Critique de « I’m New Here » (2010) de Gil-Scott Heron

Liste de lecture
1 | On Coming From A Broken Home Pt 1
2 | Me and the Devil
3 | I’m New Here
4 | Your Soul and Mine
5 | Parents (Interlude)
6 | I’ll Take Care of You
7 | Being Blessed (Interlude)
8 | Where Did the Night Go
9 | I Was Guided (Interlude)
10 | New York Is Killing Me
11 | Certain Things (Interlude)
12 | Running
13 | The Crutch
14 | I’ve Been Me
15 | On Coming From a Broken Home Pt 2__

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Extraits

Grand mérite revient à Richard Russell, patron de XL Recordings, qui est parti à la recherche de Gil Scott-Heron pour lui proposer d’enregistrer un nouvel album. Il l’a trouvé en 2007, en prison, où il était enfermé pour trafic de cocaïne. Le résultat de cette collaboration est un album de 28 minutes complètement atypique et génial, un adjectif qui a toujours était employé pour qualifier Gil Scott-Heron, même si le succès lui a toujours échappé, contrairement aux emmerdes.

Je n’ai pas envie de parler de génie, d’icône, de mythe pour essayer de vous faire comprendre ce que représente Gil Scott-Heron et pourquoi I’m New Here est un album si inattendu et poignant. En voyant l’image d’illustration là-haut, un graff représentant son visage, vous avez bien compris que Scott-Heron avait un statut iconique dans le petit monde de la musique. C’est l’un de ses artistes qui aura marqué plusieurs générations d’artistes et d’hommes, particulièrement aux Etats-Unis, mais qui reste désespérément inconnu en France.

Comme beaucoup de gens, je l’ai découvert avec « The Bottle », son seul petit succès. Je ne me souviens plus exactement, il devait se trouver sur une des compilations soul qui traînaient chez moi. Je n’ai pas l’habitude de nouer des liens affectifs avec les artistes, les personnes physiques derrière les morceaux qui me passionnent. J’pourrais pas être la biographe de Jack White par exemple, malgré mon admiration sans bornes. Je ne sais même pas quel âge il a, s’il est marié, comment s’est déroulée son enfance, etc. C’est pareil pour Gil Scott-Heron. Je ne me suis mise au courant de sa vie personnelle qu’il y a un an en visionnant le documentaire sur sa vie réalisé par Don Letts.

Pour moi, Gil Scott-Heron c’était (et c’est toujours) un sage soul, un poète éclairé et contestataire, un observateur de la société américaine, des médias, du ghetto, de la corruption, un homme qui passait du temps à avertir son public des dangers de l’alcool et de la drogue… Le voir complètement ravagé par l’héroïne, la cocaïne, le crack, ses multiples séjours en prison, amaigri, édenté et hagard, j’peux vous dire que ce fut un choc. J’avais gardé l’image et le son de cet homme d’une classe dingue, debout sur les planches d’une scène new-yorkaise, posant sa prose sur une musique funky, et cette voix. Ce baryton, les gens, c’est quelque chose.

Sur son treizième album, elle est toujours là. C’est juste que la cigarette, le crack et l’alcool sont venus détruire cet homme morceau par morceau, et que ses cordes vocales ne sont pas passées au travers. Mais l’idée de céder au pathos n’a même pas dû lui effleurer l’esprit. Sur I’m New Here il porte un regard sévère sur lui-même et sur ses erreurs. Toujours humble et toujours digne, sans jamais donner de leçon et sans jamais se plaindre.

Pas de funk ou de groove charnu sur cet album. Richard Russell a eu l’idée de génie de placer Gil Scott-Heron dans un décor musical moderne, fait d’électro minimaliste et de folk. Dans ce décor, la voix du vieil homme est au centre, comme sous une lumière crue qui expose à la vue tous ses défauts. La première écoute de « Me and the Devil », premier extrait qui me soit parvenu, a été douloureuse n’ayant connu que sa voix d’il y a 20 ou 30 ans.

C’aurait pu être une catastrophe, retirer le poète soul de son environnement musical habituel et le plonger dans un univers dubstep noir et étrange. Mais ce qui caractérise les précédents disques de Gil Scott-Heron est toujours présent dans celui-ci : l’immédiateté avec laquelle il absorbe toute mon attention dès les premières secondes de « Coming From a Broken Home » est stupéfiante (sans jeu de mots). Le moindre doute sur la qualité du disque s’est envolé et à juste titre. 28 minutes plus tard, l’impression d’avoir écouté un grand disque n’allait pas me lâcher. La deuxième partie de « Coming From a Broken Home » sert de conclusion et laisse une note d’espoir, dernière surprise de la part d’un homme qui a pourtant toutes les raisons d’en vouloir à la Terre entière.

Je ne vois pas de raison de vous détailler chaque morceau, l’album formant un tout d’une grande consistance, certains morceaux vous parleront plus que d’autres. Les premiers morceaux me font beaucoup penser au travail d’un Burial, il y a aussi une reprise folk d’un titre de Smog, un morceau pianotant qui m’a foutu plein de frissons dans le dos, et un autre qui m’a carrément fait penser aux Kills. Vous découvrirez tout ça en écoutant l’album.

Je n’ai pas envie de parler de génie, d’icône, de mythe, car je sais que Gil Scott-Heron balaierait ces qualificatifs d’une phrase pleine de justesse et d’humour, mais ça m’empêchera pas de le penser. Grand album, grand bonhomme.

