
On a longtemps surestimé Beck. Enfin je trouve. Cet ancien hippie de Los Angeles n’a pourtant selon moi jamais sorti un album qui valait la peine d’être réécouté en entier plusieurs fois. Je sais pas si j’ai un problème avec sa voix, si c’est sa musique qui n’arrive décidément pas à me toucher, si c’est trop expérimental… Aucune idée. C’est comme Radiohead, j’accroche pas, ou alors très peu. Cette fois, produit par l’omniprésent Danger Mouse, le dixième album studio du scientologue Beck, Modern Guilt, sorti hier, touche juste tout le long. Ce Beck-là n’est plus le même que celui qui chantait l’ironique « Loser ».
Cela se voit dans ses concerts : lors de ses premières tournées Beck était impliqué à fond dans ses performances live, il dansait, exultait et maintenant (lors de sa tournée de 2006 pour l’album The Information) il laisse des marionnettes jouer le rôle de bêtes de scène et s’exciter en projection visuelle derrière son groupe pendant que lui semble se désintéresser du public. L’ancien hippie a perdu ses illusions et a plongé dans la noirceur et la mélancolie…
… mais peut-on lui en vouloir tant son dernier album intitulé Modern Guilt est bon ?! Le producteur Danger Mouse est littéralement en train de transformer tout ce qu’il touche en or. Après Gorillaz, The Good The Bad And The Queen, The Black Keys, Jay-Z, Gnarls Barkley, l’Américain a apporté sa touche au nouvel obpus d’un Beck en manque certain d’inspiration depuis quelques années. Ce qui est sorti de cette collaboration ? Un album éclectique , rythmé mais aussi mélancolique, où la voix de Beck Hansen est parfaitement mise en valeur. Un dé-lice. Danger Mouse n’aime apparemment pas du tout que 2 chansons se ressemblent, même un tout petit peu. Une incroyable panoplie de sons plus inattendus les uns que les autres ponctuent cet album.
Mais je ne devrais pas être autant étonnée d’entendre une telle créativité : c’est un album de Beck, nom de Zeus ! Beck, l’artiste alternatif le plus intriguant des 15 dernières années ! Et pourtant il n’avait jamais rien produit qui m’avait particulièrement charmée. Intriguée, oui, mais pas charmée. C’est chose faite avec Modern Guilt qui détient en son sein 5 ou 6 potentiels singles, où aucune chanson n’est à jeter, où l’on est surpris de piste en piste. Danger Mouse n’a pas non plus imposé son esthétique, loin de là, on retrouve certains « codes » Beck, accents folk et pop, mais il a sans nul doute possible fait avancer Beck et son album est un cran (ou deux) supérieur aux autres en termes d’intensité et, je le répète, de créativité. Modern Guilt est plus court que ses prédécesseurs (The Information et >Guero semblaient ne jamais vouloir finir, les chansons ne s’arrêtaient jamais là où elles le devaient, volte-face complète de ce côté-là avec Modern Guilt qui ne dure pas plus de 40 minutes). A noter, la collaboration de Cat Power sur « Orphans » et « Walls » (pas forcément indispensable).
Je crois que le mot est : enthousiasmant. Et pourtant, c’est encore un album très personnel, mélancolique… Mais comme l’écrit Beck dans « Volcano », qui clôt l’album : « I’m tired of people who only want to be pleased/ But I still want to please you » (J’en ai marre des gens qui veulent juste être satisfaits/ Mais je veux toujours vous satisfaire). Ironique ou sincère ? On ne sait pas. L’énigme Beck est toujours présente, mais cette fois elle a pour support son meilleur album en date.

Les 10 chansons de Modern Guilt sont écoutables sur Deezer à cette adresse. Je vous propose 3 extraits, « Modern Guilt », « Gamma Ray » (single) et « Soul Of A Man » :
Vous pouvez acheter et télécharger l’album à peu près partout, le label XL connaît son boulot. C’est la première fois que Beck collabore avec XL, je crois qu’il est plutôt satisfait !
Eddie ‒ 8 juillet 2008