La mort de Michael Jackson vécue par une fan hystérique image photo pochette cover

Jeannette, 21 ans, s’était endormie la nuit dernière, tenant dans ses bras sa couette à l’effigie des Jackson 5 (cinq pantalons trop courts cousus les uns aux autres en bas, et une énorme moumoutte façon caniche immigré en haut), se tripotant avec le billet du concert que donnera son idole absolue le 24 juillet 2009, le jour de l’anniversaire de Jeannette. La musique et les clips de Michael Jackson avaient bercé Jeannette depuis sa plus tendre enfance. Déjà à l’état de nouveau-né, son père balançait le berceau sur « Thriller » jusqu’à faire dégobiller Jeannette. Alors âgée de 3 ans et demi, la petite Jeannette s’était échappée, en un double-salto avant, des bras de Daniela, sa maman, pour imiter ce qui allait devenir très vite son modèle (avec Barbamicheline, le barbapapa vert à pois mauves, qui fait d’ailleurs vachement bien le moonwalk aussi vu qu’il a pas de pieds). Maîtrisant le moonwalk à 4 ans, Jeannette n’allait dès lors plus quitter le gant blanc qu’elle s’enfila pour la première fois à 5 ans lors du spectacle de fin d’année de son école.

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« Si ce sont les meilleurs qui partent en premier, que penser des éjaculateurs précoces ? », Pierre Desproges


La mort de Michael Jackson vécue par une fan hystérique image photo pochette cover* BEAT IIIT, BEAT IIIT * Il est 6 heures, Jeannette s’éveille. Comme tous les matins, la sonnerie de son réveil lui donne des envies. Se mordant les lèvres et se tenant le derrière avec le majeur et l’annulaire replié, à l’instar de la fameuse pose de son maître où celui-ci s’assure ostensiblement de la présence des montagnes russes de Neverland (comme ça), Jeannette se dirige vers les toilettes, en marche arrière évidemment. Avec un strident WIHII et un PLOUF dignes des moments les plus aigüs de son altesse The King of the « POP! », Jeannette se déleste avec ardeur de son dernier burger.

C’est en se rendant dans la salle à manger familiale que Jeannette sent que quelque chose de mauvais est arrivé, alors qu’elle est bien loin des toilettes qu’elle vient de quitter. Comme tous les matins son frère Josef, du prénom du dictateur préféré de leur paternel, cuisine des muffins à la beuh qu’il se fait une mission de vendre à tous les collégiens de la ville. En voyant Jeannette entrer dans la pièce, Josef lâche sans tact l’info de la journée, comme une bombe sur une cour d’école géorgienne :

« Hé, Michael Jackson s’est cassé la pipe. T’as pas vu le paquet d’Miel Pops ? » Le pauvre n’a jamais réussi à apprendre correctement une seule expression française. « Mais WIIHIII!, c’est ça, j’te crois… », lui répond Jeannette en adoptant la fameuse « pose du doigt tendu » de Michael. « Mais si, regarde TF1, connasse », insiste Josef, en sortant ses space cakes du four.

Le visage bronzé de Jeannette vire au blanc neige. Sa main s’agrippe au cou de son frère sans qu’elle s’en aperçoive, manquant au passage de tuer le dealer en herbe. Un reste de burger digéré lui glisse le long du mollet. Elle inonda son jean d’un liquide à peine aussi acide que la nouvelle qu’elle venait de recevoir et de quelques menstruations qui traînaient çà et là. Ses pensées sont confuses :

Quehin..mais..nonquoi..colombin…mais..quoi..non..mouillé..WIIHII…non..canular..TF1..hein..papossibleuh…

L’arrêt cardiaque la guette, alors que la raie du cul la gratte. Michael Jackson est mort dit la télé. Mais Michael Jackson ne peut pas mourir, qu’est-ce qu’ils racontent… Jeannette refuse d’y croire. Après tout, c’est TF1. Elle décide d’aller se renseigner sur une source sûre. Jeanette se rue en couinant comme son idole, et toujours en marche arrière, vers l’ordinateur : direction news-de-stars.com, la Bible de la Jeannette…

Là.
C’était là.
À côté du divorce d’Eddie Williamson avec Christophe Maé et du prolaspus rectal d’Elton John.
MJ, Michael Jackson, The King of the Pop, avait mué un peu trop fort.
Jeannette, qui n’en croyait pas le derrière de sa tête (puisqu’elle était arrivée en marche arrière, souvenez-vous), décida de se retourner. Mais même là, rien n’y fît, elle n’y croyait pas non plus.

