un concert d’electronica. C’est comme couper les mains d’un artiste. C’est nier le côté dansant de cette musique. Comment feront-ils alors, demain, pour Gang Gang Dance ? On cassera les fauteuils. The Present, donc, groupe du producteur d’Animal Collective et de Panda Bear. Oui, ça s’entend. Il y a un côté « bruitiste » plus prononcé, presque drone par moments. Une jolie découverte. Viennent Forest Fire. Ils m’avaient ennuyé en disque. Et voilà qu’il recommence sur scène. Fade et répétitif. Peu prenant. Quelqu’un du stand Talitres (ce label merveilleux où ils sont signés) me dit qu’il faut les voir dans d’autres conditions. La vidéo de la Blogothèque les fait remonter dans mon estime. A suivre, pourquoi pas, il n’y a rien à perdre. La suite est plus complexe. Je veux voir St Vincent, voir ce que sont folk alambiqué donne sur scène. Sauf que, les navettes sont remplies comme des œufs. Impossible d’en attraper une. Alors on feintera, par la gare. Ouf ! Selon les horaires, on ratera seulement Papercuts, un groupe sympathique mais pas passionnant. Sauf que, une fois de plus, quand on arrive, Papercuts joue. Comment ? Ils seraient en retard à ce point ? Non. Ils ont inversé St Vincent avec Papercuts. Annie Clark me fuit comme Marissa Nadler. Papercuts passe tout seul, pas très inventif, mais agréable.
Camera Obscura vient ensuite, un cygne épinglé sur la veste comme un hommage à Mazzy Star. Ils ont sûrement été bercé par les rengaines enfantines de Belle & Sebastian. Assis dans l’herbe, en tailleur, sous un soleil voilé, un vrai moment de pop, allant et enchanteur parfois.
La nuit est tombée maintenant. Des bruits de radios retentissent. Il faut courir pour se frayer une place dans la foule. C’est The Kills. Jamie Hince et Alison Mosshart, les deux insolents à la boîte à rythme. Beaucoup de personnes sont là pour ça. C’est bien. Dansant, énergique, et toujours aussi sexuel. Il n’y a pas d’autres mots pour qualifier leur musique. La tension érotique que dégage Alison, ce magnétisme est inouï. Elle jette des regards noirs plein de sous-entendus. Mais voilà, c’était la seconde fois que je les voyais. Je n’ai pas trouvé ça aussi intense. Des titres ont été ratés. D’autres manquaient (comment oublier Fuck The People, cette chanson dévastatrice ?). Ils auraient dû mieux faire, beaucoup mieux. C’est avec un goût amer que je regagne l’arrière du parc, proche de la nourriture et des boissons. La suite ne m’intéresse pas.
Peaches, à part Fuck the Pain Away, c’est typiquement ce que je n’aime pas. Un côté Girl Power énervant, une synthèse de ce qu’il y a eu de pire dans les années 80, de la provocation inutile… Mais on ne peut lui enlever son sens du spectacle. Elle allume littéralement le feu, en s’effeuillant peu à peu. La guitariste est en porte-jarretelles, ils sont tous à moitié nus. Peaches marche dans la foule, danse comme une folle. Mais la musique ne passe pas. Vite, la suite !
Et quelle suite ! J’attendais avec impatience cela. Four Tet, de l’electronica imbibé d’IDM (Intelligent Dance Music), à deux heures du matin, c’est le voyage assuré. Que dire ensuite… Dès les premiers beats, tout mon corps se meut, mon cerveau danse et envoie par décharges électriques des ordres à mes membres : danser, en rythme, de gauche à droite, en suivant ce rythme lancinant. Plus rien n’existe à ce moment-là. La foule se transforme en horde de zombie et tangue de gauche à droite. Pendant plus d’une heure et demi, le mouvement est ininterrompu. Il n’y a pas réellement de mots pour qualifier ce qu’il se passe dans ma tête, dans mon esprit. Il y a une sorte de vide, de néant agréable qui s’accompagne d’un plaisir physique. Rien qu’à y repenser, malgré l’absence totale de souvenir précis, mes jambes se remettent à bouger selon un rythme imaginaire. Quand il termine, sous les applaudissements très fournis, il fait signe et s’en va, avec le sourire. Il est venu, à fait danser et voyager les gens, et est reparti, humble comme tout, heureux comme un gamin. Sûrement l’un des meilleurs, si ce n’est le meilleur, concert des trois jours. Après quelques minutes de silence, on peut recommencer à parler, mais l’on arrête pas de danser sur la route du camping.
