Face Control
par Handsome Furs
Sub Pop – 2009

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« These are not concept albums, but there are concepts » dit le dossier de presse. Ce ne sont pas des concept albums mais il y a des concepts. Bon. Vraisemblablement il y a aussi un album et il s’appelle Face Control. Ils fument quoi chez Sub Pop ? Handsome Furs est le duo formé par Dan Boeckner (Wolf Parade) et sa femme chérie Alexei Perry. Pour leur premier disque, Plague Park, ils s’étaient inspirés de la Scandinavie, géographiquement, en essayant de dépeindre musicalement leurs fantasmes de grands espaces, la tundra, les glaciers, les fjords… Face Control se situe lui en Europe de l’Est, où le couple s’est délocalisé pour réaliser cet album. Le verdict est sans appel…
… c’est une réussite éblouissante, même s’il m’a fallu quelques écoutes pour bien apprécier ce que le couple a voulu faire passer comme messages. Autant le dire tout de suite, ce n’est pas un disque très accessible contrairement à Plague Park. Alors que l’ambition de ce dernier était compréhensible sans explications, le second disque des Furs nécessite quelques éclairages quant aux concepts qui le traversent.
Face Control est un disque d’époque : les Handsome Furs ont voulu brosser le portrait d’une société déshumanisante, grise et froide, dont on se dit qu’elle est réminiscente de l’Empire Soviétique (cf : le chien de garde flippant de la couverture rouge sang du disque) et puis on se dit que cette société est peut-être la nôtre. Les méthodes ont changé, mais nous sommes toujours constamment sous surveillance, pire, nous accordons à d’autres un droit de regard impudique sur notre vie. Puces GPS implantées un peu partout, Facebook (d’ailleurs : espionnez-vous le Choix?), blogs, caméras de surveillance dont on se félicite (comme vu récemment au Zapping de Canal)… D’un contrôle forcé à la soviétique, nous sommes passés à un contrôle de plein gré à la Facebook. Bref, une extension du Malaise dans la civilisation de Freud, si vous voulez. Ou encore, frustrés par l’impossibilité d’une société parfaitement sécurisée, on se replie dans une société sécuritaire avec comme risque le basculement vers une société autoritaire, ‘voyez. Toujours la même histoire.
Cela se traduit musicalement par les beats glaciaux et métronomiques de Alexei Perry, brisés par la voix et les riffs de guitare rageurs de Dan Boeckner. La mécanique du couple fonctionne parfaitement, c’est un combat entre l’Homme qui refuse la société envahissante et oppressante et exprime son désir d’évasion, son désir de vie, d’amour, de liberté. Évidemment ça doit vous paraître super philosophique comme ça, mais c’est en ayant en tête ces idées que le disque se révèle impressionnant de justesse et d’intensité, qu’il arrive à vous prendre aux tripes. Que Face Control se situe en Europe de l’Est, j’ai du mal à m’en convaincre, j’ai vite zappé ce concept là, au profit de la complémentarité de Boeckner et Perry, mon couple canadien préféré. Il y a tout au long de ce disque un romantisme sous-jacent qui contraste avec son apparente froideur qui pourrait vous effrayer à la première écoute. Ce romantisme se matérialise une seule fois de manière éclatante sur « All We Want, Baby, Is Everything ».
Oubliez donc les concepts politiques chiants, et adoptez celui d’un couple amoureux, perdu dans une société qui les effraie, qu’ils ne comprennent pas, dont ils veulent s’échapper pour vivre librement leur amour. Là ça doit vous paraître horriblement niais. Mais voilà, il y a tout ça dans ce disque : des considérations politiques, des questionnements philosophiques, une histoire d’amour plus touchante et réaliste que celles du cinéma et au final, une grosse dose d’optimisme à côté de laquelle on ne peut pas passer.
Musicalement, les influences sont à aller chercher du côté du post-punk, de la cold wave, de New Order (c’est plus qu’évident sur « All We Want… » qui fait délibérément référence à « Temptation »), de The Cure, Arcade Fire… La grande, GRANDE chanson se trouve à la toute fin du disque, elle se nomme « Radio Kaliningrad », véritable hymne romantique moderne, 5 minutes d’un lent crescendo électrique intense.
Sombre et éblouissant, concept album ou pas, le deuxième album des Handsome Furs sonne comme une confirmation de l’excellence de leur démarche artistique entamée avec Plague Park, et comme l’un des grands disques de cette année.
Clip audio : Le lecteur Adobe Flash (version 9 ou plus) est nécessaire pour la lecture de ce clip audio. Téléchargez la dernière version ici. Vous devez aussi avoir JavaScript activé dans votre navigateur.
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Face Control sort le 10 mars prochain chez Sub Pop Records (instant culture : « face control » est le fait de discriminer des gens à leur tronche).
À voir : « Legal Tender » et « Thy Will Be Done » interprétées en live pour Radio K.
Tracklist :
1. Legal Tender
2. Evangeline
3. Talking Hotel Arbat Blues
4. (Passport Kontrol)
5. All We Want, Baby, Is Everything
6. I’m Confused
7. (White City)
8. Nyet Spasiba
9. Officer of Hearts
10. (It’s Not Me, It’s You)
11. Thy Will Be Done
12. Radio Kaliningrad
Eddie Williamson ‒ 2 mars 2009