Désemparée, elle se jette dans un élan boulimique vers le sac de Josef rempli des muffins dont elle ne connaît pas le contenu. Elle les engloutit deux par deux, et, repue, s’assoit sur le canapé troué et pullulant de cafards, les yeux rivés sur le portrait encadré de son idole, posé sur la cheminée en plastique du salon. Les lunettes rougies par la surprise et les yeux embués par le déni, si c’est humainement possible, manger les Beuhffins eût l’effet inverse, et je vous laisse vous démerder pour trouver l’inverse de ce que je viens de dire.

Petit à petit, elle se convainc que tout ceci n’est qu’une vaste blague, un complot international, une manoeuvre pour vendre l’album que Michael Jackson prépare.

« C’est pas vrai », ne fait-elle que répéter tout en se préparant pour aller suivre son cours de physique des particules. Son monde vient d’être bouleversé, son cerveau est comme une boule à neige prise au milieu d’un match de football. Elle ne sait à quoi se rattacher et préfère ignorer la nouvelle. Elle fait comme si de rien était, enfile son gant blanc, le chapeau que Michael porte dans le clip de « Smooth Criminal », ses jambières du clip « Bad » et s’en va prendre son bus, fredonnant « Wanna Be Starting Somethin’ »… Mais elle se rend vite compte que tout ne sera plus comme avant. Dans la rue, les gens la regardent en souriant, mais ce n’est plus le sourire qui veut dire : « Non mais quelle conne », mais plutôt : « Bel hommage que voici ».

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« La peur mène à la colère, la colère mène à la haine, la haine mène à la souffrance », Maître Yoda


La mort de Michael Jackson vécue par une fan hystérique image photo pochette coverLa rage s’empare de Jeannette. Pourquoi ? BECAUSE SHE’S BAAAAD, SHE’S BAAAAD mais surtout parce qu’elle en veut au monde entier. Prise d’une rage lacrymogène qui titilla tellement ses hormones féminines qu’elle eût pu faire fuir un sanglier rien qu’en préparant une terrine, elle entreprît alors de procéder au plus grand et rapide moonwalk de l’histoire, pour essayer de remonter le temps et trouver un remède contre l’érosion de Mimiche. N’oublions pas que Jeannette est étudiante en physique quantique et que les voyages dans le temps, ça la connaît.

Les effets des muffins commencent à se faire sentir (surtout chez moi, NDLR). Jeannette entre en plein bad trip, sans jeu de mots. HIWIIHOUYAN ! Hurla-t-elle, ne sachant laquelle des onomatopées jacksonesques produire.

Elle arrive près de l’arrêt du bus qui doit l’amener en cours. Une de ses pires ennemies est déjà là : Roberta, une fan de Prince, le nain pourpre à la guitare sex-toy, rival éphémère de Michael Jackson dans les années 1980. Mais Jeannette ne voit pas Roberta, elle voit Prince, attendant aussi son bus, le journal L’Humanité à la main et ses chaussures en crocodiles vivants violets aux pieds. Bon sang ce que la beuh des space cakes de Josef est bonne : Prince aperçoit Jeannette et son visage s’illumine d’un sourire carnassier qui s’allonge, s’allonge, s’allonge encore !!! Ses lèvres bougent et Jeannette, pourtant à 100 mètres, entend ses mots résonner dans sa tête : « Qui est le Roi de la Pop à présent, mmmh ? »

La bave au lèvres, Jeannette s’élance alors en ligne droite vers Roberta, 10 ans, en classe de CM1, 1 mètre 12, 45 kilos, en hurlant « AAAAAAAAAAAAHHHHHH !!! » à la manière, bien entendu, de son idole.

