
Daydream Nation
par Sonic Youth
Geffen – 1988

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Si vous êtes de ceux ou celles qui pensent que les années 80 furent un « âge noir » pour la musique, vous vous mettez le doigt dans l’oeil jusqu’à un point que vous n’imaginez pas encore. S’il fallait retenir un seul disque de cette période, ce serait le Daydream Nation de Sonic Youth, sorti en 1988, véritable pierre angulaire de la musique alternative mondiale. Typiquement un de ces albums dont on se dit à la première écoute : « Ouais, bon, c’est pas si terrible » et qui révèle toute sa majestuosité au fil des écoutes.
Les fans inconditionnels de Sonic Youth - dont les deux chanteurs, Kim Gordon et Thurston Moore, sont toujours l’objet d’un véritable culte – ne doivent pas m’en vouloir. Oui, à la première écoute de Daydream Nation j’ai pensé « Ouais, bon, c’est pas si terrible ». Souvenez-vous ne votre première écoute, et si vous avez été frappé-e-s tout de suite pas la structure parfaite de l’album, la manière qu’il a de manier la musique alternative et expérimentale pour donner un son si magnifique qu’il vous décourage à jamais de vouloir songer essayer de faire quelque chose d’aussi bon.
Sonic Youth est un de ces groupes que vous vous devez de connaître pour ne pas passer pour l’inculte du coin. La hype qui entoure ce groupe peut être un peu effrayante, mais il faut s’en défaire avant l’écoute de ce double-album, très long, dont les chansons font quasiment toutes plus de 4 minutes. Daydream Nation fit tout ce qu’un disque culte est supposé faire : il définit le style du groupe, redéfinit les codes de la musique, permit à la musique alternative de sortir de l’ombre et de toucher un public extrêmement large, et influenca toute la musique alternative et indépendante qui suivit (ils feront pression sur leur label, Geffen Records, pour faire signer un groupe du nom de Nirvana ; Cobain affirmant plus tard que la musique de Sonic Youth fut sa principale influence, et il suffit d’écouter Daydream Nation pour comprendre pourquoi).
Comme tous les albums que je trouve incroyablement bons, j’ai envie que vous le découvriez dans les meilleures conditions. Aimer un album, c’est aussi une question de chance. Si j’avais écouté cet album pour la première fois sur une plage de Bora-Bora, nul doute que j’aurai continué à penser « Ouais, bon, c’est pas si terrible ». L’ambiance, l’environnement, le moral, ce sont toutes des variables qui font que vous allez apprécier un album, y revenir, ou non.
Pour écouter cet album, je vous conseille de réserver 70 minutes de votre temps, de vous allonger dans votre lit, lumière éteinte, le casque sur les oreilles, le volume pas trop fort, et de déguster.
Sonic Youth réussit à produire des mélodies aussi belles et uniques que celles des Beatles tout en y imprimant des riffs de guitares à la Ramones, et à enregistrer tout ça de telle manière qu’il en ressorte un son trashy et noisy sans pour autant que les voix de Thurton Moore et Kim Gordon ne soient complètement obstruées par un déchaînement de cordes.
La musique de Sonic Youth est facilement rangée dans la catégorie noise-rock parce qu’elle ne cède en rien aux obligations harmoniques standards, aux riffs de guitare polis et aux 3 minutes réglementaires qui avaient cours à l’époque. Les Sonic Youth se balancent complètement des règles, et n’ont aucunes prétentions commerciales, ce qui en font, toujours aujourd’hui, l’un des groupes les plus intéressants. Rien n’est standard dans cet album de toute manière. De « Teen Age Riot », le morceau le plus connu du groupe, aux 14 minutes de « Trilogy », les 4 Américains ne respectent rien, et créent une collection impressionnante de morceaux à teneur garantie en puissance et énergie punk et grunge, en beauté mélodique, en sombreur adolescente, et, je le répète, auc architectures absolument uniques qui inspireront un nombre incalculable de groupes à leur suite et qui redéfiniront l’esthétique musicale de l’époque.
Bien évidemment, aucune chanson n’est à jeter, l’album est parfaitement homogène et à écouter d’une traite pour pour vous prendre la claque en intégralité.
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Eddie Williamson ‒ 13 octobre 2008