XX
par The XX

Sortie : 17 août 2009
Label : Young Turks
Stéréotypes : Pop, Dream-Pop, Trip-Hop
Liens : MySpace – HypeM – Acheter
Mmmmmh… J’ai eu du mal à trouver les mots pour décrire la musique de The XX. J’ai vraiment eu du mal. Ce quartet londonien est jeune, beaucoup trop jeune pour produire une musique aussi sophistiquée. Ce qu’on attend généralement d’un groupe de petits jeunes Anglais qui forment un groupe, c’est une musique énervée, énergisante, voire punk. Je ne m’attendais pas à un premier album aussi réussi, d’une part, mais avec une atmosphère pareille : sensuelle, presque lascive par moments.
The XX (prononcez « ex ex ») mélange un nombre d’influences assez invraisemblable, c’est un vrai plaisir pour les mélomanes. Dès les première secondes de « Intro », l’auditrice est plongée dans une atmosphère à la The Cure ou Cocteau Twins, le groupe de pop atmosphérique des années 1980. Et arrivent les rythmes à la Timbaland, et la sauce prend, si j’ose dire. Frissons au bout de la première minute. 19 ans, ils ont 19 ans, bon sang, c’est pas possible. En 2 minutes ils font preuve d’une maturité artistique à couper le souffle. Je ne vois pas d’autre explication qu’une grande culture musicale, des idées précises sur ce qu’ils ont envie de produire, et surtout une complicité incroyable.
Quelques recherches sur le groupe suffisent : ce sont des amis d’enfance, ils ont grandi avec les mêmes groupes. Ils revendiquent tous des influences aussi diverses que Rihanna, Portishead, Micachu and the Shapes, Pixies, The Kills ou encore Aaliyah, qu’ils adorent (ils ont fait une reprise de « Hot Like Fire » qui est la b-side de leur single « Crystalised »).
|
[mp3]
|
Clip audio : Le lecteur Adobe Flash (version 9 ou plus) est nécessaire pour la lecture de ce clip audio. Téléchargez la dernière version ici. Vous devez aussi avoir JavaScript activé dans votre navigateur.
|
Ils maintiennent tout au long du disque un certain minimalisme : des samplers (la boîte à rythmes est aux mains de l’excellent Jamie Smith), une guitare répétitive, une douce électro et ces voix… Ce sont les voix d’une fille et d’un garçon, Romy Madley Croft et Oliver Sim. Elles sont jeunes ces voix, mais en même temps il s’en dégage une sorte de maturité. Cette maturité précoce qu’il n’est pas rare de lire sur les visages de ces jeunes qui ont l’air complètement blasés de la vie, ‘voyez ? Cette maturité là, feinte ou non, peu importe au final. Ces voix complices se succèdent, s’entremêlent délicatement, éthérées mais pas trop, détachées mais pas trop…
Facile de les imaginer chanter doucement dans leur chambre pendant des heures, l’un, fébrile, faisant découvrir à l’autre un bout de texte gribouillé au lycée, un texte qui allait devenir l’une des chansons de cet album. C’est ce qui est fascinant avec des groupes aussi jeunes, c’est facile, étant de leur génération de se mettre à leur place. La star de l’album est sans doute Jamie Smith qui se trouve derrière la boîte à rythmes et samplers, et qui trouve pour chaque morceau le bon dosage, sans volonté d’épater la galerie avec des beats exubérants. Non, c’est toujours ce qu’il faut, au bon moment.
L’album se déroule avec une facilité assez déconcertante, comme un rêve. Il possède d’ailleurs des moments de pur dream-pop enveloppante mais jamais oppressante, comme sur « Fantasy », « Shelter » ou « Infinity ». D’autres morceaux sont plus énergiques, comme « Islands » ou « Night Time », qui vont d’ailleurs sûrement se faire remixer des dizaines de fois, tant leur qualité est éblouissante.
|
[mp3]
|
Clip audio : Le lecteur Adobe Flash (version 9 ou plus) est nécessaire pour la lecture de ce clip audio. Téléchargez la dernière version ici. Vous devez aussi avoir JavaScript activé dans votre navigateur.
|
D’une certaine manière, ce premier album me rappelle les premiers EPs de Bloc Party qui avaient mis tout le monde sur le cul. Ils s’en dégagent la même virtuosité, dans un style pas si différent que ça finalement, bien que l’album de The XX soit beaucoup moins taillé pour les pistes de danse, mais plutôt pour des dérives planantes, allongé confortablement dans votre lit.
« Infinity », le chef-d’oeuvre du disque, précède une fin d’album en forme de trip nébuleux, qui, lorsqu’il se termine… Eh bien c’est sans doute trop subjectif pour le coup, mais quand l’album touche à sa fin, je me sens fatiguée et j’ai une profonde envie d’aller me coucher. C’est comme après une sieste qui aurait duré un peu trop longtemps. Vous allez peut-être interprété ça comme un défaut, ce n’est pas le cas, c’est juste… mon ressenti « physique ».
Les voix sont très calmes, très posées, molles diront certains, et la musique ne décolle jamais vraiment. Elle plane, jamais très haut, comme un tapis volant au-dessus de la ville (c’est un rêve que je faisais souvent, petite). Comme beaucoup de disques que je vous propose, l’écoute du premier album de The XX doit être vécue. Ne l’écoutez pas d’une oreille discrète ; attendez la tombée de la nuit, mettez votre casque et fermez les yeux.
XX possède peu de titres qui m’ont transcendée ou transportée vraiment très loin, il n’en reste pas moins une réussite éblouissante, un des meilleurs premiers albums qu’il m’ait été donné d’écouter, un délice crépusculaire d’un petit peu moins de 40 minutes. Assez étrange et sophistiqué pour me faire dire que The XX est l’un des nouveaux venus les plus intéressants de la scène anglaise.

Eddie Williamson ‒ 7 août 2009