Critique de « Fever Ray » (2009), par Fever Ray

Fever Ray (2009)Fever Ray

par Fever Ray

Album 5 étoiles
Année : 2009
Label : Rabid / Cooperative Music
Stéréotypes : Electronica, Cold Wave, Synth-Pop
Liens : EcouterVoirTélécharger (9,99€)

Cold Wave. Mon dieu que ce disque est glacial. Tétanisant même par moments. Fever Ray est le dark side of Karin, assurément. La première piste, qui va se retrouver dans tous les tops singles de 2009 – en tout cas le mien – est une entrée en matière impressionnante. Le rythme de la chanson vous martèle la poitrine, les choeurs vous donnent l’impression d’être dans une de ces cérémonies mortuaires africaines, celles où des danseurs portent des masques à vous faire pisser dessus de terreur si vous le croisez dans une ruelle sombre.

Il ne fait pas bon vivre dans le monde de Fever Ray. Fermez les yeux, vous entrez dans un univers plongé dans l’obscurité, éclairé par moments seulement par des synthétiseurs qu’on croyait perdus à jamais dans les années 1980, même si Björk les a remis au goût du jour. L’Islandaise est une référence évidente. Si vous êtes familier/ère de son univers insensé, vous adorerez les rythmes inquiétants et les piques synthpop aiguisées comme des lames de rasoirs de Fever Ray.

Angoissant. Ce disque réveille les morts, et je suis presque sûre que je pourrais dire ça au premier degré. Avec des percussions ultra-présentes et qui confèrent au tout un caractère tribal très new-wave, époque à laquelle les rythmes africains étaient largement utilisés pour faire danser les foules de jeunes aux coupes de cheveux en mulet. Mais si l’on peut danser sur Fever Ray, c’est comme danser sur du Joy Division, comme le chantait récemment les Wombats. Se laisser embarquer dans cette musique apocalyptique relève de l’expérience chamanique.

Le chant de Karin Andersson est assez spécial dans son genre, rempli de cassures, de virages impromptus, de descentes en enfer et de remontées triomphales, elle se permet tout, portée par ce synthpop ambient, ces rythmes métronomiques qui vous donnent envie de presser votre casque sur vos oreilles pour les ressentir au maximum. Comme tout OVNI musical, ce disque a besoin de quelques écoutes pour pouvoir se faire un avis et je dois vous avouer que je ne suis pas encore très sûre de ce que je viens d’écouter.

Indescriptible. Trip hop ? Electro ? Pop ? Sans doute tout ça à la fois, en tout cas « If I Had a Heart » et « Concrete Walls », deux pistes très ressemblantes et d’une qualité rarement entendue cette année, défie toute tentative de description. Vous n’avez jamais rien entendu de tel, un peu comme la découverte du Animals de Pink Floyd. L’impression de voir une porte s’ouvrir, que vous n’aviez même pas remarqué. Les paroles de l’album sont comme des peintures de rêves à demi-éveillés, des hallucinations terrifiantes, mais chantées avec un calme tout ce qu’il y a de plus dérangeant.

Fever Ray nous peint des scènes de films d’horreur dans la tête, sans aucune effusion de sang, sans monstres, vampires, assassins, juste un décor, nous, et notre angoisse. On a aucune idée de pourquoi l’on se sent tout à coup amenés dans un territoire qui nous repousse mais qu’on se plaît à expérimenter, tenus par la main par Karin Andersson, l’hôte des lieux. Toutes les chansons ne se révèlent pas complètement à la première écoute, il m’en a fallu plusieurs pour me laisser embarquer et surprendre par « Nows The Only Time I Know » ou « I’m Not Done ».

Coup d’un soir ? Voilà le problème des disques à sensations fortes, je ne sais pas si je vais y revenir souvent, au risque d’épuiser chaque chanson jusqu’à la moëlle pour en tirer dans un élan de masochisme effréné toutes les visions cauchemardesques possibles et imaginables. Certaines pistes me sont encore complètement opaques comme « Keep Streets Empty For Me » et « Coconut », qui ferment le disque et que je trouve de trop pour le moment. D’autres m’ont attrapées toute entière et ne risquent pas de me lâcher avant un bout de temps.

À écouter fort, dans le noir, les cages à miel grandes ouvertes et les yeux fermés.

[audio:http://2w.radio.free.fr/wjkbx/sons/hadheart.mp3|titles=If I Had a Heart|artists=Fever Ray]
[audio:http://2w.radio.free.fr/wjkbx/sons/whenigrowup.mp3|titles=When I Grow Up|artists=Fever Ray]
[audio:http://2w.radio.free.fr/wjkbx/sons/triangle.mp3|titles=Triangle Walks|artists=Fever Ray]

Fever Ray sort le 16 mars 2009 chez Cooperative Music.