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Quoique que son cri de rage soit entrecoupé de « Hé mais elle est folle ! », « P@%$*n !! », et autres « Casse-toi pov’ c$#%e !!! » très sarkoziens, la Jeannette en plein bad trip bousculant au passage tous les passants qui lui apparaissent comme des petits Prince en chocolat. Mais elle s’en fout, seul Michael importe, le reste ça compte pour du p’tit beurre. Elle ne va pas se laisser mener en barquette. Elle s’empare d’un des petits Prince par le pied pour frapper Prince-Roberta, mais celui-ci continue de rire !! Une guitare lui sort d’on-sait-où et il, ou elle, on n’sait plus commence à jouer le solo « Purple Rain » !!!

La Jeannette, suant à grosses gouttes, ne sait plus quoi faire. La rage, engendrée par la vue de la bouture du brailleuro-guitariste hermaphrodite là devant elle, se fît tellement forte que Jeannette commençât à suinter par les orteils, et ça, c’est mauvais. Au milieu de la route, complètement désemparée, elle se remémore un article lu dans Nord Eclair, se dénude et…

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Elle imite la Rom dingue (et visiblement sous l’effet de purs space cakes de la mort) et se fait arrêter par la police pour exhibition sexuelle imposée à autrui, trouble à l’ordre public, injures à policier, consommation de stupéfiants et implication dans un trafic de poupées vaudoues à l’effigie de Prince. L’histoire se termine dans une répugnante cellule aux murs repeints au vomi et aux excréments, avec une Jeannette en sanglots en train de se piquer l’avant-bras avec une seringue vide en espérant apercevoir Michael Jackson après la lumière blanche. The End.

Personnellement, je vous recommande le choix n°2 :

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L’effet de space cakes se dissipe un moment… etc. A peine remise de son Beuhffinage, elle rouvre les yeux, et se retrouve écrasée, dans un aspect plus dégoûtant que les maroilles en phase de péremption que le camion qui venait de lui passer dessus transportait. « ChOUHOUette ! » s’écria-t-elle, mais pas trop fort quand même parce qu’elle était morte : « J’vais pouvoir revoir MJ ! Si la Bible raconte pas de conneries ». Roberta-Prince raillait du tragique destin de la fan fânée qui moisissait déjà devant ses pieds, sans âme, alors que celle de Jeannette dansait bien vite vers Saint-Pierre, qui louchait en voyant l’énergumène éxécuter tous les pas de danse de son idôle en même temps tellement qu’elle était contente.

La mort de Michael Jackson vécue par une fan hystérique image photo pochette cover« Il est frais mon poisson ! », Ordralfabétix


La mort de Michael Jackson vécue par une fan hystérique image photo pochette coverArrivée au Paradis, Jeannette se demande si tout ceci n’est pas une autre hallucination provoquée par les muffins à l’herbe de son frère. Mais non. Enfin, quoique… Non, mais non, voyons. Passé ce moment d’interjections personnelles à base de couinements jacksoniens, Jeannette se met en quête de Saint-Pierre, un plan en tête. Elle le trouve très vite car le bougre la filmait depuis tout à l’heure, avec la ferme intention de faire péter son record de « vues » sur YouTube, établi avec une vidéo de Saint-Paul faisant un perfect sur Guitar Hero 3 avec « Stairway to Heaven ».

« Hé Paulo, tu la vois la cruche avec son gant blanc ?
- Mmh (Saint-Paul est au beau milieu du solo de Freebird de Lynyrd Skynyrd, NdA)
- Je sens qu’elle va me demander de ressusciter Michael.
- QUOI ?!! », cria Saint-Paul.

