Critique de « Hospice » (2009) par The Antlers

  • 23 juillet 2009
  • Par Eddie

Hospice (2009)Hospice

par The Antlers

Album 5 étoiles
Sortie : 23 juin 2009 (Digital), 18 août (CD)
Label : Frenchkiss
Stéréotypes : Dream-pop, Shoegaze
Liens : EcouterRegarderTélécharger

Un petit miracle d’abord à cause des nombreux labels qui ont pourtant écouté ce disque et qui n’ont pas voulu s’en occuper. Ils doivent maintenant s’en mordre les doigts car bon-an mal-an la musique de The Antlers a fini par toucher les bonnes oreilles, celles de ceux qui sont devenus des fans et qui ont fait courir le bouche-à-oreille, faisant de cet album l’une de ces pépites musicales underground qui ne le restent jamais très longtemps, grâce ou à cause d’Internet. Un petit miracle aussi car le concept de Hospice est on ne peut plus casse-gueule.

Jugez par vous-même : ce disque raconte l’histoire d’un traumatisme vécue dans l’enfance du leader du groupe, Peter Silberman. Un traumatisme entraînant des séquelles irréparables et ayant pour objet la mort d’un être cher, bien que la relation de Silberman avec cet être ait été largement tumultueuse. L’histoire inclue des lits d’hôpitaux, des cauchemars, des fantômes, une tentative de suicide… Il y a tellement de choses qui auraient pu foirer.

Ce n’est pas le cas sur cet album. The Antlers ont su ne pas pousser la tristesse dégagée par ce disque jusqu’au pathos pur et simple, il n’y a jamais d’apitoiement sur le sort de quiconque. Il n’y a rien… de trop. Pas le moindre moment dans tout l’album où je me suis dit que le groupe cherchait simplement à me faire sentir mal, ou à se retrancher derrière des clichés éculés. Ce n’est pas de l’émo bas de gamme à la Saez, pour dire ça clairement.

Je ne suis pas friande des albums à la mélancolie revendiquée. J’suis comme tout le monde, j’aime pas être triste. Je ne me dis pas un mercredi après-midi : « Tiens, j’vais m’écouter le dernier album des Antlers et j’vais m’ouvrir les veines ». C’est comme les films d’horreur : j’aime pas les films d’horreur. Mais pourquoi les gens payent-ils pour avoir peur, bon sang ?! La réponse est simple : ils veulent ressentir quelque chose, dans un monde où l’horreur est exposée sur tous les écrans du monde, 24 heures sur 24, 7 jours sur 7. Pourquoi, de la même manière, est-ce que les gens aiment écouter Antony & The Johnsons, Shearwater, Radiohead, et, bientôt j’en suis sûre, cet album des Antlers ?

The Antlers : Michael Lerner, Peter Silberman, Darby Cicci (photo : Ben Ritter)

Parce que ces groupes, et Hospice, réussissent avec brio à magnifier la tristesse, nous aide à y faire face d’une certaine manière, en la provoquant. Il faut un certain courage pour écouter, vraiment écouter, Hospice. Il faut s’attendre à ce qu’à un moment les douces et méticuleuses mélodies pop mises au point par le groupe se laissent submerger par une puissante vague instrumentale comme sur « Kettering » ou sur le cacophonique « Sylvia ». Parfois il suffit simplement de se laisser transporter par ces mélodies comme avec la géniallissime « Bear », sur laquelle Peter Silberman chante mieux que jamais. La maestria pop de ce disque est à couper le souffle. Le groupe sait quant appuyer sur la pédale d’accélération et quand freiner, pour mieux surprendre par la suite et vous prendre à la gorge et aux tripes.