1. If I Had a Heart
2. When I Grow Up
3. Dry & Dusty
4. Seven
5. Triangle Walks
6. Concrete Walls
7. Now’s The Only Time I Know
8. I’m Not Done
9. Keep The Streets Empty For Me
10. Coconut

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Il y a 32 commentaires.

  1. Même sentiment que toi et il faut avoir les oreilles affûtées pour apprécier.Si tu as le temps de regarder mon blog, j’ai déjà mis 2 titres de Fever Ray dans mes playlists.Je ne suis pas dans le registre » Nombre de sites musicaux ne font que l’inventaire de ce qui vient de sortir dans les bacs » donc à toi de voir!Restons curieux!

  2. Magnifique album, mais un cran en deça de Silent Shout tout de même ! Y a pas que Pitchfork qui l’a trouvé fabuleux, Stylus, Village Voice et pas mal d’autres l’avaient bien placé dans leur liste de fin d’année (pas premier certes) et perso j’adore, l’album est bien ancré dans mon top 20 pourtant plutôt rock, folk et hip-hop… mériterait que tu réessaies une écoute je pense !

  3. Merci à toi !!! J’ai accroché immédiatement !! Quelle découverte !

  4. In reply to Nassim

    Bon, tu m’as convaincu d’aller le réécouter (il en faut peu :-p). Après tout la frontière entre le dégoût et l’amour est très fine.

    ‘fin c’est c’qu’on dit.

  5. C’est d’abord la pochette que je pensait dessinée par mon idole Charles Burns qui m’a poussé à écouter ce disque. Et quelle choc! J’ai immédiatement accroché à l’univers. Il me semble trouvé un petit air de Dead Can Dance de temps en temps, dans cette façon de s’ouvrir aux autres cultures et donc à des sonorités différentes. Je parlais de dessin, et je doit dire que l’écoute de cet album est vraiment propice à l’inspiration. J’écoute, je ferme les yeux et les images se bousculent dans ma tête. Le crayon se promène alors avec frénésie sur la page vierge pour retraduire ces visions mystiques. Cet album est magique, sincèrement. Un vrai chef d’œuvre.

  6. Cet album s’écoute d’un bout à l’autre, c’est une histoire, une chronique…
    Deux chansons transcendantes: Triangle walks et Keep the streets empty for me
    Tu n’as pas réussi à accrocher avec ces sublimes basses qui dès le départ résonnent comme un soulagement, un battement regulier, profond, comme le souffle chaud d’une personne que l’on va embrasser…et sa voix qui arrive comme une prière. Et en effet, tu voudrais que tout sois vide, que le ciel t’entoure de son gris des pieds à la tête… nager dans la brume, le rien. C’est vraiment une cure ce morceau.

    Fever Ray montre que lorsqu’on est un artiste total, plein d’images, plein de brulures l’exprimer peut transporter des millions de gens! Peut être que je me trompe, mais cet album, lorsqu’on se laisse envahir par lui peut faire naître des tas de choses en n’importe qui. Education ou pas.

  7. Belle découverte , merci :) .

  8. Meilleur album de l’année avec The Horrors. et Keep Streets Empty For Me est magnifique.

  9. pour moi, when i grown up et triangle walk. Surpuissant, ca transporte

  10. En effet, c’est froid, angoissant mais tellement reposant. Les mélodies des chansons me font un peu penser à du Gang Gang Dance, pareil pour la voix de Karin qui est semblable à celle de Liz. Que du bon, c’est le genre de musique dont on a besoin en ce moment.

  11. C’est effectivement un très bel album, une des bonnes surprises de cette première moitié 2009 !

  12. merci mlle eddie! après avoir parcouru ton blog, épluché les playlists et souri et ronchonné, j’ai écouté fever ray et pan!
    on dirait la synthèse de klaus schulze et laurie anderson mâtinée de dead can dance.
    envoutant plus qu’angoissant à mon avis, une réussite!

  13. Bizarre, vous avez dit bizarre ? C’est vrai que ce disque est b……! Fascinant, envoutant aussi. La pochette est trop, on dirait un dessin de l’immense créateur américain Charles Burns. Je me plais à imaginer ce disque en bande son de « Black Hole ». De l’electro pop dark, sorte de cold wave moderne et tribale….

  14. Envoutant, profond, certes exigeant mais réellement efficace

    c’est mon album préféré de cette année
    un (gros) faible aussi pour le second album de Bat for Lashes et le premier de Florence and the machine

    Mais pour moi Fever Ray reste indétrônable !