Il faut savoir que Michael Jackson, bien que très récemment arrivé au Royaume des Anges, ou quelque soit le nom qu’on donne à ce bled, avait déjà monté un club de danse et sorti 2 albums ! Il faut croire qu’être entouré de centaines de petits anges tout nus stimule sa créativité. Saint-Paul, qui est en charge de la surveillance des anges, était bien content d’avoir trouver une nouvelle baby-sitter pour assouvir sa passion des jeux vidéos. Il venait de recevoir Teenage Mutant Ninja Turtles™ : Turtles in Time Re-shelled sur Xbox 360 (si, ça existe, NdA) et il comptait bien le finir avant de recevoir Overlord 2.

« Il faut virer cette empêcheuse de tourner en rond marchant à l’envers en parallèle et isocèlement de venir nous emmerder, ajouta Paulo, dont la clarté du langage s’amenuisait à mesure que l’auteur de ces lignes sombrait dans le sommeil. Charge-t-en, Pierre, je t’ai déjà débarrassé de Linda Lovelace qui n’arrêtait pas de te proposer des gorges profondes…
- ‘faut dire que la pauvre s’est pas remis de ce film… Bon ok, je m’en charge. »

Jeannette avait en effet dans l’idée de proposer à Saint-Pierre un marché lui permettant de faire revenir Michael Jackson sur Terre : retrouver Schrödinger au paradis pour savoir si on pourrait pas faire de Michael Jackson son chat quantique, qui resterait sur terre pour nettoyer les scènes tout en ventilant les salles (en dansant bien entendu) et en même temps au Paradis nettoyer et ventiler les marmots ailés.

Jeannette était même prête à se livrer aux flammes de l’enfer ou de s’occuper du fan club paradisiaque de Prince. Elle était prête à tout. Mais Saint-Pierre n’était pas de cet avis et, poussé du pied par Saint-Paul qui en fait s’excitait sur son tabouret en forme de Stratocumulus perlucidus, sa guitare en plastique pointant vers l’espace.

La mort de Michael Jackson vécue par une fan hystérique image photo pochette coverDécidée, Jeannette lança avec fougue à Saint-Pierre la tirade suivante :

« CHIER !

- Qu’est-ce qui lui fallait ?
- Euh… Votre Altesse, Michael Jackson…
- NAN ! Ici on ne ressuscite pas. Quand c’est fini c’est fini !
- Vous aviez l’air plus aimable dans la Bible !
- Bon maintenant vous dégagez où j’appelle Gabriel !
- Vous voulez vraiment pas le redonner en cadeau au monde ? Savez vous seulement tout ce qu’il a apporté ? HIHIII! Même juste quantique vous nous ne le rendriez pas pour Noël ?
- …Vous voulez un quantique de Noël, quoi ? HAHAHAHAHA ! »

Saint-Paul, complice de Pierre depuis des temps dont j’ai aucune idée, approuvât joyeusement la boutade de son compère : « Bien joué Pipi, elle déchire celle-là ! Non mais c’qui faut pas entendre. On peut pas on vous dit ! Et puis d’abord, on ferme. Là. Aujourd’hui c’est tournoi de pétanque. » (Tournoi de pétanque du Paradis 2009)

Et Saint-Pierre s’en retourna auprès de Saint-Paul, laissant la Jeanette seule sur son cumulus. Saint-Paul qui lui lança d’ailleurs un de ces regards que lui lancent habituellement les passants en la voyant accoutrée comme son idole. Aucun marchandage n’est possible. Michael Jackson est et restera mort. C’est fini. Jeannette décide d’en finir et de se suicider du Paradis en se laissant tomber de son nuage.

Jésus, qui jouait à chat avec Mahomet, fut pris de pitié et updata son statut Facebook pour alerter son papa qui jouait à « Devine laquelle est vierge » avec Jean-Paul II dans les cours du Royaume. Miséricordieux, il accepta de redonner à l’impertinente sa place, aussi minable fût-elle, sur Terre. Joueur, il le fît aussi à condition qu’il choisisse l’endroit de sa réapparition, pour le fun.

Et d’un claquement de doigts digne du jeudi où il inventa le caddie de supermarché, le père de Jésus envoya Jeanette à Morainville-Jouveaux. « Les voies de Dieu, tout comme celles de Marie-Madeleine, sont impénétrables. », disait Gabriel.

