
Seeing Things
par Jakob Dylan
Columbia – 2008

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Il est parfois bon de suivre les traces de son vieux papa. Jakob Dylan, le plus jeune fils de Vous-Savez-Qui, a laissé de côté pour un temps son groupe (les Wallflowers) pour se laisser aller à un album de folk, dans la lignée de son père, évidemment, car le mec est plus ou moins le Dieu de la musique folk, comment pourrait-il faire autrement ? Seeing Things est sorti cet été, et s’est imposé en deux écoutes comme l’un des meilleurs albums folk de l’année. Oubliez le vieux Bob, faites place à Jakob !
Le premier nom qui m’est venu à l’esprit en écoutant « Evil Is Alive and Well », n’est pas celui de Celui-Dont-Je-Ne-Vais-Pas-Ecrire-Le-Nom mais bien celui de Bruce Springsteen. La voix de Jakob Dylan rappelle le Boss dans ses moments les plus doux ; il a une voix bien plus sexy que celle de son père, disons-le clairement. Quittant les guitares électriques pour l’acoustique, il en profite pour mettre enfin en valeur ses textes et sa voix parfaitement maîtrisée. Son jeu de guitare est loin d’être simpliste, son « phrasé » est très travaillé, il ne se contente pas de gratter deux cordes et de voir ce que ça donne (… pas comme moi).
Seeing Things est un album intime, calme, réfléchi, dont les textes dépeignent l’état d’esprit d’un homme tourné vers le présent (« Valley of the Low Sun » fait clairement référence à la guerre d’Irak) et l’avenir, jamais vers le passé. Avec une instrumentation simple, sans emphase, largement construite autour des guitares acoustiques, jamais lassante, Jakob Dylan joue sur le terrain de l’émotion lorsque son paternel jouait sur celui de la protestation. Il avance tranquillement, semble extrêmement à l’aise, et l’on pénètre très facilement dans son univers, et en trois chansons, on s’y est installé confortablement, et on l’écoute, comme s’il jouait devant vous (impression possible grâce à une production parfaite). Humble, voilà le mot que je cherchais. Il sait qu’il joue dans la cour d’un géant et ne cherche pas la confrontation.
Il s’impose avec Seeing Things comme un excellent songwriter : ses paroles sont élaborées avec soin et trouvent très facilement leur place dans des mélodies qui savent se faire sombres ou claires, mélancoliques ou entraînantes, mais toujours en retrait pour que sa voix robuste et claire touche l’auditeur le plus facilement possible. C’est la troisième fois que j’utilise l’adverbe « facilement », non ? C’est pourtant le sentiment que ce disque dégage : ce n’est que son premier album solo, et il maîtrise ses instruments et sa voix comme un vieux de la vieille, ses paroles semblent avoir eu le temps de mûrir pendant qu’il tournait avec les Wallflowers, et le tout donne un disque qui ne souffre d’aucun défaut. Tout… coule de source, tout s’enchaîne admirablement bien, tout est facile. Là vous pensez : « C’est dans les gènes ! », et bien j’suis pas loin de penser la même chose.
Mélodies magnifiques, paroles dignes de… gnnnh… de son ascendance (pfiou!), le premier album solo de Jakob Dylan est une très grande réussite. Humble, très travaillé et soigneux, il touche juste, sans forcer, tranquillement, facilement. En espérant que cet album ne soit pas qu’une histoire d’un soir.
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Eddie Williamson ‒ 30 octobre 2008