Jai vu... JACK WHITE à lOlympia le 2 juillet 2012 image photo pochette cover

JACK WHITE

L’Olympia, 2 juillet 2012



par Maxime B.

Je suis un fan absolu des White Stripes, des Raconteurs et des Dead Weather. Bref, j’ai toujours été convaincu que tout ce que Monsieur Jack White effectuait relevait et relèvera toujours du génie, même s’il décidait un beau jour de se mettre au bal musette. Alors forcément, l’album solo du natif de Nashville cela faisait un bout de temps que je l’attendais de pied ferme. Lorsque le premier single « Love Interruption » fut disponible, je suis resté assez dubitatif puis j’ai réussi à l’apprécier. En revanche le 2ème single, « Sixteen Saltines », m’a automatiquement foutu une grosse claque en plein dans la face, avec son riff de gratte qui m’a rappelé le bon vieux (et ô combien regretté) temps de « Icky Thump » ou encore « Hello Operator ». Lorsque Jack White fut annoncé à l’Olympia, je me suis rué dessus et ai acheté ma place directe.

Et puis en mai dernier, l’album répondant au nom de Blunderbluss est paru et là… Catastrophe : Jack White en solo, c’est vraiment pas ça. Et encore, c’est un sacré euphémisme ! Non mais sérieux, qui aurait cru Jack White, ce putain de musicien et compositeur qui sévit déjà depuis plus d’une dizaine d’années, capable de nous pondre un truc aussi bateau et inutile ? Certainement pas moi en tout cas. Cette sorte de sous-Get Behind Me Satan pour le côté piano alterné d’ennuyeuses balades interprétée avec ledit instrument et d’autres titres plutôt folk qui ne valent pas beaucoup mieux, le tout manquant en général cruellement d’inspiration. L’album brille par son inutilité, en fait. Bref, vous l’avez compris, j’avais fini par me dire que le concert de ce 2 juillet à l’Olympia ne serait pas franchement tip top : grossière erreur de ma part !

La soirée débute par une première partie gentillette et guillerette, incarnée par les deux sœurs suédoises de First Aid Kit. Toutes mignonne s dans leurs robes à fleur façon hippie/70’s, elles sont également accompagnées d’un batteur qu’elles ne prendront (il me semble) même pas la peine de présenter. Musicalement, cela semble être le penchant country-celtique ou je ne sais quoi de Jack White qui semble avoir pris le dessus pour le choix de cette première partie. C’est joli, à l’image de leurs voix et de leurs guitares sèches qui s’entremêlent harmonieusement, mais cela ne constituera au final rien de plus qu’une simple distraction en attendant Mr White.

C’est aux alentours de 21h que ses musiciens pénètrent sur scène : l’ambiance se transforme immédiatement en quelque chose de tout à fait surréaliste. Ils se saisissent de leurs instruments, bidouillent deux-trois trucs, et les maltraitent jusqu’à créer une espèce de capharnaüm assez incroyable. Enfin c’est au tour de Jack White de se présenter, choper son instrument et se mêler à ce brouhaha général. Le public ne demande qu’à exploser littéralement : c’est chose faite lorsque les premiers accords du riff de « Black Math » font immédiatement décoller l’assistance, le sol tremble alors au rythme de ses sauts. Putain, c’est juste jouissif. La guitare de Jack White rugit comme jamais, nous crache des riffs au son bien distordu et dégueulasse comme à l’époque bénie d’Elephant. Puis Jack White et son groupe enchainent directement sur « Dead Leaves and the Dirty Ground », 1er titre de leur meilleur album selon moi, White Blood Cells.

Trois titres de son album solo s’enchaînent ensuite : « Missing Pieces », l’une des meilleures de l’album, ponctuée d’un solo de gratte bien transfiguré par l’habituel whammy de Mr White ; «Weep Themselves to Sleep » ; et enfin « Love Interruption » qui donne quelque chose d’assez beau sur scène, le genre de titres taillés pour être repris en chœur par une foule en transe. Bref, pour moi c’est la révélation : l’album solo sonne environ mille fois mieux en version live que studio. Mais sur les titres de ses groupes précédents, le concert prend une tout autre envergure : « Hotel Yorba » et « The Same Boy you’ve always known » pour les White Stripes, « Top Yourself » côté Raconteurs, et surtout, punaise, « Cut like a buffalo » des Dead Weather. Oui, je dis punaise parce que… rah je ne saurais dire ! Ça m’a juste paru tellement irréel sur le moment, c’en était juste jubilatoire, orgasmique… Bref tout c’que vous voulez.

Si les titres solo « Blunderbluss » ou encore « Hyprocritical Kiss » sont assez jolis en live, force est de constater qu’ils ralentissent plus le concert qu’autre chose et font pâles figures à côté d’un bon vieux White Stripes. A noter également que Jack White, dont le faciès et la chevelure semblent se rapprocher de plus en plus de ceux de Robert Smith (bien qu’il ait encore une marge non négligeable sur ce point-là), est le seul mec capable d’avoir la classe avec un pantalon rayé qui transformerait n’importe qui en clown. La première partie du concert s’achève sur « Top Yourself », les musiciens quittent la scène avant de la réinvestir cinq minutes plus tard. La première moitié du set m’avait laissé sur le cul : ce n’était rien par rapport à ce qui m’attendait !

Une cover du maître de la surf guitare, Dick Dale, avec « Nitro », suivi de l’énorme « Sixteen Saltines » devenant énormissime en live ; « Blue Blood Blues », « Carolina Drama » , « Cannon »… La deuxième partie du concert est largement plus consacrée aux précédents projets de Jack White : tant mieux. Ce dernier n’adressera quasiment pas un mot au public, mis à part pour présenter ses musiciens, qui sont, au passage, tous aussi balèzes les uns que les autres. Mais peu importe, c’est Jack White putain ! Il pourrait rester sur scène à rien faire que je prendrais quand même mon pied comme jamais!

Les filles de First Aid Kit rejoignent Jack White pour interpréter « We’re Goind To Be Friends », c’est joli comme tout. Le concert touche à sa fin lorsqu’un technicien vient discrètement installer une guitare demi-caisse sur scène. Bon sang, ça sent un bon gros « Catch Hell blues », me dis-je alors. Ça y est, l’ambiance a atteint le paroxysme de l’irrationalité. Le son blues satanique du bottleneck de Mr White venant carresser le manche de la guitare de ce dernier est sans doute l’un des trucs les plus jouissifs qu’il m’a été donné de voir en live, vraiment. Le set s’achève par le désormais mythique « Seven Nation Army ». Notons tout de même qu’un concert de Jack White doit à peu près être l’un des seuls endroits où s’époumoner à gueuler « Popolopopopo » ne vous fait pas passer pour un beauf-supporter du RC Lens- effectuant sa sortie mensuelle au concert du tribute band du coin à la salle des fêtes.

Pour faire court : Jack White vient de se propulser parmi mon classement des meilleurs concerts que j’ai effectué au cours de ma modeste existence. Et étant donné la médiocre impression que m’avait laissé son album solo, c’est un putain d’exploit.