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« Suicidez-vous jeunes, vous profiterez de la mort. », Pierre Desproges


Morainville-Jouveaux, Eure, Haute-Normandie. Dieu n’a pas choisi cet endroit par hasard. Déjà, en initiales, ça donne M-J, et ça, ça n’s'invente pas. Jeannette se retrouve donc les pieds dans une bouse de vache, entourée de vaches laitières élevées au grain, à l’arrière d’une maison dont sortent des sons étranges. Elle apprendra plus tard qu’il s’agissait du dernier album de Candiria qui, paraît-il, avoine le pâté en profondeur. Jeannette est désorientée. On l’serait à moins. Quelques heures plus tôt elle apprenait que Michael Jackson était mort et s’enfourrageait une vingtaine de muffins à la beuh avant de se faire renverser par un camion après avoir tabassé une fan de Prince avec un bébé. Elle n’avait pas encore digéré son passage au Paradis, mais cela ne saurait tarder. Je crois que… oui, elle va s’en rendre compte à peu près… maintenant :

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L’odeur de bouse lui montait au nez, la musique du CONNARD d’en face était assourdissante (d’ailleurs, il était passé à du Ramones, ce qui la fît diantrement vomir) , une vache venait de lui péter sous l’nez, et la tiédeur de la matière maintenant collée à son pare-brise lui fît comprendre un peu brusquement que ça y est, tout était perdu.

MJ était mort. Le danseur, oui, mais le village aussi, surtout.

« J’ai besoin d’un verre », dit-elle à voix haute, avec un calme qui ne présageait rien de bon. Elle alla d’abord voir l’énérgumène décibelo-débile qui résidait à deux pas de la bouse dans laquelle elle stagnait, pour voir. Mais elle reparti sans un centilitre de quoi-que-ce-soit, et une masse d’informations profondément chiantes à propos des bases de l’agorithmique.

La mort de Michael Jackson vécue par une fan hystérique image photo pochette coverMais Morainville-Jouveaux compte malheureusement plus de vaches que d’habitants. Et à vrai dire, elle compte presque plus de bouches d’incendie que d’habitants. Jeannette ne réfléchissait plus, elle se sentait progressivement envahie d’une tristesse noire qui, elle le savait, allait l’amener à faire des choses qu’elle regretterait. Avec un peu de malchance, Indochine allait récupérer une nouvelle fan. Elle déboucha sur la rue principale, si on peut appeler ça une rue puisqu’il s’agissait en réalité d’un chemin de boue pavée par-ci par-là de quelques dalles de béton. Redoutant de tomber dans des sables mouvants elle se dit qu’il fallait absolument qu’elle entre quelque part pour consommer sa tristesse.

Dans ce village complètement vide, elle fût donc surprise de trouver un autochtone complètement plein. Hubert Hébenos était un garde-champêtre de 107 ans, avec un bolet au-dessus du sourcil gauche (conservez en tête ce détail, NdA), qui allait s’avérer être un compagnon de beuverie de haute volée. Hubert avait en effet élevé la ribouldingue au rang d’art, faisant tragiquement de lui le seul artiste du village.

Pas plus haut que notre Président, Hubert n’en était pas moins angoissant à observer. Il s’était d’ailleurs mis dans l’idée d’aller assister à un défile Dior à la fin du mois pour tenter sa chance à la pêche à l’italienne. Hubert avait bien une femme, mais à part regarder distraitement un concert de George Michael en repassant ses chemises écossaises d’une couleur rouge-jaune proche du vomi qu’elles suscitent, elle ne faisait plus grand-chose d’excitant.