Four Tet, en un mot : épique.
Féerie pour une autre fois
Ultime jour. Je n’ai pas dormi de la nuit. Je ne sais pas comment je tiendrai jusqu’à la fin de la journée. Sûrement en me blindant de coca et de café. En tout cas, pas de temps à perdre ce dimanche. Il y a Gang Gang Dance à Saint Malo. Alors allons-y. Avant, il y a Telepathe. Parfait pour la sieste. Dans cette grande salle de conférence aux fauteuils moelleux, je m’endors. Autant dire que la musique n’est pas passionnante. Mais Gang Gang Dance arrive. Il leur faut peut-être un quart d’heure pour que la sauce prenne, mais après, plus question de perdre du temps avec des enfantillages et des nappes lentes. C’est tribal et d’une violence rare. Pas moins de quatre moyens percussifs son utilisés, pour rythmer ces bruits de guitare, de synthé et la voix de la chanteuse, habitée. Elle chante comme une Beth Gibbons sous acide, danse sans arrêt, comme possédée par le malin. Malgré un petit passage à vide au milieu, la fin est ahurissante. Une lobotomie en règle. Quelques personnes se lèvent et dansent dans l’espace réduit entre les fauteuils, les têtes bougent. Beaucoup de personnes partent aussi, face à la violence sonore du spectacle. J’en ressors impressionné par l’intensité qu’ils arrivent à donner, la densité de leur musique et leur inventivité. Ils sont très fort chez Warp, pour dénicher des originaux. Parce que tout à l’heure, il y a Grizzly Bear, mais on en reparlera.
La priorité est tout autre, arriver de manière à voir Bill Callahan, l’homme toujours triste, même quand il remercie le public. Mais ce concert est très beau. Allongé sur la pelouse, les yeux vers le ciel, ses chansons touchent. Sa voix caverneuse se mêle parfaitement à la langueur des guitares. C’est brumeux comme le matin à St Malo, quand on ouvre la tente et qu’une lumière étrange éblouit. C’est doux comme la rosée. C’est une musique dépressive, certes, mais après ? Il en reste un bon souvenir, de beaux moments.
La suite la suite la suite. La suite est belle, une fois de plus. Non, je ne m’extasie pas devant tout ce que je vois ou entend. Juste qu’Andrew Bird, le siffloteur et violoniste est arrivé pile au bon moment. Alors que le jour fléchissait, il débarque avec son folk simple comme bonjour, et tellement beau. Il aura fallu attendre ce dernier jour pour ressentir les premiers frissons. Il chante, joue de la guitare, siffle, attrape son violon et lance quelques mélodies entêtantes. Il fait relativiser les précédents jours. À quoi a servi tout ce bruit, toutes ces expérimentations ? Alors que le folk donne toutes les réponses. Pas besoin de tout ça ! Juste une voix et une guitare. Et quand il annonce la fin du concert, le soleil se couche, avant les deux dernières chansons. Moment simplement magique. Tout semble simple avec Andrew Bird. Alors voilà, à voir et à revoir, et à revoir encore.
Le seul et unique français du festival est le plus indie des chanteurs de notre belle nation : Dominique A. Il est sombre lui aussi. Il arrive seul sur scène, avec sa Telecaster qu’il gratte mécaniquement. Le problème c’est que c’est répétitif. Mais parfois, des mélodies magnifiques apparaissent. Alors ça va, de loin, sur l’herbe, toujours. Puis de toute façon, on attend que Grizzly Bear. C’est un peu la grosse affiche du jour, tellement leur Veckatimest a marqué les esprits. Il est donc bon ton de se ruer devant la scène.
