
Nigerian Wood (LP)
par Keziah Jones
12 tracks – Warner - 2008

“Blufunk is definitely a fact !”
Gros tapage autour du Nigérian chapeauté en ce moment. Le buzz créé autour de ses concerts dans un des endroits où il a commencé à se faire connaître, les couloirs du métro parisien, s’est répandu comme une traînée de poudre dans tous les médias, et les blogs ont relayé l’information avec joie. Bien, bien, bien, mais que vaut l’album ?
Dissipons tous soupçons : il est très bon. Il faut revenir sur ce dont est constitué l’univers musical de Keziah Jones. En vous parlant de l’afrobeat j’avais pointé les ressemblances entre son créateur, Fela Kuti, et Keziah Jones. Nigérians, envoyés par leurs pères étudier en Angleterre, peu enclins aux études, passionnés par la musique, et inventeurs de styles. Celui de Keziah, c’est le Blufunk, nom qu’il a lui-même donné pour définir sa musique (pour une fois que ce ne sont pas les journalistes !). Inspiré par les rythmes africains, les transes musicales de Fela, la chaleur du blues et la folie du funk, le Blufunk est un hybride que Keziah Jones est le seul à revendiquer : est-il le seul à pouvoir en faire ?
J’ai toujours eu un peu de mal avec sa façon de chanter, pleines d’inflexions, de décorations parfois inutiles à la manière d’un Prince, qui creusent un fossé entre les paroles et les émotions qu’elles sont censées véhiculer. Là où Fela allait droit au but, Keziah semble de temps en temps prendre des détours accessoires. Mais sa virtuosité guitaristique et ses compositions diasporiques compensent ces rares égarements. Comment ne pas se laisser éblouir par l’unicité de son style et la facilité avec laquelle on se laisse emporter par sa musique ?
A la différence d’un Lenny Kravitz, dont le dernier album est sans surprises et décevant, Keziah Jones ne s’est pas reposé pas sur les lauriers qu’il a glanés avec le succès du single « Rythm Is Love » – 500 000 copies vendues -, ne s’est pas ensuite laissé découragé par l’échec commercial des 2 albums suivants, « African Space Craft » et « Liquid Sunshine », moins accessibles et – car – ayant comme principal sujet l’Afrique et ses difficultés, forcément plus sombre et posé, et il a réussi avec « Black Orpheus » à retrouver les faveurs du public. Sur « Nigerian Wood », après 4 ans de travail, il est assurément parvenu à parler de ce qui le préoccupe, les problèmes de son pays, le Nigéria, extrêmement présent tout au long de l’album, tout en conservant ce qui avait fait le succès de « Black Orpheus », ces ritournelles blufunky mélancoliques et très mélodiques où il montre au monde qu’il possède l’une des plus belles voix masculines depuis Jeff Buckley.
Keziah Jones continue donc dans « Nigerian Wood » à explorer son propre style, cherchant à définir ses limites. Plus jazzy, et toujours plus exotique, il continue d’expérimenter, n’a de cesse d’enrichir son kaléidoscope musical, et ce sans jamais trop se disperser, la base du Blufunk, le dénominateur commun de ses 5 albums studio, cette texture si particulière, ces arrangements peaufinés depuis ses premiers concerts dans les rues et métros de Londres et Paris, et cette sensibilité aux problèmes de son pays et de son époque.
Je ne sais pas si Keziah Jones a réussi à trouver sa place dans le monde, mais le Blufunk a trouvé sa place dans celui de la musique. Cet album est son plus abouti, et l’on sent à la fin de « My Brother », qui clôture l’album, qu’Olufemi Sanyaolu peut amener son style encore plus loin. Oui, « Nigerian Wood » mérite bien tout ce tapage !

En plus de l’album là-haut, je vous propose le clip de « My Kinda Girl », le premier single (qui n’est pas la meilleure).

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Tracklist : 1. Nigerian Wood | 2. African Android | 3. My Kinda Girl (single) | 4. Long Distance Love | 5. Beautifulblackbutterfly | 6. Pimpin’ | 7. Lagos vs New York | 8. 1973 (Jokers Reparations) | 9. Unintended Consequences | 10. Blue Is The Mind | 11. In Love Forever | 12. My Brother
MySpace : myspace.com/keziahjones
Site officiel : keziahjones.com/
Eddie Williamson ‒ 3 septembre 2008