« Héé biiin ma p’tite dame, qu’est-ce vous foutez là donc, hein ? », harangue le vieil homme. Il rajoute d’ailleurs un « HA HAAA!! » qui ne manquera pas de vous rappeler un autre petit bonhomme à la verve musicale célèbre abordé récemment dans un autre texte de haute volée intellectuelle. N’importe qui avec un nez en état de marche aurait senti la plénitude d’Hubert à 20 années-lumière, mais les narines de Jeannette étaient toujours anesthésiées par le pet de la vache de tout à l’heure (si la poésie de ce texte ne vous émeut pas aux larmes, je ne vous comprends pas, NdA).

Hubert invite à entrer chez lui et Jeannette lui raconta alors sa journée dans les moindres détails, Hubert lui versant des shots de calva fait-maison à peu près toutes les 2 phrases. Le vieux bonhomme n’était pas né de la dernière pluie de météorites, mais de celle d’avant. Il est intéressant de remarquer que de Morainville-Jouveaux émane une radioactivité 14 000 fois plus importante que le seuil dit « dangereux », ce qui explique pas mal de choses, dont la présence d’un bolet sur le sourcil gauche d’Hubert.

Arrivée à la fin de son histoire, Jeannette est au fond du trou, elle n’a plus de raison de vivre. « Sans Michael, je suis lasse de vivre », ne cesse-t-elle de répéter. Une épique rancoeur l’étreint. Son seul souhait est d’en finir. Elle ne sent même plus l’alcool lui émietter l’estomac et lui putréfier la caboche à petites doses. Jeannette est fatiguée, elle se sent coupable de n’avoir rien réussi à faire pour sauver Michael. Elle n’en veut même pas à Saint-Pierre de l’avoir envoyée bouler. Sa première tentative de suicide paradisiaque lui avait rendu la vie, cette fois elle comptait bien en finir pour de bon. Quel meilleur endroit que Morainville-Jouveaux pour en finir avec la vie ?

Hubert lisait tout ça dans les yeux de la jeune fille et sentait qu’il devait dire quelque chose, au moins pour éviter de tomber dans un coma éthylique.

L’étincelle à l’œil, et donc le feu au bolet, Hubert lui signifie qu’il la comprend, que lui aussi son MJ est mort, mais que lui s’était pas arrêté pour autant, qu’il continuait de vagabonder dans le village la trogne souriante et la bedaine triomphante sur son tracteur, et qu’il fallait qu’elle en fasse autant, même si l’image est peu appropriée, voire un peu effrayante.

Jeannette, qui n’avait pas pensé à tourner cette phrase en métaphore plus adaptée à son cas, vomît chaleureusement sur ses chaussures à l’idée de se retrouver à la place d’Hubert.

La mort de Michael Jackson vécue par une fan hystérique image photo pochette cover« Pis qui qu’c'est donc Michel Jakseune au final ma p’tite dame ?
- Mais Hubert, Michael Jackson c’est le plus grand être humain de l’Histoire !
- L’plus grand type eud’l'Histouère ma p’tite Jeannette, c’est l’mec qu’a inventé eul’tracteuil ça pô d’doute !
- Non mais tu comprends pas. Michael était le soleil de ma vie, mon baromètre, ma boussole..
- Eh bé, et fait-y coton-tige aussi ton gô, là ?
- Tu comprends pas Hubert… Je peux pas vivre sans lui…
- J’vais t’dire une bonne chose ma p’tite Jeannette, et moi quand euj’dis kèt’choz, et ben j’le dis comme j’le pense, passkon m’a pas élu gad’champèt’ pour qu’j'dise les choses comme eul’sont point, hein, qui dit ? Bon. Qu’elle pense bin qu’s'attachêy à un bon gars c’est bin mais quand l’est parti l’est parti, faut savoir pôsser à autc’hose. Moi j’étions bien attôchée à ma p’tite Micheline, mais eud’puis qu’yô la grippe porcine bin ma p’tite truie Micheline elle est pu. Aleur…
- Oui bon la ferme. Moi j’me casse. »

Jeannette se lèva brutalement en renversant la table où elle et Hubert étaient assis. Hubert se prend la table en pleine tronche. Il tombe en arrière et sa tête frappe violemment le sol. Jeannette n’y prête même pas attention. Le vieil homme se relève d’un bond.