Allons-y, dernier concert très attendu du long week-end. Les prodiges de Grizzly Bear. Ceux par qui on a la preuve que Jonny Greenwood parle, puisque le guitariste de Radiohead avait annoncé pendant un concert (sic) que ce groupe, qui faisait leur première partie, est vraiment excellent. Si Jonny le dit, et prend la peine d’articuler des phrases, c’est qu’il doit y avoir quelque chose de fantastique chez eux. Oui, trop d’adjectifs trop emphatiques, je l’avoue. Mais voyons voir, qui, aujourd’hui, réussit à créer une pop si aérienne, une pop entortillée de mélodies improbables. Les chansons à tiroirs de Grizzly Bear sont belles, sont dansantes, sont prenantes, sont proches des chansons pop parfaites. Les harmonies vocales se mêlent à l’omnichord et aux guitares. Ils élèvent chaque chanson au rang de voyage dans un univers tout à fait particulier et inconnu. Ils méritent vraiment cette étiquette de futur meilleur groupe du monde, qu’ils hériteront quand Radiohead aura définitivement décidé d’en finir. Alors les voir là, comme ça, heureux de jouer, racontant des anecdotes par définition inutiles, pas bégueules du tout, c’est juste du plaisir et de la fascination. Tout se finit en beauté, avec un While You Wait for the Others d’anthologie. Et après ?
Et bien après, on n’attend plus rien. On regarde de loin Simian Mobile Disco et son electro classique mais puissante, le light show colossal. On essaie d’aller savourer l’electro indus d’Autokratz, mais après quelques pas esquissés, plus rien ne suit, il faut aller dormir, maintenant. L’organisme ne suit plus. Il fallait bien que ça arrive un jour.
Que reste-il, au final ? Une sensation au poignet. Je sens toujours ce bracelet rose pailleté qui a scintillé à mes côtés pendant trois jours. Je l’ai coupé, mais il semble toujours présent. Il reste aussi un souvenir de la violence de My Bloody Valentine, de ce premier accord comme un ravage. Il reste l’oubli que m’a procuré Four Tet. Il reste la lobotomie offerte par Gang Gang Dance. Il reste le sourire que m’a laissé Andrew Bird, il reste le plaisir de voir Grizzly Bear. Maintenant, je dois avoir la Grippe A, je tousse. J’ai du sommeil à rattraper. Je me déplace comme un zombie, lentement. Mais sans risques, rien n’a de saveur. La prochaine fois, alors, je regarde My Bloody Valentine sans bouchons d’oreilles.”
Rock en Seine

Le compte-rendu de Lucas :
“Avant toute chose, il faut savoir que ce résumé est entièrement subjectif, difficile de faire autrement étant donné qu’on ne peut jamais tout voir dans un festival.
Jour 1
Ca y est, on est le vendredi 28 aout 2009 et la 7eme édition de Rock En Seine démarre avec une programmation des plus éclectiques. Entre ténors d’un genre et nouveautés à la mode, ce festival possède une excellente affiche.
Arrivé vers 15H au Parc de St-Cloud, il ne faudra que quelques poignées de minutes pour franchir les bornes de tickets et passer un bracelet rouge autour de son poignet. Légère déception, le bracelet est un plastique et n’a pas l’air très solide. Cela change de certains festivals où il est en tissu, beaucoup plus résistant. Le Parc de St-Cloud n’étant pas immense, il suffit de faire quelques pas pour tomber sur la scène la plus petite, celle de l’industrie. A peine cent mètres plus loin, on franchit la scène de la cascade, d’une envergure beaucoup plus imposante. Enfin, au fond du Parc se trouve la Grande Scène où Just Jack commence à faire son show. Ouvrir une journée est toujours délicat pour un artiste, le public n’est pas encore entièrement dans l’ambiance festival, il n’est pas très réceptif. Just Jack ne m’émeut pas plus que cela, et malgré ses classiques et une bonne présence sur scène, le bonhomme peine à faire danser les gens. Une heure plus tard, il quitte la scène laissant un public qui commence à s’agiter un petit peu.
Direction alors, la cascade pour aller voir les so british de Keane. Leur pop tristounette ne s’adapte pas à mon goût à l’ambiance recherchée en festival, et je ne reste guère plus longtemps que les cinq minutes. Je décide de revenir vers la Grande Scène, pour observer de loin le rappeur Asher Roth. Il faut savoir que je ne suis pas un dingue de rap, et alors que Keane m’avait endormi, le glandeur américain –comparé souvent à Eminem pour son timbre de voix, dixit le papier- me crispe à mort, et je n’ai d’autre choix que de m’en aller.
