Tarot Sport _
par Fuck Buttons

Sortie : 14 octobre 2009
Label : ATP Recordings
Stéréotypes : Electro, Noise
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Moins d’un an après avoir faire leurs débuts discographiques avec Street Horrrsing, le duo Anglais revient dans les bacs aujourd’hui avec Tarot Sport, second album très attendu après que le groupe ait reçu reçu les louanges quasi-unanimes de la presse spécialisée et effectué des dizaines et des dizaines de concerts pour défendre leur excellent premier album. Andrew Hung et Ben Power, le duo anglais formant Fuck Buttons, ne dérogent pas à leurs habitudes, cet album est sublime et un candidat sérieux au podium de mon best-of des albums de 2009.
Fuck Buttons, voilà un nom qu’on peut difficilement oublier. Nul doute que la BBC aurait préféré que le groupe rajoute une lettre diacritique* à « fuck », pour leur éviter de censurer à tout bout de champ le F word dans leur critique – par ailleurs intéressante – de ce disque. Ce puritanisme linguistique a le don de m’énerver lorsque je regarde le Daily Show en ligne et que tous les fuck, shit, dick et autres sont remplacés par un blip affreux. Les Canadiens ont Fucked Up et Holy Fuck, tous deux vainqueurs d’un Polaris Prize cette année, les Anglais ont donc le duo Fuck Buttons.
Je n’ai aucune idée de comment traduire Fuck Buttons. Ou même d’en trouver une signification (réponse dans les commentaires, NdE). S’agit-il d’un aptonyme* de deux jeunes petits branleurs anglais fans de Sonic Youth ? Leur musique n’est pas vraiment adaptée pour un film porno (ou alors un film porno filmé au ralenti et dont les protagonistes seraient des extra-terrestres multicolores). Pendant que j’y suis à me demander à quoi leur musique est adaptée, j’me rends compte qu’elle n’est même pas adaptée à ce qu’on a eu l’habitude d’entendre de la part d’artistes venus de Bristol, berceau du trip-hop (appelé également le « Bristol Sound », c’est pas pour rien). Ce ne fut pas un problème pour le groupe dont la renommée s’est vite étendue au-delà des frontières de leur ville et de leur pays, en partie grâce à leur soif insatiable de concerts qui les fit jouer un peu partout en Grande-Bretagne, puis un peu partout dans le monde grâce au succès de Street Horrrsing, leur premier album.
Ce premier album avait ravi la critique, et moi la première, leur musique noise abrasive m’avait alors retourné les tripes dans le bon sens du terme. L’effet de surprise a évidemment joué à fond, ce qui n’est plus le cas pour Tarot Sport. Le résultat est-il le même ? Oui.
Un documentaire est passé récemment sur Arte, intitulé L’instinct de la musique. Je ne l’ai pas regardé en entier parce qu’un moment c’est parti dans un délire scientifique qui m’a fait décrocher, mais une idée m’a marquée : celle selon laquelle on associe certains accords, certaines « couleurs musicales » à une émotion particulière. Je ne me souviens plus de l’exemple présenté dans le doc (il était tard et j’étais à moitié dans le coma), mais ça m’a inspiré la réflexion suivante : aurais-je les capacités d’apprécier à ce point la musique expérimentale et noisy des Fuck Buttons si mes parents ne m’avaient fait écouter que de la musique classique pendant mon enfance ?
Je crois que oui. Ces sept monuments musicaux me font penser à des compositions de musique classique. La synecdoque* précédente n’est pas là juste pour le plaisir de faire une synecdoque ou d’écrire trois fois synecdoque dans la même phrase, mais bien parce que les longues plages musicales de Tarot Sport m’apportent ce que j’attends de la musique classique. Des montées en puissance, des pics émotionnels intenses, une sorte de beauté étincelante qui se révèle après que je m’y soit laissée immerger. Une fois accoutumée au son des Fuck Buttons, je n’arrive pas à m’en détacher. Avec toujours ces moments où je lâche un soupir de pur plaisir ou un « ah putain c’est bon » ou « mais waw, quoi », enfin vous voyez. Je m’y sens bien dans cet univers. Comme au coeur d’un cyclone noisy et psychédélique. L’immersion avait été un peu difficile pour leur premier disque, elle fut instantanée pour celui-ci.
Les raisons sont simples : alors que Street Horrrsing était minimaliste, sans rythmique sur la moitié des morceaux, Tarot Sport fait la part belle aux rythmes et il apparaît évident que certains titres ont été pensé pour donner aux gens la possibilité de danser dessus. Sans doute est-ce leur expérience de la scène qui les a fait prendre ce (léger) virage, l’envie de voir les gens bouger pendant qu’ils se déchaînent sur leurs machines, l’envie de voir les gens communier physiquement avec leur musique. Ainsi leur musique est plus pop, plus accessible, avec des mélodies faciles à digérer, sans pour autant que leur son perde en puissance.
Voilà pourquoi « Surf Solar » est un choix parfait comme premier single et première piste du disque. Il y a une bataille de superlatifs dans mon cerveau en ce moment pour décrire ce morceau. C’est tout simplement épique et sublime. Je disais plus haut que l’effet de surprise n’avais pas joué pour ce disque. En fait si. C’est la surprise de voir un groupe progresser de manière aussi spectaculaire. Comme un palimpseste* musical, ce disque risque d’éclipser Street Horrrsing quand il s’agira de déterminer le meilleur album de ce groupe, destiné à une carrière exceptionnelle.
La plupart des morceaux de Tarot Sport, et « Surf Solar » en particulier, me donne l’impression… Je ne sais pas très bien définir cette impression. J’avais eu le même ennui avec le précédent. Gigantesque est le mot qui vient le plus souvent à l’esprit en écoutant cet album. Vous vous êtes sûrement déjà retrouvé dans une situation qui vous a laissé bouche bée, un monument impressionnant, un ciel d’été aux couleurs magnifiques, une éclipse de Soleil ou que sais-je. La musique de Fuck Buttons me donne l’impression qui a dû être la vôtre dans un de ces moments.
Andrew Hung et Ben Power le bien-nommé réussissent à se surpasser pour nous offrir un second album grandiose. Jamais un album de noise n’aura été aussi jouissif. Pour moi en tout cas.
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* : http://twitter.com/lechoix_fr/status/4662630987
Eddie Williamson ‒ 14 octobre 2009