Critique de « 1000 Mille » (2010) de Cheveu

  • 29 décembre 2010
  • Par Eddie
Cheveu
1000 Mille
Label : Believe / Born Bad
Sortie : 13 décembre 2010
Stéréotypes : Rock, Punk, Electro

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1 – Quattro Stagioni (vidéo)
2 – Charlie Sheen
3 – No Birds (vidéo)
4 – Impossible Is Not French
5 – Sensual Drug Abuse
6 – Show!
7 – Ice Ice Baby
8 – Push Push In The Bush Bush
9 – Like A Dear In The Headlights (mp3)
10 – The Return Game
11 – La Fin Au Début
12 – My First Song
13 – Bonne Nuit Chéri

Réussira-t-elle à écrire sa chronique sans se laisser tenter par un jeu de mots arthur-esque sur le nom du groupe ? Cheveu est français, et c’est important de le souligner. « Impossible Is Not French » dit le titre du quatrième morceau du troisième album du trio bordelais. Eh bah j’peux vous dire qu’un groupe pareil, j’aurais pas cru il y a deux ans que la France en possédait. À cette époque était sorti Cheveu, qui invoquait aussi bien les Black Lips que Man Man, deux de mes groupes préférés, et même pourquoi pas Père Ubu, avec lesquels ils ont faits des concerts. Entre-temps, Cheveau, un album carrément psyché avec notamment « Kador du Porno » dont j’vous avais parlé ici à sa sortie. Et voici donc 1000, sorti début décembre chez Born Bad Records.

J’suis pas confortable avec les albums bizarres. J’ai envie de vous dire, « bah, allez écouter, vous verrez bien ». Les deux précédentes galettes de Cheveu tombent dans cette catégorie. Très franchement je ne saisis rien à leurs délires, c’est pas leur but de toute manière. Ce serait comme tenter de comprendre les premiers court-métrages de Lynch, vous risquerez une paralysie du visage à force de froncer les sourcils. Ou vous arracher les cheveux, mais j’ai dit pas de jeux de mots pourris, je m’y tiendrai jusqu’à la fin, que Franck Provost m’en soit témoin ! On est pas chez les Inrocks ici.

Vous savez ce que je dis à mes amis quand je leur propose d’écouter un truc que je sais qu’ils trouveront irritant parce que sortant du « cadre » habituel de leurs séances intensives d’écoutes de radios FM ? « N’aie pas peur ». « N’aie pas peur » !! C’est plutôt débile quand j’y pense parce qu’une fois sortie cette phrase, leur jauge d’appréhension s’est sans doute remplie en un dixième de seconde, mais en même temps, leur faisant s’attendre au pire, je les prépare déjà à relativiser.

Déjà là je sais que si vous ne connaissez pas Cheveu, il s’agit dans votre tête d’une autre bizarrerie digne de cette playlist que vous écouterez juste parce que vous faites confiance à votre webzine préféré. Eh bien vous auriez tort !

Dans cet album, un bonne partie des morceaux d’Cheveu se font de plus franchement accrocheurs, et ce n’est pas par excès de pellicules. Je suis faible j’vous dis. Déjà sur leur premier disque vous aviez des petites bombinettes rock’n’roll catchy à souhait comme « Lola Langusta » qui me fait penser à du Iggy Pop sous sédatif. Sur 1000, le groupe montre encore une fois qu’ils savent créer des mélodies et confirment qu’ils savent également les rendre plus abrasives que du papier de verre. Leur alliage rock-électro-indus est toujours aussi solide, grand mérite revient comme d’habitude à Olivier Demeaux, en charge des boîtes à rythmes et des claviers qui sont une des spécificités du groupe. La première moitié du disque est ainsi carrément fantastique, il y a même des arrangements de cordes sur « No Birds » qui rajoutent à la classe monumentale de ce morceau. Le riff de « My First Song » est, comme le titre le laisse entendre, ultra-basique et cette fois c’est à Nick Cave que je pense. Dieu que ce morceau est bon.

J’ai peur de me faire assassiner par les fans en écrivant ça, mais cet album est bien plus pop que les précédents, sur la première moitié du disque tout du moins. Après, j’retrouve les délires un peu cauchemardesques (« The Return Game », « la fin au début », « Bonne nuit chéri ») auxquels le groupe m’avait habitué et qui avait séduit dès 2008 tout ce qui se compte de fans de weird punk sur la planète. Avec un peu de chance, ils dénicheront de nouveaux fans avec ce disque. Pour les avoir vu en concert, je peux vous dire qu’avec ces nouveaux morceaux le chaos scénique devrait monter encore d’un cran, si c’est possible. « Like a Dear in the Headlights » transformerait un public de blogueuses cuisine sous Prozac en horde de groupies extatiques dansant comme si leurs os étaient faits de caoutchouc.

Désolée pour la vision d’horreur, c’était ça où des chats au micro-ondes. La voix de ce taré de David Lemoine est toujours aussi géniale, bidouillée comme à son habitude avec sa collection de pédales à effets. « Sensual Drug Abuse » et « Push Bush in the Bush Bush » sont pour moi les deux morceaux les moins mémorables du lot, on dirait presque des interludes comparés aux autres. Je les zappe à chaque écoute.

L’explication de mon amour pour ce groupe réside peut-être dans leurs influences revendiquées qui vont du blues au Velvet en passant par Jon Spencer et les Beastie Boys. C’est totalement mon univers, et Cheveu se trouve juste à une de ses extrémités, s’amusant comme des enfants sauvages à bidouiller leurs morceaux aux paroles étranges et à la musique jouissive. Ce titre ne vaut pas grand-chose, on est d’accord, mais allons-y gaiement : meilleur album français de l’année !

Par contre la pochette me donne un peu envie de vomir.

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