Retour donc, à la cascade. Cet aller-retour entre la grande scène et la scène de la cascade sera l’un des symboles de ce Rock en Seine. Yeah Yeah Yeahs monte sur scène. Sans connaître vraiment le groupe, on m’a toujours dit que Karen O déchirait en live. Effectivement, la chanteuse se démène dans tous les sens et porte le groupe à elle toute seule. La musique ne m’étonne pas énormément, mais sa présence sur scène est remarquable.
Direction la plus petite des scène, celle de l’industrie ou les new-yorkais de Passion Pit vont jouer pour la seconde fois en France. Quelle surprise se fut ! Le chanteur est réellement étonnant car sa voix normale est loin d’être une voix aigue, pourtant lorsqu’il chante, il atteint des hauteurs stratosphériques. Le tout est accompagné de bidouillages électroniques chelou, mais tellement dansant qu’on ne voit pas le temps passé. Ce concert me laisse béat, en sueur et me réveille enfin pour me rappeler que, oui, les festivals, c’est ça. Une ambiance qui peut peiner à démarrer mais qui peut vous prendre à tout moment par les tripes.
Grande scène : Vampire Weekend. J’attendais de voir ce groupe en live que j’avais raté dans un autre festival. On ne m’en avait pas dit du bien, mais je souhaitais vérifier cela par moi-même. Effectivement, le groupe n’a pas beaucoup de présence sur scène, et enchaine les chansons sans « bonjour » ni « au revoir ». La musique ne change pas beaucoup de l’album, elle reste plaisante, mais pas de quoi remuer monts et vallées pour aller les voir.
Heureusement, c’est autour de Bloc Party qui nous attend à la scène de la Cascade. Dès que Kele entre sur scène, c’est l’hystérie, ça pogote, ça se bouscule, ça assassine de pauvres orteils, ça tire dans tous les sens. En un mot comme en cent, c’est du bon rock péchu. Kele n’hésite pas à discuter avec le public, se moquant gentiment d’Oasis en disant qu’il n’aimait pas ce groupe. Après les traditionnels Helicopter et Banquet, le groupe est interrompu deux minutes par un manager. Kele revient alors au micro nous annoncer une « bonne nouvelle » : Oasis est annulé, et Bloc Party continuera un peu plus longtemps son set. Déception pour une grande partie de la foule, venue majoritairement pour les frères Gallagher. On apprendra leur séparation par la suite. Madness que je n’étais pas allé voir, remplace alors Oasis sur la grande scène, pour un deuxième set tout en ska.
Oasis étant annulé, je décide de visiter les stands du festival en attendant. Je découvre un super village de cuisine du monde où l’on peut acheter aussi bien des pizzas que des samossas ou des yakitori. Bonne idée ! Je tombe également sur un stand Heineken où 2 DJ’s mixent des morceaux ultra-connus dans une petite pièce. Je passe enfin devant un stand Guitar Hero 5 où l’on peut tester le jeu en exclusivité. Des stands, il y en a à la pelle, mais l’appel de Vitalic me pousse à retourner sur la Cascade.
On m’avait dit que Vitalic était vraiment bien en live. N’étant pas un habitué d’électro, je m’attendais au meilleur comme au pire. Au final, je situerais ce concert entre les deux. Vitalic nous a livré une espèce de transe lourde et puissante. Difficile de pénétrer dans son univers, il faut quelques minutes d’adaptation. Au final, je me suis fait emporté par sa musique, et je dois avouer que j’étais ailleurs pendant quelques minutes.
Le set nous laisse vidé, et conclut cette première journée, haute en retournement de situations.
Jour 2
Difficile de se lever après une première journée des plus épuisantes. Heureusement, les concerts débutent à 15H30 avec Noisettes. A peine arrivé dans le Parc, on constate une chose, il y a énormément de poussières. Le temps sec n’arrange pas les choses, et c’est sous un soleil de plomb que l’on s’installe devant la grande scène.
