Two Suns
par Bat for Lashes
Parlophone – 2009

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La pochette n’était pas très engageante (j’ai un mauvais rapport avec les bougies et les ambiances gothico-mystiques), mais j’y suis tout de même allée, poussée par la curiosité. Bat for Lashes est le pseudonyme de Natasha Khan, une Anglaise de 29 ans aux origines pakistanaises (par son papa), qui produit de la musique… alternative. J’ai jamais trop compris ce terme (comme la plupart des catégories dans lesquelles on place les artistes d’ailleurs) même si pour le coup je peux comprendre son utilisation : la musique de Bat for Lashes s’aventure allègrement dans tous les styles, Khan s’étant déjà attirée des comparaisons flatteuses avec des artistes comme Björk ou PJ Harvey, des artistes défricheuses et complètement à l’écart des modes. Sachant tout cela, c’est un mélange d’excitation et d’appréhension qui domine avant de découvrir Two Suns, le second album de la jolie Anglaise.
Ma première pensée cohérente fut : « Mais c’est de la pop ! ». Pourquoi faire peur tout le monde en parlant de musique alternative ou expérimentale ?!
C’est de la pop, à cela près qu’il s’agit d’une musique pop plus originale que les autres, s’éloignant des sentiers battus (à ce niveau-là c’est plus des sentiers, c’est un champ de pommes de terre après un bombardement nucléaire qui aurait duré 15 ans sans interruption) et franchement fantastique. Pas fantastique dans le sens fantastiquement bien, enfin si, pas tant que ça non plus (y a pas 5 étoiles là-haut !), mais fantastique dans le sens où c’est une musique qui ne vous fait pas voyager dans des paysages connus. Et c’est là que la pochette prend tout son sens. Les percussions quasi-tribales de « Glass » qui ouvre le disque font ressortir le mysticisme des paroles et plonge l’auditrice en terre inconnue, dans un univers particulier, celui de cette intriguante Anglaise, et ce dès les premières secondes. Premier objectif atteint : la pochette zarbi est oubliée.
Two Suns est un album ambitieux et, osons le mot qui fait peur, conceptuel. Il n’y a pas de chanson qui se dégage clairement comme un potentiel single, il n’y a pas non plus de chanson plus faible, moins inspirée que les autres, ce qui fait que je me suis surprise à écouter ce disque 2 ou 3 fois de suite, sans interruption, sans véritablement m’en rendre compte.
Two Suns est une rêverie de 45 minutes, avec des morceaux comme « Moon and Moon » qui aurait leur place dans un de ces films de Disney où le personnage principal (supposons qu’il s’agit d’un enfant qui se croit orphelin depuis l’âge de 2 ans) regarde les étoiles et imagine ses parents frappant à la porte de la tante castratrice qui l’a recueilli, retrouvailles, embrassades… et puis il se réveille, se rendant compte que tout cela n’était qu’un rêve. C’est beau, fantastique, mais c’est aussi sombre, mélancolique, comme sur « Daniel » qui m’a beaucoup fait pensé au meilleur d’une Kate Bush.
C’est un album très visuel, si tant est qu’on puisse dire cela d’une oeuvre musicale, qui doit vous transporter via votre imagination dans des endroits et des époques variées, souvent indéterminées. Les choeurs gospel de « Peace of Mind » n’ont pas l’effet attendu généralement dans les églises, ce chaleureux réconfort des âmes (ou quelque chose du style) ; la musique lancinante, entêtante crée une ambiance contradictoire, tourmentée, comme un combat désespérée vers une certaine tranquilité que Khan semble avoir trouvé à la chanson suivante, « Siren Song », mais encore une fois, c’est la mélancholie qui l’emporte dans ce qui pourrait être un des sommets de l’album en termes d’émotion. Presque à chaque chanson, ce sont deux sentiments, deux émotions contradictoires qui s’affrontent.
Vous devez l’avoir deviné vous-mêmes à ce stade de la chronique, la créativité n’est pas la moindre des qualités Bat for Lashes qui, grâce au succès de son premier disque (Fur and Gold, 2006), a pu parcourir le monde et accumuler des inspirations aux quatre coins de celui-ci. La variété des sonorités et des influences est assez incroyable. La voix de Natasha Khan a une texture très agréable qui donne une touche éthérée, vaporeuse parfois à toutes les chansons.
La piste la plus intriguante est sans conteste « Pearl’s Dream », où Khan nous présente son autre Moi (big up à Sigmund) prénommée Pearl, qui est obsédée par l’idée de s’évader d’un monde qui ne lui convient pas ; cette chanson rejoint un peu la petite histoire d’il y a 3 paragraphes. « Pearl’s Dream » est la chanson la plus « agressive » si on peut dire, la plus bouillonnante et tourmentée, et révèle, comme Natasha Khan l’avait annoncé dans une interview, un nouveau pan de la personnalité de l’Anglaise, une « femme fatale destructrice » pour employer ses propres mots.
« Good Love » passe un peu inaperçu, trop éthérée, sans rythme et donc bien moins accrocheuse que la chanson qui la suit, « Two Planets », qui me rappelle les meilleurs moments d’une Islandaise bien connue. La fin de l’album manque peut-être un peu d’ampleur, et l’on se dit que le meilleur se trouve avant, même si les paroles de « Travelling Woman » sont absolument splendides. Le duo avec Scott Walker, « The Big Sleep », qui clôture le disque me fait de nouveau penser à un film de Disney ou à une comédie musicale, ce qui est un peu moins flatteur.
Bat for Lashes s’impose en tout cas avec ce disque, et plus particulièrement avec les 7 premières chansons, comme la nouvelle naïade pop-folk psychédélique (mais y en avait-il une avant ?) avec un second album qui devrait confirmer le succès de Fur and Gold !
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PS : À noter la participation des expérimentateurs (psychédéliques à souhait également) New-Yorkais Yeasayer sur plusieurs pistes au niveau des basses et du beat programming (aucune idée de comment traduire ça en français). Allez jeter un coup d’oeil à la critique de « All Hours Cymbals ».
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Eddie Williamson ‒ 13 février 2009