« Reviens ici et asseye-toi ! », dit-il d’un ton sec et sans accent. Jeannette s’exécute et remarque que le bolet sur le sourcil gauche d’Hubert ne s’y trouve plus.

« Jeannette, fuir sans comprendre est un échec. Seule la méditation et l’introspection en ton Moi propre interne mèneront à la transcendance et te guideront sur la voie de l’acceptation du deuil sépulcral.
- Mais…
- La ferme. Une vie qui cherche sa vie n’est pas une vie. Tu dois vivre Jeannette ! Le temps passé n’est plus, l’autre encore n’est pas, et le présent languit entre vie et trépas ; Bref, la mort et la vie en tout temps est semblable. La vie n’a pas de sens, seule chaque vie individuelle a un sens, donné par celui qui vit cette vie. L’individu trace son trait et disparaît. Tu dois tracer ton propre trait Jeannette. Tu ne dois pas vivre aux crochets d’un modèle, même si ce modèle sait faire le moonwalk avec les mains.
- …
- Maintenant casse-toi et vis ! »

La vie de Jeannette venait de retrouver un sens grâce aux mots d’Hubert, dont les neurones philosophiques étaient vraisemblablement contenues dans son bolet du sourcil gauche et qui s’étaient retrouvées soudainement connectées au reste de sa matière grise suite à sa chute brutale. Elle sortit et contempla la campagne verdoy… merdoyante de Morainville-Truc. Elle venait, en un instant, d’accepter le deuil de Michael Jackson.

Saint-Pierre, qui observait ça de là-haut, en eût les larmes aux yeux, et fît un carreau d’enfer sur une des boules de Saint-Paul.

Jeannette recommença à penser à l’avenir, et la première question qui lui vint à l’esprit :

« Putain mais c’est quoi c’trou merdique ? »

Et soudain luisît sa porte de sortie. Le bolet d’Hubert étincelait de milles feux sur le sol. Intriguée, Jeanette s’en emparât. Aussitôt, le pied,d’abord mou, se raidît dans un bruit assourdissant et s’étira jusqu’à la taille impressionante d’un mètre 50 au garrot, soit pile la taille d’un balai-brosse de compèt’. Elle le saisît fermement des deux mains, l’enfourcha sauvagement, et elle s’envola, comprenant qu’elle avait entre ses petites mains innocentes un authentique « bôlet magique », comme dans Harry Pôtter (plus ou moins). Et je m’excuse d’avance des probables dommages mentaux occasionnés par la lecture de ces lignes.

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« S’il n’y a pas de solution, c’est qu’il n’y a pas de problème », Les Shadoks

Chevauchant son bolet magique, Jeannette arrive rapidement chez elle, décidée de passer à une nouvelle étape de sa vie. A peine a-t-elle posé le pied par terre que son bolet magique s’illumine de nouveaux de mille feux et se désagrège sur ses pieds, qui, faut-il le rappeler, étaient toujours recouverts de tout un tas de matières gastriques plus ou moins travaillées, venant de vaches ou d’elle-même.

En entrant, son frère Josef la dévisagea quelques instants, la mort de Jeannette étant passée à TF1, et décida d’arrêter les space cake, abandonnant son projet d’hyper beuffin en forme de bolet (un Beulet) qui était au four.

Jeannette monta directement dans sa chambre et entreprit de jeter par la fenêtre tout ce qui avait un lien avec son idole décédée. Elle se retrouva dans une chambre vide, à greloter dans son lit, et ne réussit pas à dormir, hantée par sa journée démentielle et l’absence de modèle.

Le lendemain, elle se rendit comme tous les jours à l’arrêt de bus qui devait la mener en cours. Convaincue que sa vie devait prendre un tour nouveau, elle décida de changer son itinéraire. Elle croisa Christophe Maé qui se rendait à l’ANPE et le reconnut. Elle s’arrêta net, une neurone venant d’exploser dans son cerveau.

Christophe Maé, le nouveau Michael Jackson de Jeannette. Nous aussi « On s’attache »