Noisettes entre sur scène, la chanteuse se fait désirer, et lorsqu’elle entre sur scène, c’est l’ovation. Elle se met alors à enchainer ses morceaux les plus connus. Son dernier single, Don’t Upset The Rythm, enflamme la foule. Pour ma part, je connaissais son précédent single, Don’t Give Up (apparemment, le groupe aime bien donner des conseils…) et j’ai été très déçu par son interprétation. Autant le morceau est très punchy sur CD, autant en live, on dirait que la chanteuse peine à sortir toute l’énergie qui fait la qualité de ce titre. Légère déception, même si le concert reste de bonne facture.
J’enchaine sur Asteroid Galaxy Tour. J’avais vaguement repéré ce groupe sur Myspace avant le festival. Les danois ont eu beaucoup de mal à faire démarrer leur concert. Lorsqu’ils ont joué leur single, les gens ont commencé à danser un petit peu, mais cela s’est vite arrêté. Trop similaires, les chansons étaient longues et trop molles. Ce concert sert donc de repose-jambes. Le temps de se prendre une bière et on repart vers la grande scène où Ebony Bones nous attend.
Je ne connaissais pas très bien le groupe, si ce n’est que de nom. Je savais juste de mémoire qu’ils affichaient un look assez détonnant. Et effectivement, lorsque le groupe monte sur scène, impossible de louper la chanteuse dans une tenue digne d’un Alice au Pays des Merveilles révisité par un Tim Burton shooté au crack-LSD. La musique d’Ebony Bones n’est pas terrible, du moins, elle ne m’atteint pas vraiment. Assis dans l’herbe à les regarder s’agiter, je me suis demandé quand même comment ils faisaient pour ne pas être fatigués. Les « secondes-voix » gigotaient partout, et la chanteuse n’arrêtait pas de courir autour de la scène. Infatigables pendant une bonne heure.
De retour vers la scène de la cascade où The Horrors. Je n’attendais pas vraiment ce concert, The Horrors a toujours été un groupe qui surjouaient de leur image « vampirique ». On m’avait pourtant dit que leurs concerts étaient assez effrayants et draculesques. Au final, aucune déception puisque je ne m’attendais pas à grand chose. Le groupe joue une musique sans intérêt, une espèce de mélasse difficile à discerner. Est-ce fait exprès ou est-ce dû à la sono bof bof ? Allez savoir.
C’est finalement sur la grande scène qu’aura lieu pour moi l’un des meilleurs concerts de cette édition. Je l’attendais pas mal, il faut l’avouer. The Offspring prend possession des lieux, et c’est dans une foule hystérique je me débat dans tous les sens. Ouvrant sur leur nouveau single, enchaînant leurs chansons emblématiques, les rockeurs californiens n’ont rien perdu de leur superbe. Le chanteur a pris un peu de ventre et on sent qu’il commence à se faire un peu vieux, mais le punch des chansons nous rappelle que c’est vraiment The Offspring le fer de lance du Punk Rock. On regrettera néanmoins leur peu de participation avec le public. Je ne suis même pas sûr d’avoir entendu un « bonjour » ni d’ « au revoir ».
Ca s’en va et ça revient, la foule se déplace vers la scène de la cascade où Calvin Harris nous attend. Je ne connaissais pas vraiment le monsieur, mais j’ai été agréablement surpris par ce mélange entre pop, electro et rock. On aurait pu appeler cela, de l’electrock pop. Le set du jeune bonhomme enflamme tout le monde, qui se met à danser, soulevant par la même occasion des tas de poussières. Poussière qui me force à sortir de la masse pour respirer un peu plus. Je termine donc ce concert à distance, la bouche sèche, et les narines pleines de merdes.
Après Calvin Harris, on enchaine avec Faith No More. Enfin, c’est ce qui était écrit sur le papier. On aurait pu aller les voir, mais on ne connaissait pas le groupe plus que cela, et on était tous fatigué par l’enchainement Offspring-Calvin Harris. On s’est donc reposé calmement, une bière à la main, pour pouvoir profiter correctement des Birdy Nam Nam.