  15. Merci! tu es le premier et rare à faire des commentaires sur cette auteure que je découvre (malheureusement tes commentaires scato-critiques sur les anciennes générations gachent les informations). Vive le net qui nous permet de faire ce type de découverte. J’ai immédiatement été emballée. Enfin de la musique qui n’est pas là que pour les paillettes et la musique! Le travail fait sur les clips est de très haute définition mais tout est calculé, tout. Fantastique. Pas d’effusion inutile, la fête est finie, le message est clair et puissant. Les paroles sont superbes et on est entrainé ; les images sont faites pour qu’on soit témoin. Avec cet album, on tourne une page: La fête et finie.

  16. Du très bon son, je ne connaissais pas.

  17. J’ai bientôt 40 balais et j’ai toujours aimé les musiques disons… mélancoliques et/ou bizarroïdes. Je pensais être endurci, mais là…La première fois que j’ai craqué pour un disque à ce point, ce fut pour « Spleen and ideal » de Dead can Dance (groupe déjà cité dans les commentaires), la seconde pour « Times of Grace » de Neurosis. La troisième claque m’a été infligée par Fever Ray. Ça y est, je peux partir vivre sur une ile déserte, avec ces trois chef-d’œuvre, quelques bouquins et quelques bouteilles de rhum :)
    Un seul mot me vient pour ce disque : « magnifique »

  18. Choupichoupinette ! Il ne t’en faut pas beaucoup : « Fever Ray » n’est pas un album si sombre que ça, je le trouve même assez gai en fait (en tout cas comparé à pas mal d’autres trucs). Sinon The Knife n’a pas du tout débuté en 2006 avec « Silent Shout » (qui était leur 4ème album) mais avec « The Knife » en 2001. Par contre chacun de leur disque est incontestablement l’un des albums de l’année où il parait. Une œuvre d’une originalité incontestable qu’on n’aime ou pas ^^ Et dans un mois et demi sort leur 5ème opus, en collaboration avec Mt. Sims & Planningtorock, et c’est un double CD, & c’est aussi… un opéra, yahooooo !!!

  19. Perso, c’est suite à la découverte de cette galette que je découvre vos commentaires à tous.

    Là où Mlle E sent le froid incisif, je ressent moiteur, torpeur sensuelle et une exposition, une mise à nu.
    Certes il y a du noir dans ce disque,mais tels ces « monochromes » de Soulages.

    C’est atavique, ça remue quelque chose dans les tréfonds de mes tripes.

    Je pense que ce qui peu confondre, c’est cette simplicité extrême dans le dépouillement d’un thème, d’un sentiment, qui vient s’opposer à l’épaisseur, la présence des mélodies.

    J’y ai ressenti la puissance de certains Massive Attack.
    Les sonorités mêlent les années 80, très plastiques, aux rythmes lourdes tribaux beaucoup plus brutes.
    Bjork semble une référence évidente. Bat for lashes, hors la voix, je ne vois pas.

    Outres les mélodies, c’est la voix qui me scotche : incongrue et familière à la fois.

    Un must have, pour se l’écouter au creux de la nuit, aux côtés de « Meedle » des Pink Floyd, « Protection » de Massive Attack ou d’ « Octahedron » et « De-Loused In The Comatorium » de The Mars Volta. Chacun dans son propre monde, mais tous intenses, à fleur de peau.

    Et grâce à vous tous, quelques références à explorer.

  20. J’aime beaucoup les sons décalés et celui-ci me plait tout particulièrement.
    Merci pour cette découverte.

  21. J’ai eu du mal à entrer dans ce disque, oui. Mais quelle récompense.

    Un soir, je l’ai ressorti. Je l’ai écouté en entier et j’ai compris un truc :
    C’est probablement une partie du projet Fever Ray : sortir du système qui veut qu’on picore, téléchargeant un titre par-ci-par-là.
    Même si des titres comme « Seven » ou « triangle walks » se tiennent parfaitement touts seuls
    en tant que singles , l’album ne prend sa pleine dimension que si on l’écoute en entier, d’une traite, et attentivement.
    J’aime bien ce genre de démarche. C’est exigeant. Pour une fois.

    Et comme je le disais , on est largement récompensé si on accepte le deal.

    Après quelques écoutes, je trouve carrément que ce disque est un des plus beaux que j’aie entendu ces dernières années.
    Et puis ce titre : « Keep the streets empty for me »…qui me file des frissons partout. Deux accords en boucle. Ces percussions électroniques si lentes, cette flûte de Pan samplée à la Morricone, cette mélodie si simple… Le résultat me bouleverse à chaque fois.

    Voilà. Ah OUI, et autre chose : je ne le trouve pas déprimant, cet album. Pas si dark que ça, en fait. C’est juste une invitation à voyager. A voyager à l’interieur. Et c’est aussi la preuve que la Beauté n’a pas forcément une aura blanche aveuglante et des ailes :-)

    Fab.

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