Jai vu... THE RAVEONETTES @ Le Trabendo (Paris, le 7 décembre 2012) image photo pochette cover

THE RAVEONETTES

Le Trabendo (Paris)
le 7 décembre 2012


par Lucas Guarneri

J’ai découvert les Raveonettes en achetant leur album Lust Lust Lust par curiosité. Et je dois dire heureusement. Je suis toujours très exigeant lorsque j’écoute un nouveau disque, tout doit s’enchaîner parfaitement et surtout avec cohérence et esthétique. Probablement l’amour de mon père pour les concept-albums qui a déteint sur mes oreilles. Et Lust Lust Lust s’est en effet enchaîné parfaitement, et après avoir moi-même enchaîné l’écoute de la quasi-intégralité de la discographie des Raveonettes, j’étais paré et fin prêt à l’annonce de leur concert au Trabendo le 7 décembre 2012.

Pour ceux qui ne connaissent pas –comme moi avant ce concert—, le Trabendo est une petite salle parisienne très agréable dans le Parc de la Villette, (oui, celle où les Stones ont fait leur concert-surprise il y a quelques semaines) cachée dans les arbres entre la Grande Halle et le Zénith. Le genre de salle qui passe le genre de groupe qu’on peut se vanter d’être le seul à connaître, et qui nous permet d’arriver avec seulement une demie heure d’avance pour avoir les pieds collés à la scène. Et le Trabendo se remplit très lentement, il sest encore possible de compter le nombre de personnes présentes lorsque les premières notes du groupe Holy Esque assurant la première partie sont jouées. Holy Esque jouera une quarantaine de minutes. Chaque titre est un crescendo plongeant le public dans une ambiance forte qui prend aux tripes. Une bonne surprise, mais une qualité de son malheureusement mauvaise que le buzz dans les branchements du guitariste mélodique ne fait qu’empirer. Le groupe sera applaudi et pourtant, si certains tapent le rythme au pied, le public semble rester assez calme. Tendance qui se confirmera pendant le reste du concert ; les habitués du Trabendo semblent venir écouter de la musique plutôt que se défouler. Dommage ? Libre à chacun d’en décider.

Après un entracte d’une quinzaine de minutes, c’est vers 21H que les Raveonettes montent sur scène, Sharin Foo souriante. Sune Rose Wagner casquette noire à la tête, le visage marqué par son air de Droopy baudelairien habituel, se tient à moins de deux mètres devant moi. Les boîtes à rythme et percussionnistes les accompagnants sur leurs précédentes tournées ont été troqués pour un batteur qui les accompagne ; ils ne prendront pas le temps de le présenter. D’ailleurs ils ne prendront pas le temps de se présenter. Le concert s’ouvre sur « Hallucinations ». Le mélange efficace entre la musique surf californienne des années 50 et 60 et le rock garage noisy et lo-fi est au rendez-vous. Un choix de premier titre qui n’explose pas dès le début, mais tient le public en haleine avant de le faire décoller. Le morceau suivant est extrait de leur dernier album, Observator, « She Owns The Streets ». Rien à redire. Une démonstration très intéressante : les morceaux très (trop ?) pop en studio sonnent beaucoup plus rythmés et épanouis en live, avec des drums beaucoup plus présentes et lourdes comblant le manque d’énergie que l’on aurait pu reprocher au nouvel opus des Raveonettes.

Entre deux morceaux, le groupe exprime quelques timides remerciements. Les Raveonettes ne sont pas loquaces, mais c’est très bien comme ça. Pas de mise en scène inutile, le groupe est honnête et sa recette fonctionne. Sharin Foo remarque, sans y croire réellement : « Il parait que les Rolling Stones ont joué ici il y a quelques jours ? Wow… » S’enchaînent « Blush », « Dead Sound » et « Lust », trois morceaux de Lust Lust Lust, le dernier m’ayant fait découvrir le groupe. Arrivé à ce stade, je suis convaincu que le concert sera mémorable. Le public applaudit de plus en plus, et parvient même à décrocher des sourires de Sune Rose Wagner, qui marmonne timidement un « Thank you so much ».

« Curse The Night », « Gone Forever », « The Enemy », « Observations », « Apparitions ». Les morceaux des albums précédents accueillent ceux d’Observator. La balade noisy « Young And Cold » convaincra les tristes âmes qui doutaient encore du talent des deux Danois.

La première partie du set se termine par trois morceaux des plus sombres, lourds et lo-fi, qui font probablement parti de mes préférés : « Attack of the Ghost Riders », « My Tornado » et « Bowels of the Beast », sales et bruyants à souhait. (Cet EP Whip It On, le premier du groupe, est à tomber par terre. Courez l’écouter, vous en redemanderez). Sans transition la ligne de basse de « Aly, Walk With Me » se fait entendre. Le genre de moment qui te donne des frissons. Un titre qui prend toute son ampleur en concert : Sharin et Sune, tous les deux munis de leur Jazzmaster s’adonnent à des solos se terminant dans un délicieux brouhaha qui accompagnera leur sortie de scène.

Les Raveonettes feront un premier rappel après avoir remercié encore la salle. Trois de leurs morceaux les plus dansants : « Heart Of Stone », « Love In a Trashcan » et l’excellent « That Great Love Sound ». L’envie me prend de sauter partout, mais le reste de la salle ne fait que remuer la tête. Le groupe quitte à nouveau la scène alors que je me pose la question suivante :

Y avait-il de l’ambiance ou non au concert des Raveonettes du 7 décembre ?

Well, pas de gens sautant partout, ne m’en déplaise. Mais des applaudissements et des « encore ! » incessants qui nous ont valu un deuxième rappel. Le groupe remonte sur scène, sans batteur cette fois-ci, l’air surpris, et précise d’ailleurs « Hum. C’était pas prévu, ça n’arrive pas souvent… » Sharin propose un « Christmas Song », Sune pense plutôt à « Love Can Destroy Everything », extrait de leur premier LP Chain Gang of Love. Ce sera cette magnifique balade, berceuse qui clôturera une soirée incroyable, après laquelle un trajet de retour en métro te semble terriblement trivial. Je n’ai pas vu les Rolling Stones au Trabendo en cette fin d’année 2012, mais j’ai vu les Raveonettes. Et merde, qu’est-ce qu’ils sont bons.

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