Liste de lecture

  • Prologue
  • Kettering
  • Sylvia
  • Atrophy
  • Bear
  • Thirteen
  • Two
  • Shiva
  • Wake
  • Epilogue
  • J’en oublie presque le concept, qui s’éclipse derrière la musique qui atteint presque sur chaque piste des sommets de beauté indescriptibles. Peter Silberman, qui est le personnage principal de sa propre histoire, a couché sur papier toutes les émotions qui l’ont traversé durant cette épreuve difficile qu’est celle de la perte d’un être cher, atteint par un cancer ou toute autre maladie clouant la personne sur un lit d’hôpital pendant des mois, des années, et offrant à ses proches l’image d’un corps qui dépérit petit à petit. Pete Silberman réussit pourtant à saisir, et à restituer en musique, des moments, des sourires comme dans « Two ». D’autres moments dans l’album ont même l’air optimiste, et de nombreux, de très nombreux moments sont à classer dans le registre du grandiose (« Kettering », « Wake ») et m’ont complètement retournée. La musique de The Antlers a l’art de vous faire sentir nu, sans défense, comme l’est le personnage de l’histoire face aux événements tragiques qui le frappent.

    Contrairement à Joy Division où l’on a l’impression de s’enfoncer dans un trou sans fin, la musique de The Antlers est celle de quelqu’un qui gravit une montagne et qui, finalement, arrive au sommet, à bout de forces, en pleurs, mais qui finit par passer à autre chose (« Epilogue »). La voix de Pete Silberman est parfaite pour ce genre d’exercice, délicate et captivante, pas impressionnante, mais suffisante pour porter ses textes et accompagner les envolées musicales sensationnelles qui apparaissent de manière toujours plus qu’appropriée tout au long du disque.

    Hospice est un petit miracle que vous pourrez toucher du doigt le 18 août grâce au label Frenchkiss que je re-cite volontiers. Peu d’albums m’ont aussi plu que celui-ci cette année et les années précédentes. Si vous appréciez les groupes cités précédemment et l’extrait qui suit, l’achat du disque sera une évidence !

    [audio:http://2w.radio.free.fr/wjkbx/sons/bear.mp3|titles=The Antlers – Bear]

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    [ratings]

    Il y a 16 commentaires.

    1. Putain cette chronique me fait drôlement envie, je rajoute ça immédiatement tout en haut de ma liste de trucs à écouter !!! ( Et toi tu le rajoutes dans le tableau!)

    2. Je confirme, cet album est sublime.

    3. excellent album, il est vrai !
      mais c’est plus à écouter une longue soirée d’hiver qu’une après-midi torride de juillet ….

    4. Après Fever Ray, après Dark Night of the Soul, voici mon autre coup de coeur 2009, et à l’instar de Fever Ray, je te le dois Miss Eddie: cette album est sublime. Des miracles comme ça, on en aimerait plus souvent, mais leur rareté fait aussi leur beauté. De plus, très belle critique.

    5. Arg ! Je n’en ai pas entendu parler ! Merci pour la découverte.

    6. By the way, ma critique est moins positive…

    7. je viens de découvrir et quand je l’entend je l’aime c’est tout

    8. Je viens de découvrir votre site Eddie.. je ressens une proximité culturelle évidente; pour moi qui suis très friand de nouvelles découvertes j’ai l’impression d’avoir trouvé une ile au trésor. Premier trésor: le Antlers qui est fascinant. Merci déjà pour ce plaisir.

    9. dedieu ce que cette chronique est mal écrite…..c’est une gonzesse de 18 ans qui a pondu ça ?

    10. In reply to kiki

      20 ans, mon p’tit kiki :)

      Et j’rajouterai : « dedieu que ce commentaire est vide d’argumentation et donc d’intérêt »

    11. J’ai découvert ton site et ton « choix » depuis peu. A la recherche de nouveautés, je suis content de tomber sur des pages comme cette critique des Antlers. Vraiment un album très touchant, merci de l’avoir mis en lumière. Ton site est une caverne d’Ali Baba pour moi et je me retrouve dans ta sensibilité envers pas mal de morceaux et de groupes : surtout ne t’arrête pas !

