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LE ROCK DANS TOUS SES ÉTATS

Evreux, 29 et 30 juin 2012



par Maxime B.

Cela faisait quelques années que je craquais et me rendais au Main Square Festival à cette époque de l’année, cette fichue pompe à fric à la programmation brillant par sa fantastique incohérence, mais qui parvenait malgré tout à programmer une journée plus que potable sur les trois jours de festival. Mais cette année fût l’année de trop pour le Main Square, et sa prog composée en grande partie de noms que je n’oserais même pas prononcer. Bon allez, si, rien que pour se marrer : si vous vous étiez promenés du côté d’Arras vous auriez pu « apprécier » les prestations de Blink 182, Wiz Khalifa, Within Temptation, ou encore The All-American Rejects. Voilà. Enfin bref, cette année j’ai déserté ma chère région du Nord Pas de Calais pour la Normandie, plus précisément à Evreux, où se déroule la 29ème édition du Rock dans Tous ses Etats. On m’avait dit pas mal de bien de ce festoch : bonne ambiance, joli cadre, prog qui sort du lot des autres festivals qui ont une fâcheuse tendance à tous s’aligner les uns sur les autres, etc… D’autant plus que cette année, les programmateurs ont frappé fort en attirant Brian Jonestown Massacre, Cypress Hill, Manu Chao ou encore Chinese Man. Le tout pour un prix abordable (45€), une nouvelle scène consacrée exclusivement aux découvertes, une ambiance carrément bonne… Voilà ce qu’est le Rock. Autrement dit, on est loin du pass un jour à 70€ et des panneaux « Pogos et slams interdits » du Main Square. (Bon promis, c’était la dernière fois que je lançais un pic au Main Square.)

Je n’arrive que très tardivement à Evreux. J’entends de loin la performance des Rapture qui semblent fidèles à eux-mêmes, enchainant tube sur tube. Pas franchement emballé à l’idée de voir Crystal Castles en live, je passe l’heure qui suit à faire un tour sur le site, bière à la main.

23h30, c’est l’heure de Manu Chao ! Bon je dois reconnaître que j’étais assez perplexe avant le concert, d’autant plus que le personnage en lui-même ne me plait pas particulièrement. « Esperanza bla bla bla Marijuana », musicalement ça ne me disait pas grand-chose non plus. Au final, j’ai carrément apprécié tous les titres issus de ses vieux albums, Proxima Estacion : Esperanza et La Radiolina, qui ont tout de même marqué ma jeunesse (à l’inverse des titres des tout derniers albums, franchement pas géniaux). L’ambiance au sein du public est à la hauteur de l’énergie que dépense Manu Chao sur scène. Seul bémol : cette agaçante tendance qu’a celui-ci de ponctuer chacun de ses titres par une accélération soudaine du rythme histoire de faire monter l’ambiance, mais qui dénature pas mal ses chansons plutôt posées à la base, en les rapprochant d’un truc type « tout l’monde tout l’monde ».

C’est à Chinese Man qu’incombe la tâche de clôturer cette première soirée. J’avais déjà eu l’occasion de les voir au Zenith de Lille dans le cadre des Paradis Artificiels, juste après Method Man (un des meilleurs concerts de rap qu’il m’a été donné de voir !), et les quatre DJ français n’avaient alors absolument pas souffert de la comparaison avec le leader du Wu Tang Clan (comprendre ici : c’était vraiment bien). La prestation de ce soir se sera finalement inscrite dans la même lignée, bien qu’un tantinet moins bonne, la faute à un changement de rapeur, et à un côté rave party/zouk récurrent et plus saoulant qu’autre chose. C’est tout de même une grosse performance que nous livrent les Chinese Man, à l’aide de leurs samples travaillés et old school, à l’image de leurs visuels qui sont tout aussi excellents. Des titres comme « I’ve Got That Tune », « Washington Square » ou encore « Le Pudding », ponctué des samples des cultissimes « The Message » de Grand Master Flash et « Rapper’s delight » de Sugarhill Gang, donnent quelque chose d’assez prodigieux en live.

La journée du samedi commence assez mal alors que la pluie commence à s’abattre sur Evreux. Le début d’aprem est très timide, avec Alan Corbel qui délivre une folk jolie mais pas franchement géniale ni vraiment passionnante. Les Lillois de Rocky se chargent de remonter le niveau aux alentours de 16h, à l’aide de leur pop aux accents dance, à laquelle vient s’ajouter la voix soul de la chanteuse, tout à fait à l’aise sur scène, gérant admirablement bien la voix tout en faisant monter l’ambiance au sein du public qui commence à remuer frénétiquement son séant. Première bonne découverte de la journée, donc ! A l’inverse, le set de la madrilène Russian Red, malgré sa fort jolie voix, ne sera rien de plus pour moi qu’une occasion pour m’allonger dans l’herbe et m’endormir à moitié. C’est joli, mais dénué de toute originalité, loin d’être transcendant, donc.

La prestation de Kurt Vile tranchera singulièrement avec celle, pas très folichonne, de Russian Red. Le leader chevelu des excellent The War On Drugs explore une folk aérienne toute en psychédélisme, à l’aide de sa 6 cordes au son si particulier, sa voix nasillarde semblant venir d’un autre âge et de son groupe au look un peu spécial, The Violators. Des titres comme « Runner Ups », « On tour » ou encore « Society is my friend », sont de véritables petites merveilles dans leur genre. Un set sans aucune fausse note, sans toutefois que l’on ait l’impression que tout soit calculé : bref, j’aime vraiment beaucoup ce type.