Effectivement, le set de Birdy Nam Nam était tellement agité qu’on avait bien fait de laisser nos guiboles au repos. Dès que les quatre français ont débarqué sur la scène, tout le monde s’est mis à danser, bouger, gigoter dans tous les sens au son de triturations électroniques. Beaucoup plus hip-hop que Vitalic, les Birdy ont communiqué souvent avec le public, la barrière de la langue n’existant pas, c’était surement plus pratique. Les jeux de lumière sur la scène hypnotisent carrément, et desservent très bien la musique des oiseaux. C’est après une heure et demie de concert que l’on ressort, vidé mais heureux, des sons étranges pleins les cages à miels qui pour l’occasion se sont transformé en niche de gelées royales. Deuxième jour, terminé !
Jour 3
Ultime jour qui commence un peu plus tôt que les journées précédentes. Rendez-vous à 14H30 sous un soleil de plomb à la scène de la Cascade où les canadiens de Metric commencent leur set. J’attendais ce concert assez impatiemment, Metric passe trop peu en France. Ouverture sur Help I’m Alive, chanson qui enchante la foule. J’ai toujours entendu du bien d’Emily Haines, et effectivement, elle se démène, participe avec le public ou réagit à l’apparition d’un drapeau canadien. Le groupe quitte la scène trop rapidement à mon goût.
Direction la petite scène de l’industrie pour voir un groupe français dont j’avais entendu du bien : Lilly Wood & The Prick. J’étais déjà allé écouté quelques morceaux sur leur myspace, et j’avais trouvé l’univers intéressant. Au final, légère déception, un set très court, peu rythmé, on sent que le groupe n’est pas encore très à l’aise face à une foule relativement importante.
On passe près de Robin McKelle, une artiste comparé à Billie Holiday ou Ella Fitzgerald sur papier, mais qui ne m’accroche pas. On file alors vers la grande scène où Macy Gray se prépare. Je ne connaissais pas du tout l’artiste, et j’ai été assez pris par le jeu de scène de la bonne dame. Ces chansons sont habilement mêlés à des morceaux connus, faisant une sorte de mixture entre une vraie cover et un titre original. Soudain, le burlesque s’en mêle, et deux hommes apparaissent sur scène, balancent des confettis dans tous les sens, tiennent des panneaux avec les paroles des chansons. La foule est heureuse et batifole au rythme des musiques très soul.
Après Macy Gray, on passe voir Sliimy de loin, un peu curieux de ce que ça allait donné. Et bien… C’était à la hauteur de mon estime. Plat, monotone, et même le single Wake Up, peine à donner une ambiance aussi colorée et pétillante qu’un concert de Mika. On préfère se poser sur la grande scène en attendant les Eagles of Death Metal. Lorsqu’ils montent sur scène, une étrange surprise nous attend. Josh Homme n’est pas sur scène… Le set s’avère correct, mais sans plus. Jesse Hughes comble bien le vide néanmoins, et ne cesse de flatter le public français à coup de « Hier j’étais à Londres, c’était beaucoup moins bien » ou « Il n’y avait pas de meilleurs moyens de finir une tournée »
L’explication de l’absence de Homme se justifiera au concert suivant. Annoncé sur le papier comme un super groupe dont les membres seront révélés une fois sur scène, Les Petits Pois (en français dans le texte), arrivent sur la scène de la cascade. Ovation spectaculaire, en effet, on voit apparaître une belle brochette de rock stars. Entre Josh Homme, Dave Grohl ou encore John Paul Jones, bassiste de Led Zep, la foule hallucine devant cette formation. Toutefois, même si on sent que le groupe prend un vrai plaisir à retrouver la scène et le son live, on est un peu désarmé face à des morceaux qu’on ne connaît pas. Difficile de rentrer dans le jeu, et au final, je trouve que même si sur papier, cela sonne bien, en vrai, ça ne rend pas très bien.
Retour sur la grande scène pour la dernière ligne droite du festival : MGMT puis The Prodigy. Tout d’un coup, le public se retrouve transformé en un amas de minets et minettes, avec un bandeau dans les cheveux et des Wayfarers. On sent vraiment que pour certains, MGMT est le clou du spectacle. Pourtant, malgré la bonne ambiance durant le concert, le groupe ne bouge pas, reste statique, et enchaine les morceaux sans parler. Dès que Kids résonne, les slams débarquent de partout, et on se prend rapidement des pieds dans la figure. Le groupe laisse un public transpirant qui court voir les Klaxons. Je préfère rester sur la grande scène pour être bien placé pour The Prodigy.
