BENOÎT PIOULARD – Hymnal (2013)

BENOÎT PIOULARD
Hymnal

(Kranky, 2013)

par Eddie

L’univers musical de Benoît Pioulard est parmi les plus difficiles que j’ai à décrire. Et pourtant il est unique au monde, et son œuvre est particulièrement cohérente. Pas de virage stylistiques à 180°, le bonhomme fait plus ou moins toujours la même chose, même si chacun de ses albums a une personnalité particulière. Mais pas moyen de trouver les mots justes pour transposer en noir et blanc les paysages sonores qu’il peint si brillamment.

C’est typiquement l’un de ces artistes qui a réussi à créer un environnement sonore très particulier dans lequel j’adore, et le mot n’est vraiment pas assez fort, me lover. Un album de Benoît Pioulard est comme une exposition de peinture. Chaque morceau semble émerger d’une vision simple, d’un sentiment fugace, que Pioulard tente de reproduire musicalement en usant de sa guitare et d’un ensemble de techniques sonores. Et comme lors d’une exposition de peinture, cela peut être utile d’avoir un guide qui te donne quelques clés de compréhension du travail de l’artiste, au risque de se retrouver devant une toile avec un carré blanc et un carré rouge, une dizaine de personnes en admiration, et le sentiment de n’avoir rien à faire là.

Le thème central, ou plutôt ce qui a inspiré Pioulard tout au long de son processus créatif était la religion. Les églises, les carillons, tout ça. Certes, vous auriez pu le deviner vous-même en voyant des titres comme « Reliquary » ou « Gospel », ou en écoutant « Knell ». Personnellement je ne me formalise jamais vraiment à comprendre exactement ce qu’un artiste a voulu exprimer, ou d’où vient précisément son inspiration, je me contente paresseusement des belles vibrations qui me caressent les tympans. Mon cœur et mes tripes réagissent ou non, et cela suffit largement à mon bonheur.

Pour revenir à mon idée d’il y a deux paragraphes, je considère donc Benoît Pioulard comme un peintre sonore. Et chacun de ses tableaux m’enchante. Il crée une sorte de folk ultra-bidouillée sur laquelle il pose sa voix, dissimulée derrière une myriade d’effets sonores qui donne à sa musique cette texture si particulière. Sa musique a également le charme de ces films de famille vintage où l’on entend la pellicule craquer, où quelques images sont toujours un peu endommagées. Ces films feraient probablement un joli accompagnement visuel à des morceaux comme « Hawkeye » ou « Margin», mes deux préférés de l’album.

Cette texture, je ne vois pas d’autre mot plus adapté, rend chaque petite phrase mélodique encore plus puissante. Avec deux pauvres accords joués à la guitare, mes tripes se resserrent et mon souffle se coupe. Et à chaque album il arrive à sortir trois ou quatre morceaux qui me font cet effet, ça en devient ridicule de régularité. C’est cette fausse simplicité dans la structure de ses morceaux qui me touche également.

Comment décrit-on le style d’un peintre ? J’en ai aucune idée. Son coup de pinceau ? Dans le cas de Pioulard, ce serait sa maîtrise des effets sonores, ces petits traficotages qui donnent du corps à la plus simple des mélodies. Sa maîtrise de la perspective ? Alors dans le cas de Pioulard, ce serait peut-être sa capacité à superposer plusieurs couches sonores et à les faire cohabiter parfaitement, en usant d’une pléiade de percussions et de sonorités ambient qui font que ce que l’on entend en arrière-plan est au moins aussi intéressant que ce qui saute plus immédiatement aux oreilles. Allez savoir.

Difficile à décrire est son univers, mais le pire c’est que je n’arrive même pas à mettre des mots sur ce que je ressens en écoutant sa musique. Quand je vous disais que ce papier allait être une plaie à écrire… Je ne sais dire si c’est de la mélancolie, une douce euphorie, de la tristesse ou un sentiment de plénitude. Comme un peintre impressionniste jouant avec la lumière, Pioulard joue une musique tantôt lumineuse et tantôt brumeuse voire menaçante. Si ses balades dans des églises l’ont inspiré, les jeux de lumière que l’on y retrouve ont dû lui donner quelques idées.

Avant de partir complètement en vrille dans des digressions sans fin qui n’auront probablement pas beaucoup de sens, je préfère conclure en vous invitant à écouter Hymnal ainsi que Lasted, son précédent disque, dont je vous avais parlé ici-même.

Ecoutez Hymnal sur Spotify
Site officiel de Benoît Pioulard

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