The Pack A.D. et Pink Mountaintops au Point Ephémère (24 et 27 novembre)Jusqu’à la semaine dernière, voilà ce que je pensais (attention, cette phrase comporte un évident contre-sens en son sein, sauras-tu le retrouver ?) : Je pensais que toute la musique qui venait du pays de Bryan Adams et Alanis Morissette était bonne. Très bonne même. De Godspeed à Wolf Parade, de Suuns à We Are Wolves, de Silver Mount Zion à Duchess Says, que du bon. Donc donc donc, cette dernière semaine, avec les concerts de The Pack A.D. le jeudi et Pink Mountaintops le dimanche, deux groupes originaires de Vancouver, s’annonçait sous les meilleurs angles mélomaniaques. Et comme, en guise de cerise nippone sur ce gâteau musical de lives, la semaine avait commencé avec un des plus beaux concert de l’année – le live de Nisennenmondaï à Mains d’œuvres – tout se présentait parfaitement pour que cette semaine reste mémorable.Le dernier récent album de The Pack A.D. sonne bien, une belle puissance brute volontairement crade et mal dégrossie, l’essence d’un garage rock bien huilé (essence/garage/huilé… ok, pardon). Je connais peu le groupe par ailleurs, mais ce que j’avais entendu sur album me plaisait suffisamment pour que j’aille à ce concert les yeux fermés et les oreilles aux aguets.C’est très difficile qu’un duo fonctionne sur scène. Quand ça marche, ça devient magique : comme The Black Keys, Two Galants, Left Lane Cruisers. Quand ça marche moins, ça devient assez vite limité : comme The White Stripes, The Kills, Handsome Furs. Et quand ça capote, c’est un désastre : comme… The Pack A.D.Sur scène, les aspérités qui étaient les bienvenues sur album se métamorphosent en lourdeur grossière, à la limite de l’amateurisme. J’ai l’impression d’assister à un concert de fin d’année dans un lycée de rednecks, avec des reprises peu inspirées, et un jeu approximatif. La silhouette épileptique et habitée de la chanteuse guitariste n’y fait rien, la magie n’opère pas. Cachée derrière ses effets incessants de distorsion, pour mieux dissimuler un réel manque de charisme scénique, elle transpire, vocifère, imite une guitar hero d’un autre temps, et se secoue comme un petit monstre qui tenterait de faire peur à un enfant sans y parvenir. La batteuse, avec toute la finesse d’un camionneur qui aurait pu faire de la figu dans Over The Top, frappe ses fûts comme si rien ne comptait d’autre que la force avec laquelle elle assène ses coups.Bon, certes, la miss n’est pas aidée car mon jugement est légèrement faussé d’avoir revu l’incroyable, la surréaliste, l’extraterrestre batteuse de Nisennenmondaï deux jours auparavant, Sayaka Himeno, élue meilleure batteuse du millénaire par un jury composé de moi-même. En faisant l’effort d’occulter cette comparaison évidemment injuste et en essayant d’être un peu objectif, il a manqué tout de même un truc essentiel ici, une sorte de grâce dans l’effort, une énergie venue d’ailleurs, quelque chose qui prend au plexus et qui ne vous lâche plus, toutes ces impressions et sensations qui font que dans le meilleur des cas la musique live est une des choses les plus savoureuses de la vie, de celles qui vous font vous sentir pleinement vivant.Personne autour de moi ne semble vraiment rentrer dedans non plus, à part peut-être une lesbienne ivre et sautillante qui passera le concert à crier son amour à la batteuse. Et comme s’il eut fallu achever tout ce fiasco d’un coup de talon, la batteuse, entre chaque morceau, parle, et parle encore, pour raconter sa vie tout en incitant le public clairsemé à faire un tour au merchandising ; ces pauses bavardes incessantes annihilent encore davantage la possibilité d’une sensation rock’n’roll sauvage de l’ensemble du set, comme le promettait pourtant l’album. Je quitte le point FMR un peu bougon, mais en me disant que leurs compatriotes des Pink Mountaintops corrigeront le tir trois jours après.J’avais découvert les Pink Mountaintops avec leur premier album éponyme en 2004 (un chef d’œuvre, huit morceaux, huit pépites), et j’avais vu Stephen McBean (le leader) avec son autre projet Black Mountain, sur la scène du Trabendo, il ya quelques années. J’ai peu suivi les activités récentes de ce collectif, mais je suis l’âme pleine d’un bon a priori avant le début du concert. A l’installation du matos après la première partie, un doute m’assaille : je vois deux micros, un clavier, un Stephen MacBean tout en barbe accorder sa gratte, et, au beau milieu de la scène : un vide effrayant là où précisément devrait se tenir une batterie… Dès cet instant, je crains le pire. Petite sensation de vertige, d’autant que le dispositif choisi (clavier à cour, micros à jardin) fait que ce trou central n’est rempli par rien d’autre. Je croise les doigts, les oreilles, et les yeux, pour que cet espace vide ne soit pas l’illustration visuelle d’un vide sonore à venir.Et malheureusement, ma crainte va se justifier dès le premier morceau : lancée par le mec au clavier, une boite à rythme à mi-chemin entre un Suicide mal inspiré et un Dirty Beaches en mauvaise forme remplace la batterie. Le plus désolant, c’est que l’on a vraiment l’impression que c’est un choix assumé du groupe. Nous sommes face à des imitateurs : MacBean assure le minimum chant/guitare, et à l’évidence il s’emmerde sur scène ; une chanteuse vient de temps en temps en guise de béquille fragile pour soutenir l’infirme bougon, et le clavier, Alan Vega du pauvre, gigote comme un pantin ridicule, à croire qu’il n’entend pas la même musique que nous.Il n’y a rien de pire qu’une boite à rythme qui tente de se calquer sur une batterie absente. Ce qui convient à Suicide ou John&Jehn (première période) ne peut pas convenir aux compos de ce groupe-là. C’est une débandade. Les quelques chansons du premier album (Sweet ‘69, I (fuck) Mountains) semblent sous prozac, maladives. L’intro même de I (fuck) Mountains fait penser au No Quarter de Led Zeppelin, c’est dire. Le morceau Leslie est massacré. Comme si les Canadiens nous avaient préparé un repas 4 étoiles avec des ingrédients du Leader Price. Ils ne sont pas généreux pour un sou, et jouent à peine + pour nous que pour eux. C’est d’autant plus douloureux que certains des morceaux joués ce soir sont par ailleurs d’une ampleur et d’une finesse rares, sur album. Tout est gâché ; comme s’ils ne comprenaient pas eux-mêmes leur propre musique, comme s’ils ne savaient plus la jouer.Bilan douloureux : après pas mal de temps dans les meilleures places de mon petit panthéon musical intime, le Canada vient de perdre beaucoup de points, en peu de jours, coup sur coup. Mais je refuse l’échec : Duchess Says, from Montréal, ce soir, au point FMR à nouveau, va rattraper tout ça. Non ? Si, si.