Photo d’illustration par Shamus O’Reilly (Flickr)

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Give a medal to Richard Russell, XL Recordings’ boss, he truly deserves one. He’s the one who went looking for Gil Scott-Heron in 2007 when he was behind bars to hand him the opportunity to record a new album. As a result : an atypical 28-minutes long album, and pure genius. « Genius » is the word that has always been around Gil Scott-Heron in every review he appears in, together with « cocaine » and « caught again by justice ». But yet, « success » and « glory » haven’t…

I don’t want to say he’s a genius, neither an icon, nor a myth to make you understand how much Gil Scott-heron is, and why I’m New Here is so stunning and poignant. Looking at the picture at the top of the page you probably understood Scott-Heron was some kind of God back in his music world. He’s been one of the most influential artist over generations of people (musicians or not) in United States, but he’s still desperately unknown in France.

Like many others, I discovered him through his song « The Bottle », his only tiny success. I can’t really remember when, he must have been on one of the Soul music compilations crawling on the floor of my room. I’m not used to bond with people behind my most beloved song. For example, I wouldn’t stand writing Jack White’s biography despite my infinite admiration for him : I don’t even know how old he is, whether he’s married or not, how was his childhood like… That is the same for Gil Scott-Heron. I got acquainted with his personal life one year ago through a video documentary by Don Letts.

Gil Scott-heron was to me (and still is) a Soul music-wise man, a protesting and enlightened poet, poiting out what’s wrong in the american society, in the medias,in ghettos,in corruption, and a man who wanted people to be aware of dangers of alcohol and drugs…Seeing him now destroyed by heroin, cocaine, crack, multiple trips in jail, skinny, toothless and wild eyes was one hell of a shock. I still had in mind images and sounds of this beast standing on stage in New York, resting his words on a funky music. And his voice…Man, this baritone is something else.

It is still there on his thirteenth album. Only cigarettes, drugs and alcohol didn’t spare the poor man and his vocal cords. But I believe the idea of giving up didn’t even cross his mind. He’s giving himself a hard time on I’m New Here, pointing out his own mistakes. Filled up with dignity and humility he never gives a lesson nor complains.

No outrageous funk or groove to be found on this album. Richard Russell had the brilliant idea of putting Gil Scott-Heron on a very modern musical background made out of Minimal electro and folk. The old man’s voice ends up exposed, with all its flaws caught like in a beam of light pointed towards him. The first listening to one of the songs (« Me and the Devil ») was quite painful due to his unrecognizable voice, so different from the one I knew he had 20 years ago.

Taking the Soul music poet out of his usual musical environment to put him in strange, dark dubstep universe could have been a real catastrophy. But what was making the essence of Gil Scott-Heron’s previous albums is still inside this new one : all my attention was instantly sniffed (no pun intended) from the moment « Coming From a Broken Home » started playing. The teeniest doubt on this disc’s quality was blown away. The feeling that I had a great album in my hands and in my ears wouldn’t let go 28 minutes later. The second part of « Coming From a Broken Home » concludes the album leaving a touch of hope, as a last surprise from a man who’s got every reason to hate the whole world.

I can’t find any reason to speak about each song individually, for each has to be seen as part of the album. Some songs will just sound better to you than others. The first songs of the album remind me quite a lot of Burial’s work, and there’s also a folk cover of Smog which litterally made me shiver. Another one is totally Kills-like, but you’ll see by yourself.

I don’t want to say he’s a genius, neither an icon, nor a myth, because I know that Gil Scott-Heron would make those adjectives fade away with just one sentence filled with truth and humour. But he won’t make me stop thinking it. Great album, great guy.

Illustration Picture by Shamus O’Reilly (Flickr)

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Il y a 8 commentaires.

  1. Je l’ai vraiment découvert avec cet excellent album (très homogène mais j’aime particulièrement I’ll Take Care Of You), mais cette voix incroyable et ton billet me donnent envie d’aller écouter tout ce qu’il a fait avant !

  2. Un grand merci pour m’avoir fait découvrir cet album.
    Il est magnifique.

  3. Iil faut faire une pose dans sa vie et réécouter, tous les albums de Scott … sortir, prendre le métro de Brooklyn à Coney Island. Après s’être rempli les poumons de l’air métallique du subway, marchez jusqu’à la mer… serain… libre…

  4. ah ! Gil Scott-Heron… Tout ce tapage pour le slam sans une seule référence à celui qui lui a donné ces lettres de noblesses . D’ailleurs à l’époque on n’appelait pas ça du slam mais du spoken word.
    « The Revolution Will Not Be Televised » fut ma première entrée dans l’univers Heron, il y a dans cet auteur la révolte cinglante de tout un peuple, il s’associe pleinement à l’avènement du be bop et plus tard du free jazz, émanation musicale des droits civiques et d’une prise en charge du peuple afro américain de son destin.
    Voilà ce que représente Gil Scott-heron pour moi : un porte parole, un éclaireur et un veilleur.
    Sa dernière prestation relève de l’audace : il n’a rien perdu, sa voix est empreinte de ses excès… Album à découvrir pour les néophytes, artiste à découvrir pour tout ceux qui aiment la culture afro-américaine.

  5. Au delà de tes commentaires sur Gil Scott Heron, (mon mec fan absolu ayant sauté les barrières à Nice pour discuter quelques instants avec lui), continue ton blog, ça fait du bien de te lire.
    Effectivement, Gil est un artiste, et cela vaut vraiment la peine d’entendre ses albums antérieurs.
    @+

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