The Horrors au Grand Mix (Tourcoing, le 10 décembre 2011)Le 31 octobre 2009 je me rendais au concert de Muse au Stade Couvert Régional de Liévin. Là je suppose que deux pensées traversent vos esprits. Premièrement : « Muse ? Rolala, le nul ! Undisclosed desires est l’une des chansons les plus agaçantes qui puisse exister et ils ont fait la BO de Twilight, la loose ! ». Deuxièmement : « Le Stade Couvert Régional de Liévin ? », ce à quoi je répondrais « Oui, dit comme ça, ça en jette, n’est-ce pas ? ». Quant au premier élément je riposterai volontiers « Certes, mais bon, c’était pas si mal que ça Muse au début, si ? Roh et puis zut, je m’en tamponne l’oreille avec une babouche de c’que vous en pensez». Le rapport avec les Horrors ? Hé bien c’était eux qui incarnaient la première partie, et leur courte prestation ne m’avait alors absolument pas convaincu.‘faut dire qu’ils n’étaient franchement pas aidés par l’acoustique du Stade machin bidule perdu au fin fond du Pas de Calais, qui transformait n’importe quelle note qui émanait de leurs instruments en une sorte de mélasse inécoutable, dont on ne distinguait pour ainsi dire rien du tout. Bon, du coup disons que ce concert ne comptait pas vraiment. Lors de la dernière édition de Rock en Seine, le groupe était à l’affiche, je comptais donc bien me rattraper. Mais s’allonger dans l’herbe un troisième jour de festival, c’est souvent fatal. Encore raté, donc, puisque depuis les tréfonds de mon sommeil, je n’étais pas tellement en mesure d’apprécier leur performance. Alors lorsque les Horrors ont été annoncé au Grand Mix de Tourcoing début décembre, l’occasion s’offrait enfin à moi de juger un concert des Horrors dans des conditions normales.Faible était ma motivation pour ce concert. Tout d’abord, je me dois de vous confesser ma connaissance très superficielle du répertoire du groupe. Quelques titres par-ci par-là, quelques chansons du dernier album, voilà à peu près à quoi se résumait ma science les concernant. Et puis Tourcoing ce n’est pas tout près de chez moi, alors 1h30 de metro aller-retour pour un groupe que je ne connais pas si bien que ça et dont on ne m’a pas dit que du bien… Bref, j’ai quand même fini par y aller. Et je ne l’ai pas regretté. Du tout, du tout.Mais tout d’abord il s’agissait de survivre à l’épreuve que constituait la première partie, à laquelle j’ai assisté, inerte, un peu sonné par le capharnaüm totale qui s’échappait des amplis de Cerebral Ballzy. Hum… Que dire à leur propos ? Bruyant, déjà, ça c’est sûr. La bande de Brooklyn distille une espèce de mixture musicale qui ensanglante mes frêles oreilles et me laisse totalement insensible. Le batteur au crâne fendu d’une crête parvient à tenir un tempo infernal pendant la grosse trentaine de minutes que nous inflige son groupe. Bravo. Le niveau de ma bière descend à une vitesse un peu inquiétante, je m’ennuie. Ah si, là ça devient intéressant ! Le chanteur braillard vient de mollarder en l’air et ses sécrétions sont venues choir lamentablement sur son propre faciès ! Oui… Bon… Pourquoi pas, après tout. Faris BadwanPuis je tourne la tête, et là… Faris Badwan himself. Enfin ça c’est la conclusion à laquelle j’ai abouti après l’avoir dévisagé pendant une dizaine de secondes. Déjà sur scène, le leader des Horrors paraît impressionnant. Mais là, comme ça, juste à côté de vous, c’est encore pire. Immense, portant un ample manteau de cuir et la tête affublé d’une coiffe informe type corbeau. 3 minutes, voilà la courte durée de Cerebral Ballzy qu’il a réussi à supporter avant de s’enfuir en backstage. Inutile d’épiloguer sur cette première partie : si vous appréciez ce genre de prétendu punk plus criard qu’autre chose, allez écouter. Sinon, préservez vos oreilles, vous ne raterez pas grand-chose. Même s’il faut reconnaître qu’en live le chanteur dégage un petit quelque chose…The Horrors, donc ! Dès leur entrée sur scène, les Londoniens en imposent. Leur lightshow vous captive, le son est fort mais pas trop saturé, pile poil comme il faut. La setlist oscille uniquement entre les deux derniers opus du groupe, à savoir Skying et Primary Colours. Chaque titre atteint aisément les cinq minutes et semble à chaque fois rester plus ou moins dans le même registre, mais sans jamais laisser l’impression d’entendre toujours la même chose. Au total, une petite heure et demie d’une performance carrée, sans aucune fausse note, sans folie non plus. Les Horrors ont peut-être perdu en spontanéité depuis le tournant musical réalisé par leur deuxième album, mais ils ont indéniablement gagné en maturité et en efficacité. Exit les hurlements et la distorsion à outrance menés par une sorte d’instabilité lugubre qui suivait tout le cours de la première galette du groupe, Strange House. Désormais, les Horrors délivrent un genre de pop psychédélique bardé de synthés obsédant comme sur « Still Life » ou encore « Changing the Rain ».Si Skying vous avez conquis, l’expérience live vous produira le même effet. Le concert en lui-même n’apporte pas grand-chose d’un point de vue purement musical, c’est sûr. D’un point de vue scénique, non plus. Mais rien que le fait de vous retrouver au milieu d’une foule, dans l’obscurité doucement troublée par un lightshow aérien… ça vous fait quelque chose. On reste là, face à eux, sans bouger, on ne pense plus à grand-chose. On se laisse subjuguer par la voix de Faris Badwan, géant, inspiré, dont la présence capte votre attention sans que vous ne puissiez détacher votre regard de sa personne. « Who Can Say », « Mirror’s Image », « Sea Within a Sea », « I can See Through You »… Les titres s’enchainent sans transition, sans parole aucune de la part du groupe. Mais au fond, quelle importance ? L’ambiance qu’ils instaurent au sein du Grand Mix colle tout à fait avec leur son, planant, calme mais gorgé d’intensité.La troisième fois fut donc la bonne : les Horrors m’ont enfin convaincu. Bon par contre je n’ai toujours pas saisi pourquoi la demoiselle juste devant moi s’évertuait à s’agiter comme sur la dernière daube tubesque qu’elle avait entendue en boîte. Quoiqu’il en soit, c’eût tout de même été rudement dommage de louper un tel concert !> Écouter Skying > Écouter Primary Colours > Écouter Strange House