    12. Extra ton best of 2009. nous sommes une bande de fans de zik à publier sur Vox nos best of depuis 2008. Bravo pour ta sélection et je sens beaucoup de points communs dans tes choix: Grizzly Bear, Bat for Lashes, Florence+the machine,Kings of convenience,Peter Von Poehl, Doherty…bRAVO POUR TA NOTE !!!

    13. J’ai pas saisi le passage sur les films d’horreur, et de la supposée stupidité d’avoir recours à des sentiments proches de la mélancolie très noire, des bassesses sombres, la peur etc..
      La comparaison au JT est d’autant plus foireuse. Lorsque je mets un objet sur ma platine, je cherche pas à avoir recours au sourire, un changement de moral ou ce genre de connerie. On cherche justement avoir recours à ce que la banalité quotidienne ne peut nous apporter, une certaine transcendance, un recours à l’inconnu, peu importe sa nature. Le message est le même en ce qui concerne le cinéma. Avoir peur, c’est gouter à la palette riche d’émotions fortes, lié à la decouverte et la curiosité, ressortir ce qui nous caractérise le plus en tant qu’humain merde !
      Mine de rien, je retourne dans un discours hippy shouté au patchouli avec un cerveau rempli de yaourt, putain..
      C’est dommage, ça m’a plombé la lecture totale de la chronique. Sinon The Antlers, c’est une sacrée pièce habité avec un bel effort de compo’, j’approuve.

    14. The antlers n’a en rien la majestuosité d’arcade fire , ce groupe est bel et bien un cran en dessous , c’est comparer les serviettes et les torchons mademoiselle eddie …

    15. Tombé par hasard sur cette chronique, première écoute, Kettering, pour voir.
      trop classique ce piano triste, numérique et sur-reverbéré, 3 accords éculés, Am C Em. OK, voix faiblarde, comm’ d’hab des petits bruitages arp2600, sceptique… ouups! beau décollage cependant pour la fin du morceau. Deuxième écoute pour revivre le décollage, sur youtube avec les paroles, premier frisson, malgré la voix faiblarde, impossible de résister, happé dans cette chambre d’hôpital, mal à l’aise devant cette fille qui meurt devant moi et qui voudrait que je sois à sa place. Le bruit des machines, les tuyaux d’oxygène, le piano addictif, l’odeur de l’éther. La voix n’est plus faiblarde, elle témoigne, se retient, hésite à déranger mais persévère en rythme. Redécollage sublime, couche d’orgue, roulements de batterie lancinants pour s’opposer aux respirateurs artificiels, empilement sonique rageur, sanglot final et la porte qui se ferme. J’hésite une troisième écoute…

    16. « Contrairement à Joy Division où l’on a l’impression de s’enfoncer dans un trou sans fin, la musique de The Antlers est celle de quelqu’un qui gravit une montagne et qui, finalement, arrive au sommet, à bout de forces, en pleurs, mais qui finit par passer à autre chose (« Epilogue »). »

      Heuuu, je sais pas si vous avez pris le temps de lire les lyrics de cette chanson avant de faire votre critique, mais pour moi quand le chanteur dit :

      « In a nightmare, I am falling from the ceiling into bed beside you. »

      et surtout :

      « I think you buried me awake (my one and only parting gift.)
      But you return to me at night,
      just when I think I may have fallen asleep.
      Your face is up against mine,
      and I’m too terrified to speak.

      You’re screaming,
      and cursing,
      and angry,
      and hurting me,
      and then smiling,
      and crying,
      apologizing. »

      Ca me donne pas du tout l’impression qu’il soit passé à autre chose…

      De même, dès le début de l’album (Kettering) on peux voir que ce qui est arrivé est vécu comme un réel traumatisme qui laissera le narrateur marqué à jamais :

      « I wish that I had known in that first minute we met,
      the unpayable debt that I owed you. »

      Alors c’est peut-être pas aussi évident que Joy Division dans la mesure où le style est beaucoup moins froid et sombre (Two), mais le fond est tout aussi fataliste.

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