Après une bonne heure d’attente, Prodigy arrive et c’est la folie. Pire qu’un concert de Black-Death-Grindcore-Vegetarian-Pony-Metal, la foule s’écrase les uns dans les autres. Je me retrouve plaqué contre la barrière de sécurité. Difficile de profiter de la musique très lourde du groupe de rave. A peine Breathe est-elle entamé que la pression redouble d’effort. J’en ai le souffle coupé, et suis obligé de me faire sortir par les vigiles. Je note pour plus tard : Ne pas se mettre tout devant si on ne tient pas la barrière. Je termine la fin du concert plus en retrait, mais n’en profite pas moins. The Prodigy fait participer la foule à tout instant, ne les laissant jamais se reposer. Je n’ai jamais pris d’ecstasy mais j’imagine que c’est proche du sentiment que je ressens. On vibre au son de la basse très puissante, on sursaute aux chants mi-rappés, mi-chantés. Le public est en délire et il est impressionnant de voir tant de monde remuer dans tous les sens. Après une heure et demie de set et un rappel, le groupe nous laisse vidé. Nos cages à miels ne sont plus qu’une mélasse étrange, nos doigts de pieds rappellent une sorte de compote de grand-mère, et les poumons sont plus remplis de poussière que d’oxygène. Mais un sourire béat est sur tous les visages.
Prodigy conclut ainsi une formidable édition de Rock En Seine, qui malgré un retournement de situation peu désirable, m’a rempli les oreilles de bonnes vibes. L’ambiance globale était très appréciable, les rencontres éphémères sont toujours amusantes, on regrettera juste qu’il n’est pas plus quelques jours avant le festival pour éviter toute cette poussière qui empoisonnait trop nos petits poumons chetifs. Une chose est sûre, en sept éditions, Rock En Seine s’impose désormais comme un festival majeur européen.
A l’année prochaine ?”
Oui, à l’année prochaine ;-)
Mlle Eddie ‒ 26 septembre 2009
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5 commentaires
nooooonnn!!! vous etes pas allé voir faith no more!!!!
arf
moi non plus, mais j’aurais bien aimé!
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Ah bah je me demandais ce qu’était devenu mon mail. Merci en tout cas.
Il reste quelques coquilles mais qu’importe. L’essentiel y est.
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Merci d’avoir mentionné mon compte-rendu de Rock En Seine… Et puis merci aux rapporteurs pour ces comptes-rendus vraiment vivants, drôles parfois et vraiment intéressants…. mais qui donnent furieusement envie l’été prochain de retourner arpenter les festivals de France et de Navarre !
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Merci Eddie, à moi la gloire !
Faith No More a vraiment réalisé un gros concert à Rock en Seine, même si je continue de me demander si leur notoriété était suffisante pour justifier leur statut de tête d’affiche. En tout cas ils ont su souffler le chaud et le froid, alternant quelques ballades croonées (si si, ça se dit) par le génial (et versatile) Mike Patton et riffs métal capables de renverser le public. L’enchaînement Midlife Crisis, The Gentle Art of Making Enemy et Epic restera un de mes meilleurs souvenirs du festival (même si on regrettera que le synthé ait été autant étouffé sur Epic).
Grosso modo en phase avec Lucas sur Rock en Seine, même si j’ai été déçu par Vitalic (dont j’adorais OK Cowboy) et envoûté par “Les Petits Pois” (mais alors là, 0 objectivité de ma part).
Je soutiens Pierre dans l’agréable surprise des Wave Pictures en live, à Benicassim on sentait leur plaisir de jouer se répandre à travers la foule, mais je l’envie pour TV on the Radio car le set de Benicassim était relativement décevant par rapport à ce qu’ils font d’habitude (la qualité du son en principal problème).
Jolies plumes tout le monde ^^
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Merci encore Eddie :) C’est cool de se voir publier ici ! J’ai vraiment été très intéressé par les visions des autres festivals. Aussi bien au niveau écriture qu’au niveau ressenti, c’est instructif :)
J’ignorais en tout cas que La Route du Rock avait une aussi bonne affiche, je surveillerais ça de près l’année prochaine !
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