200 Million Thousand
par Black Lips
Vice – 2009

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Mon interprétation du terme « flower punk » est la suivante : la bande de Cole Alexander (qui n’est pas vraiment le leader puisqu’il ne semble pas y en avoir dans ce groupe) est une belle équipe de branleurs à l’humour parfois potache, parfois étonnamment fin et cynique. Ils aiment aussi le garage punk, les grosse guitares, s’embrasser sur la bouche, se pissent et vomissent dessus sur scène, bref, ils respirent – si on peut dire – le bonheur et la joie de vivre adolescente.
Au-delà de cette image dont ils jouent allègrement, les originaires d’Atlanta sont aussi de sacrés débrouillards puisqu’ils ont créé leur propre label (qui est toujours vivant et actif) pour vendre leur premier maxi en 2002. Ils se font vite repérés, et leur réputation grimpe rapidement grâce à leurs tournées incessantes et à leur acharnement (le New York Times qualifia le groupe de « hardest working band » pendant le festival South by Southwest de 2007 où ils jouèrent 12 concerts en 3 jours ; autant vous dire que les mecs sont peut-être des gai-lurons mais ils bossent comme des forcenés). 2007 est l’année de l’explosion médiatique avec Good Bad Not Evil et les voici de retour avec l’attendu 200 Million Thousand.
Et je ne suis véritablement pas déçue. J’dois vous avertir qu’il est impossible d’apprécier pleinement les Black Lips sans comprendre un minimum leurs paroles car de ce côté-là, c’est friandise sur friandise, même si, forcément, quelques chansons sont moins marrantes que d’autres. On n’éclate pas non plus de rire toutes les 10 secondes, il ne faut pas exagérer, mais de la bonne musique associée à des paroles qui n’ont pas à être décryptées pendant des heures ou dont on se dit que de toute manière personne ne les comprend, que c’est de l’art et qu’il faut prendre ça un peu de haut, c’est franchement plaisant.
Musicalement, les Black Lips sont un régal. Au-delà encore de leur image de dingues, ils font vraiment de l’excellente musique, avec des influences diverses et inattendues, des expérimentations risquées, bref, c’est une vraie tarte au fraise maison recouverte de chantilly, avec la cerise, le coulis de chocolat et tout ce qu’il faut, avec en plus un gros smiley jaune dessiné dessus.
Il y a dans ce disque du garage punk psychédélique directement venu des sixties qui fait un bien fou par où il passe, on pense aussi, forcément, aux Kinks. Le blog MySpace du groupe avait annoncé la couleur : les Black Lips ont foi en leur “bad-ass-ness”, qu’on peut traduire royalement par « génialitude ». Et ils tentent des choses, toujours tout en décadence et dans un apparent n’importe quoi. Apparent car comme dit précédemment, ces mecs n’ont pas l’air de faire grand-chose au hasard et derrière ce rideau de fun, il y a quand même du sérieux. Et du sérieux il en faut quand il s’agit de faire du rap sur un disque de garage-punk/rock ‘n roll. Pourtant Alexander s’y colle (haha) sur « The Drop I Hold, » et je ne peux pas en dire du mal, je ne PEUX PAS ! C’est juste trop bon ! Impossible de ne pas visualiser ce que ça peut donner sur scène (là où les Black Lips se donnent à 800%), impossible de ne pas sourire, de ne pas se la repasser.
Cet album est ambitieux dans la décadence. On pense au protopunk, au surf rock (les Beach Boys, quoi), au Velvet Underground pour la relative noirceur de certaines pistes… Si j’ai une seule chose à reprocher, c’est le manque d’attention porté à la voix de Cole Alexander ; le jemenfoutisme a quand même des limites, et cela risque de rendre ce disque plutôt inconfortable pour ceux et celles qui ne connaissent pas le groupe. Pourtant chaque piste vaut au moins une réécoute (sauf peut-être « The Drop I Hold » si vraiment vous détestez la moindre allusion au rap, ou « I Saw God » qui est celle à laquelle j’accroche le moins). La production est parfaite, ce qui devient une excellente habitude. N’ayez pas peur de monter le son, c’est terriblement bien mixé.
Ils bénéficient actuellement d’une espèce de hype que je n’explique que par un travail de fond de la blogosphère et, je me répète, par une apparente addiction à la scène qui s’est traduite par de nombreuses apparitions dans des festivals, dans beaucoup de villes et d’Etats des USA.
Si vous aimez le rock déjanté, brut de décoffrage et drôle dans l’texte, 200 Million Thousand est fait pour vous.
J’vous propose « Starting Over », une espèce d’hymne low-fi imbibé de bière, et « Trapped In A Basement », plus sombre, et que j’a-dore.
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Vous pouvez aussi écouter et télécharger « Take My Heart » en allant jeter vos 2 oreilles de ce côté.
Les Black Lips ont aussi inauguré la catégorie Vidéoh! de ce blog avec « O Katrina », que vous pouvez télécharger en mp3 là-bas.
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Eddie Williamson ‒ 20 février 2009