Ghost Train Tragedy
par Coming Soon
Sortie : 7 septembre 2009 Label : Kitchen Music Stéréotypes : Folk, Rock Liens : MySpace – Acheter / Télécharger Après New Grids leur premier album, Coming Soon revient avec Ghost Train Tragedy, enregistré en 12 jours (pour 21 chansons, 15 ayant été retenues pour le disque) par la même joyeuse bande de 7 garçons et filles. Ils défendent leur disque depuis des mois en enchaînant concerts et festivals à un rythme effréné. Leur premier disque avait été salué par la critique sans engranger un succès commercial, celui-ci emprunte la même voie ce qui est à la fois emmerdant parce que c’est un putain de bon groupe, mais également sympa parce que j’adore parler d’un groupe en disant « ils sont pas encore très connus ». J’sais pas, j’aime bien avoir l’impression d’être dans un underground ou un truc du style. Je digresse, passons au disque.
Quand je m’attaque à un groupe français, je prête attention à des choses qui semblent aller de soi quand je vous parle d’un groupe américain, anglais ou suédois. Un groupe anglais qui sait faire de vraies mélodies, rien d’extraordinaire, c’est le contraire qui aura plutôt tendance à me choquer. Mais quand il s’agit d’un groupe français, venu de la très jolie mais pas forcément très rock’n'roll ville d’Annecy, qui enchaîne 15 titres entraînants et tous plus ou moins réussis, l’effet de surprise joue à fond.
De plus, Coming Soon a tout pour me plaire. Il n’y a guère que la pochette de l’album que je trouve pas très jolie. Leur style, d’abord. D’abord catalogués « folk », ils ont petit à petit enrichi leur son jusqu’à ce qu’on ait du mal à les catégoriser. Ça, ça me plait. Leur musique possède le doux parfum du western américain (j’ai hésité avec « est sous perfusion indé américaine », mais ce serait sans doute exagéré), où je ne suis jamais allée, mais j’imagine. Je ne les connaissais pas du tout avant que le riff blues-rock rugueux de « Walking » me réveille (il était tard/tôt). C’est l’oreille soudainement tendue et les yeux grands ouverts que je me pris donc une gentille petite claque dans la tronche, avant d’être définitivement convaincue de la qualité de ce groupe en arrivant à « School Trip Bus Crash ». Arrivés là, vous devriez vous être rendus compte de la maturité et de l’audace de ces 7 jeunes garçons et filles.
J’ai un cadre accroché à un mur de mon appart dans lequel je mets un vinyle (ces trucs-là), que je change de temps à autres. Coïncidentalement – oui, ce mot existe – y était affiché Rock N Roll Animal de Lou Reed. C’est sûrement pourquoi j’ai d’abord pensé à l’Américain en découvrant la voix de Howard Hughes, chanteur principal du groupe (c’est frappant sur le très bon « Wild Catch »), avant de me rendre compte qu’elle ressemblait étrangement à celle de Mathias Malzieu de Dionysos (avec qui ils sont amis). J’aime les deux, pas de problèmes. Mais honnêtement, je crois que c’est maintenant la voix de Malzieu qui va ressembler à celle de HH, et pas l’inverse. Si j’ai bien saisi, ils sont donc trois à assurer le chant : Howard Hughes et son chapeau de cow-boy, Léo Bear Creek, 15 ans, qui joue aussi de la batterie, de la guitare, du ukulélé, et sûrement un tas d’autres trucs, et Alex Banjo qui s’occupe aussi de la guitare électrique.
Toujours, toujours entraînants, leurs morceaux s’inspirent aussi bien de l’indie-rock américain que de la folk, avec un talent mélodique certain et franchement enthousiasmant. Pour s’en convaincre il suffit d’écouter la petite friandise pop « Love in the Afternoon ». Comme ils sont jeunes et Français, deux adjectifs vont les suivre partout : matures et décomplexés. D’ailleurs leur absence de complexe est une preuve de leur maturité. Ou l’inverse. Mmmh… Bref.
Décomplexés car ils emploient de bonnes vieilles recettes folk et rock, empruntant aussi bien à Johnny Cash qu’à Nick Cave, en passant par les Beach Boys (la joyeuse « School Trip Bus Trash »). Leurs textes sont sombres mais jamais déprimants, drôles même parfois, bien écrits et surtout bien chantés. Les choeurs et harmonies sont aussi très bien foutus, placés exactement où il faut à chaque fois. Preuve supplémentaire de leur talent : ils arrivent à rendre classe le ukulélé, et ça, c’est pas donné à tout le monde. Oh et non, pas d’accent français horrible. Oui, oubliez les BB Brunes, les enfants, on est dans une autre division là (comment ça je n’arrive pas à me remettre de la couverture du Rock&Folk n° 492 ?).
Tout est loin d’être parfait, il y a 4 ou 5 morceaux assez anecdotiques (« Pillow Talk », « Minor Keys », « WU »), mais ils sont tellement bien entourés que je n’ai pas envie d’en parler. Les meilleurs morceaux (« Manners & Education », « Steel Wire », « Moonchild », « Lower Lip »…) ont comme points communs leur richesse musicale. Certes Coming Soon empruntent largement les bonnes vieilles recettes de la ballade folk traditionnel ou du morceau de rock puissant, pas de grandes révolutions, mais ils ont le talent nécessaire pour rafraîchir tout ça et y imposer leur personnalité. C’est plus que flagrant sur la sublissime « Manners & Education » ou « Steel Wire » avec son changement de rythme que j’adore. Et que dire de « Lower Lip »… on dirait un classique folk-rock, rien de moins.
Ghost Train Tragedy est un excellent album réalisé par un excellent groupe, français de surcroît. La bande de Coming Soon prend vraisemblablement un plaisir fou à mettre au point et jouer leurs chansons, et j’ai pris mon pied à les écouter. En toute simplicité. Ce n’est déjà plus un groupe « à suivre », mais une référence dans le paysage musical français. À faire connaître !
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