Hospice
par The Antlers

Sortie : 23 juin 2009 (Digital), 18 août (CD)
Label : Frenchkiss
Stéréotypes : Dream-pop, Shoegaze
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The Antlers est un trio basé à Brooklyn, New York, dont le 3ème album, Hospice a failli ne jamais connaître le succès qu’il connaîtra forcément (en tout cas j’espère) maintenant que le label Frenchkiss s’est emparé du joyau. D’abord auto-produit et distribué par le groupe, ce splendide album devrait enfin atterrir dans les bacs le 18 août prochain. Cet album possède à la fois la puissance émotive de Bon Iver et la majestuosité de la musique d’un groupe comme Arcade Fire. Toutes choses considérées, cet album est en fait un petit miracle.
Un petit miracle d’abord à cause des nombreux labels qui ont pourtant écouté ce disque et qui n’ont pas voulu s’en occuper. Ils doivent maintenant s’en mordre les doigts car bon-an mal-an la musique de The Antlers a fini par toucher les bonnes oreilles, celles de ceux qui sont devenus des fans et qui ont fait courir le bouche-à-oreille, faisant de cet album l’une de ces pépites musicales underground qui ne le restent jamais très longtemps, grâce ou à cause d’Internet. Un petit miracle aussi car le concept de Hospice est on ne peut plus casse-gueule.
Jugez par vous-même : ce disque raconte l’histoire d’un traumatisme vécue dans l’enfance du leader du groupe, Peter Silberman. Un traumatisme entraînant des séquelles irréparables et ayant pour objet la mort d’un être cher, bien que la relation de Silberman avec cet être ait été largement tumultueuse. L’histoire inclue des lits d’hôpitaux, des cauchemars, des fantômes, une tentative de suicide… Il y a tellement de choses qui auraient pu foirer.
Ce n’est pas le cas sur cet album. The Antlers ont su ne pas pousser la tristesse dégagée par ce disque jusqu’au pathos pur et simple, il n’y a jamais d’apitoiement sur le sort de quiconque. Il n’y a rien… de trop. Pas le moindre moment dans tout l’album où je me suis dit que le groupe cherchait simplement à me faire sentir mal, ou à se retrancher derrière des clichés éculés. Ce n’est pas de l’émo bas de gamme à la Saez, pour dire ça clairement.
Je ne suis pas friande des albums à la mélancolie revendiquée. J’suis comme tout le monde, j’aime pas être triste. Je ne me dis pas un mercredi après-midi : « Tiens, j’vais m’écouter le dernier album des Antlers et j’vais m’ouvrir les veines ». C’est comme les films d’horreur : j’aime pas les films d’horreur. Mais pourquoi les gens payent-ils pour avoir peur, bon sang ?! La réponse est simple : ils veulent ressentir quelque chose, dans un monde où l’horreur est exposée sur tous les écrans du monde, 24 heures sur 24, 7 jours sur 7. Pourquoi, de la même manière, est-ce que les gens aiment écouter Antony & The Johnsons, Shearwater, Radiohead, et, bientôt j’en suis sûre, cet album des Antlers ?

The Antlers : Michael Lerner, Peter Silberman, Darby Cicci (photo : Ben Ritter)
Parce que ces groupes, et Hospice, réussissent avec brio à magnifier la tristesse, nous aide à y faire face d’une certaine manière, en la provoquant. Il faut un certain courage pour écouter, vraiment écouter, Hospice. Il faut s’attendre à ce qu’à un moment les douces et méticuleuses mélodies pop mises au point par le groupe se laissent submerger par une puissante vague instrumentale comme sur « Kettering » ou sur le cacophonique « Sylvia ». Parfois il suffit simplement de se laisser transporter par ces mélodies comme avec la géniallissime « Bear », sur laquelle Peter Silberman chante mieux que jamais. La maestria pop de ce disque est à couper le souffle. Le groupe sait quant appuyer sur la pédale d’accélération et quand freiner, pour mieux surprendre par la suite et vous prendre à la gorge et aux tripes.
Liste de lecture
PrologueKetteringSylviaAtrophyBearThirteenTwoShivaWakeEpilogueJ’en oublie presque le concept, qui s’éclipse derrière la musique qui atteint presque sur chaque piste des sommets de beauté indescriptibles. Peter Silberman, qui est le personnage principal de sa propre histoire, a couché sur papier toutes les émotions qui l’ont traversé durant cette épreuve difficile qu’est celle de la perte d’un être cher, atteint par un cancer ou toute autre maladie clouant la personne sur un lit d’hôpital pendant des mois, des années, et offrant à ses proches l’image d’un corps qui dépérit petit à petit. Pete Silberman réussit pourtant à saisir, et à restituer en musique, des moments, des sourires comme dans « Two ». D’autres moments dans l’album ont même l’air optimiste, et de nombreux, de très nombreux moments sont à classer dans le registre du grandiose (« Kettering », « Wake ») et m’ont complètement retournée. La musique de The Antlers a l’art de vous faire sentir nu, sans défense, comme l’est le personnage de l’histoire face aux événements tragiques qui le frappent.
Contrairement à Joy Division où l’on a l’impression de s’enfoncer dans un trou sans fin, la musique de The Antlers est celle de quelqu’un qui gravit une montagne et qui, finalement, arrive au sommet, à bout de forces, en pleurs, mais qui finit par passer à autre chose (« Epilogue »). La voix de Pete Silberman est parfaite pour ce genre d’exercice, délicate et captivante, pas impressionnante, mais suffisante pour porter ses textes et accompagner les envolées musicales sensationnelles qui apparaissent de manière toujours plus qu’appropriée tout au long du disque.
Hospice est un petit miracle que vous pourrez toucher du doigt le 18 août grâce au label Frenchkiss que je re-cite volontiers. Peu d’albums m’ont aussi plu que celui-ci cette année et les années précédentes. Si vous appréciez les groupes cités précédemment et l’extrait qui suit, l’achat du disque sera une évidence !
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The Antlers est un trio basé à Brooklyn, New York, dont le 3ème album, Hospice a failli ne jamais connaître le succès qu’il connaîtra forcément (en tout cas j’espère) maintenant que le label Frenchkiss s’est emparé du joyau. D’abord auto-produit et distribué par le groupe, ce splendide album devrait enfin atterrir dans les bacs le 18 août prochain. Cet album possède à la fois la puissance émotive de Bon Iver et la majestuosité de la musique d’un groupe comme Arcade Fire. Toutes choses considérées, cet album est en fait un petit miracle.
Eddie Williamson – 23 juillet 2009 – Lien à partager :