Duchess Says au Point Ephémère (5 décembre 2011)Quelques jours après le peu d’engouement provoqué par les concerts successifs de The Pack A.D. et Pink Mountaintops dans cette même salle, le Point FMR, ce soir, pour le concert de Duchess Says, est plein comme un œuf. On est serrés, j’ai une bonne place, près de la scène mais pas trop, j’aime ça. La réputation de Duchess Says sur scène les précède et tient en un mot, en un prénom même : Annie-Claude. Pour les avoir déjà vus sur scène (Nuits Sonores 2009, Lyon) j’ai peu de doute sur le fait que la chanteuse-leader du groupe – Annie-Claude donc – va remplir son contrat. A mi-chemin entre une bête de foire (pour son côté imprévisible et performeuse jusqu’au-boutiste) et une bête de scène (pour l’énergie rock qu’elle dégage sans faillir), Annie-Claude est une jouisseuse totale. Elle aime être sur scène (et en descendre…), elle aime faire la folle, elle aime les gens, elle aime ses chansons.Le premier morceau débute, et après une déflagration sonore à la manière d’un riff de My Bloody Valentine qui secoue les oreilles et le thorax, la chanteuse déboule sur scène comme une petite gamine survoltée. Éclairée en contre, par une puissante lumière blanche, sa silhouette désarticulée mange tout l’espace. Ses bras sont tendus vers un public instantanément saisi par la fougue du personnage, ses mains se crispent sur le tempo du morceau, ses doigts s’écartent et se tordent, c’est un Nosferatu psychédélique qui est entré en scène, il tente de nous envoûter, et c’est pas loin de fonctionner.Dès le second morceau, Annie-Claude descend dans le public, et c’est là que son show habituel commence vraiment. Tel un messie, elle prodigue sa prêche rock’n’roll à ses petits fidèles qui obéissent au doigt et à l’œil : elle nous fait nous accroupir, improvise presque un dance contest, donne des craies à qui veut pour écrire sur le sol et sur les murs. Tous les regards sont aimantés par la spontanéité (sans doute un peu calculée) et l’aisance de la demoiselle ; on en oublierait presque les autres membres. Je jette de temps à autre des coups d’œil sur la scène ; les trois membres (batterie, clavier, basse) soutiennent très solidement ce qui se passe en dehors. Leurs sons partent à l’attaque, ces gens-là livrent une bataille, tête baissée, avec hargne et témérité. Et, nous, dociles petits soldats, nous bataillons avec eux gaiment. La salle exulte à chaque fin de morceau, c’est la guerre joyeuse, ça se bastonne avec le sourire. Tout ça est très généreux, le groupe puise son énergie dans le public, et le lui rend bien.Si on prend un peu de recul et qu’on se remet à penser musique, il y a certes quelque chose d’un peu limité dans toute cette fête. Sans le show hors norme de la chanteuse, et même si les musiciens font très correctement leur taf, les compos sont tout de même répétitives, l’ensemble est un peu grossier et parfois sans forme. Donc, forcément, au bout d’un moment, l’entreprise s’essouffle. Annie-Claude, après s’être faite porter jusqu’au bar, après avoir mangé un bout de l’affiche de Radio Nova, après avoir fait monter des gens sur scène, ne sait plus trop quelle pitrerie inventer ; et l’étonnement du début de concert commence à manquer de portée. Les outrances scéniques de la demoiselle ne parviennent plus vraiment à masquer le manque de renouvellement des compos. Toutefois, en guise d’ultime sursaut, au rappel, leur fameux morceau Black Flag réveille un peu ceux qui commençaient à ne plus trop y croire.Le miracle rock n’aura pas forcément eu lieu ce soir, mais une solide dose de folie musicale et scénique aura tout de même été déversée joyeusement.Merci madame.