The Empyrean
par John Frusciante
Record Collection – 2009

MySpace | Acheter
Je suis passée à côté de la plupart des albums solos de John Frusciante, je le confesse, quand bien même j’avais entendu d’excellents échos de la part, surtout, des fans des Red Hot. Des avis pas forcément très subjectifs, donc. Vous vous attendrez sûrement en découvrant ce disque à entendre une version alternative de la musique des Red Hot Chili Peppers. Avant d’écrire cette chronique je me suis procurée quelques-uns de ses précédents disques et il faut bien avouer que ça ne cassait pas trois pattes à un canard. Il essayait de se détacher de la musique funk-rock de ses amis californiens tout en se remettant de son addiction à l’héroïne (il a arrêté d’un coup, s’est plongé dans la spiritualité, la philosophie…), et ses expérimentations n’étaient pas toujours très concluantes tout en étant toutefois dignes d’intérêt, notamment dans Shadows Collide with People et The Will to Death, tous les deux sortis en 2004.
Le mot qui me vient à l’esprit pour définir cet album c’est : épique. Chaque chanson ou presque commence doucement et monte en puissance pour soit finir en apothéose ou pour redescendre en intensité. Frusciante chante sur tous les titres, sauf sur le premier : « Before the Beginning », sorte de longue complainte guitaristique qui m’a fait presque immédiatement penser au « Maggot Brain » de Funkadelic joué par David Gilmour. Le décor est planté, c’est un concept album, avec un début, une fin, une invitation à un voyage dans le monde d’un Frusciante intimiste, spirituel et torturé par des questions et des réflexions qu’il retranscrit dans des paroles très étranges parfois, qui se rapprochent même de temps à autre d’un journal intime d’un emo, ce qui peut être… embarrassant comme sur « Unreachable », ou il chante des choses comme « Reach into the darkness for what you can find / Travel great distance in your mind /The world gets stronger as you start tryin’ things. » Certes, c’est inspirant. Je n’ai pas de problèmes particuliers avec la spiritualité (je vénère Jimi Hendrix) mais certains textes sont un peu sur-écrits. C’est un point que vous retrouverez dans les papiers des critiques anglophones de ce disque et qui jouera en la défaveur de ce disque, malheureusement.
Je reviens au mot-clé de cet album : épique. John Frusciante est un génial créateur de mélodies, et à 38 ans il atteint une maturité musicale exceptionnelle qui lui permet de produire des titres comme « Unreachable » (dont je viens de taper sur le texte, mais la musique est splendide) ou « Enough of Me » où il a reçu le soutien de Johnny Marr le guitariste de The Smiths. De l’émouvante reprise de « Song to the Siren » de Tim Buckley jusqu’à « After the Ending », c’est la diversité d’approches incroyable et la pléthore d’instruments utilisés (le piano est très présent, il y a des synthés, des cordes, des cuivres) qui étonnent. Frappante également l’assurance dans la voix de Frusciante, qui se permet des contorsions dignes des plus grands sans efforts apparents. Le summum de l’étonnement se trouve sur « Dark/Light », dont la symbolique spirituelle est plus qu’évidente, 8 minutes 30 secondes où l’on se dit que Frusciante a basculé du côté obscur de la pop commerciale. C’est en tendant l’oreille que le titre révèle sa majestuosité, avec cette ligne de basse carrément addictive.
Oh, vous ai-je précisé que John Frusciante joue de tous les instruments sur ce disque ? Guitare, basse, batterie, pianos, synthés… Il est secouru sur 6 titres à la basse par Flea (des Red Hot) et pour le reste par Josh Klinghoffer.
Comme tout bon concept album, chaque chanson a un sens, chaque chanson représente un épisode de ce voyage spirituel. Une difficulté, une mort, une renaissance… Peu importe si vous arrivez à « comprendre » The Empyrean, l’essentiel réside dans l’exceptionnelle créativité de John Frusciante et dans ses envolées guitaristiques épiques, la puissance qui se dégage de chaque piste, qu’elle soit constituée de rage, de mélancolie ou de tristesse.
Étrange, inspirant, émouvant, musicalement jouissif, c’est un grand album et, disons-le, son meilleur à ce jour.
Pour vous donner envie d’acheter l’album, voici « Before the Beginning », qui l’ouvre de manière magistrale.
Clip audio : Le lecteur Adobe Flash (version 9 ou plus) est nécessaire pour la lecture de ce clip audio. Téléchargez la dernière version ici. Vous devez aussi avoir JavaScript activé dans votre navigateur.
Eddie Williamson ‒ 31 janvier 2009