C’est ensuite au tour des Citizens d’assurer leur performance, alors que le site du festival commence sérieusement à se remplir. On m’avait dit pas mal de bien de ce quintet londonien, et ces garçons avaient tout pour eux sur le papier : produits par Sir Kapranos (Franz Ferdinand, pour les incultes), signé chez Kitsuné et déjà auteurs de quelques tubes entêtants comme « Reptile ». Oui mais voilà, en concert, ça passe moyen. Déjà parce que je commence à avoir un peu marre de tous ces groupes de hipsters qui retroussent leur bas de pantalon et qui portent des chemises façon papier peint des années 60 boutonnées jusqu’au menton. Ensuite musicalement, ça me semblait bon sur album, mais en live… Non. Quelques gimmicks interprétés au clavier ou autre sont assez efficaces, voire même bons. Mais l’ensemble de leur œuvre souffre de la mollesse des couplets, assez bateaux, et plus généralement de celle du chant.

Je me détourne donc de la grande scène pour me diriger vers celle consacrée aux découvertes, où se produisent alors les Gordon Melon, trio rouennais qui nous balance un rock crasseux aux sonorités légèrement lugubres, bien efficace comme il faut. Leur set sera au final bien plus intéressant que le soi-disant « phénomène » que constituent ces hipsters de Citizens, qui m’ont limite rappelé de bien mauvais souvenirs (un concert des Drums par exemple… mon dieu, je ne veux plus jamais vivre ça).

J’avais, tout à fait à tort et sans raison, plus ou moins classer les belges de Balthazar parmi leurs compatriotes à la pop gentillette mais franchement limitée tels que Absynthe Minded et Puggy. Que nenni, si c’est bien de la pop que ceux-ci délivrent au cours d’un set efficace et visiblement apprécié par l’ensemble du public, leur son est loin d’être mollasson. Ce groupe a quelque chose en plus, quelque chose de bien plus intéressant musicalement, comme le démontre leur single « Fifteen Floors » et son sample particulièrement bien inspiré. Bref, si Balthazar ne vous aviez pas vraiment emballé sur album, laissez-vous convaincre en concert.

C’est ensuite au tour de Gold Panda, malheureusement programmé bien trop tôt à mon goût. Il livre tout de même un set efficace et classieux, à l’aide d’excellents sample comme celui de « You », empreint des influences asiatiques qui fascinent Derwin Schleker et qui l’inspirent dans la composition de ses titres electro-ambiant-minimaliste.

J’écoute de loin le live des Stuck in the Sound, qui semblent s’être bien débridés depuis la dernière fois que je les ai vus en live, c’était à la Garden Nef Party 2009 (festival génial à Angoulême qui n’existe plus depuis, mais dont le site me fait d’ailleurs pas mal penser à celui du Rock).

(Bon ensuite je suis allé voir 1995 pour me marrer… bah finalement ce n’était même pas drôle.)

Des véritables légendes du rap sont programmées à 22h. J’avais déjà pu me trémousser à l’écoute du hip hop latino des Cypress Hill lors de la dernière édition de Dour, alors je savais déjà plus ou moins à quoi m’attendre : une sorte de best of de leurs meilleurs titres (« Hand on the Pump », « How I Could Just Kill A Man », « Insane in the brain », « Hit from the Bang », « Rock Superstar » etc etc…) interprétés par B-Real et Sean Dog, sans trop se fouler. Bref, ces mecs sont de véritables petits branlottins, mais ça fonctionne quand même.

23h, c’est l’heure du meilleur concert de tout le festival : c’est bien évidemment de Brian Jonestown Massacre que je cause. La bande d’Anton Newcombe, une petite dizaine de musiciens présents sur scène, va se produire devant une foule assez clairsemée (en même temps, je doute que le public de 1995 et Cypress Hill soit réellement amateur du génie psychédélique des BJM). Et c’est bien dommage pour ceux qui ont préféré rentrer au camping ou je n’sais quoi : une heure de pur BJM, aérien, planant, psychédélique et musicalement aussi génial qu’impeccable. « Anemone », « Not If You Were The Last Dandy On Earth », « Oh Lord », « Wisdom » et un final sur « Straight up and Down » et son outro mêlant le fameux « Ouh! Ouh! » de « Sympathy For The Devil » et les chœurs de « Hey Jude »… Bref, j’ai pris mon pied comme rarement.

Légèrement fade me semble la prestation des Two Door Cinema Club : logique. Ce groupe n’est pas franchement très utile, mais faut avouer que quelques-uns de leurs tubes sont pas trop mauvais et rendent pas si mal que ça en live.

Je zappe un peu Squarepusher, mais me rends tout de même au set de Factory Floors vers 2h du matin. Le trio londonien, qui commence sérieusement à faire parler de lui, produit un electro très minimaliste, planant, le genre qui s’installe progressivement et qui finit par vous prendre la tête sans que vous ne compreniez vraiment ce qu’il se passe. Je n’assiste malheureusement qu’à une petite demi-heure de leur set qui me semblait vraiment prometteur.

Au final, pas mal de bonnes découvertes avec des groupes comme Rocky ou encore Balthazar et surtout, un live géantissimes des Brian Jonestown Massacre et pas mal d’autres bons trucs auront marqué cette édition du Rock. En cet instant j’ai une pensée solidaire pour tous ceux qui, en plus de s’être tapés d’horribles concerts au Main Square, en sont ressortis trempés et enrhumés. (oui bon je sais, j’avais promis que j’arrêterai avec le Main Square, mais c’était trop tentant)

Playlist : http://grooveshark.com/playlist/RDTSE+2012/75243408