par The Raveonettes
Sortie : 6 octobre 2009 Label : Fierce Panda Records Stéréotypes : (Noise-)Pop, Rock Liens : MySpace – Télécharger (mp3 / 9,49€)
« Kids wanna fuck, out in the street / Fun all summer long » (« Bang! »), les fidèles des Raveonettes seront peut-être un peu surpris d’entendre un truc aussi joyeux sortir de la bouche de Sune, la moitié masculine du duo danois dont le quatrième album sort mardi prochain. Toutefois, pas d’immenses surprises à attendre de ce disque, le son du groupe est toujours là, quasiment inchangé. 4 ans après l’excellent Lust, Lust, Lust, In and Out of Control confirme, s’il le fallait, les Raveonettes comme l’un des meilleurs groupe pop-rock actuel.
Il y a une espèce de « mouvement » qui se propage un peu partout aux Etats-Unis : la pop lo-fi. En gros ce sont des jeunes qui ne savent pas chanter, donc ils créent un son pourri pour pas que ça s’entende. Et faire passer ça pour un truc « cool ». Je trouve ça, dans la plupart des cas, particulièrement inécoutable. Certes, c’est nouveau, mais avec 3 centimètres de recul, je n’y vois souvent rien d’intéressant. Si ça vous intéresse, je vous conseille les Vivian Girls qui se détachent un peu du lot en termes de qualité et d’originalité.
Les Raveonettes font de la noise-pop hi-fi, si j’peux dire. Ils savent chanter, ce qui aide quand on se prétend chanteur, et ils ont leur son. Un son dont ils n’ont pas dévié d’un poil depuis Chain Gang of Love, leur premier LP sorti en 2003. On pourrait leur reprocher. On pourrait.
Les influences du duo sont claires. Elles sont dans le nom du groupe, qui est en fait un mot porte-manteau composé de The Ronettes, le groupe de filles patronné par le légendaire Phil Spektor, inventeur du « Wall of Sound » (un effet de réverb’ donnant au son une grande profondeur, ce qui permet de s’y immerger sans efforts) et de la chanson « Rave On! » de Buddy Holly, l’un des pionniers du rock’n'roll. Le groupe revendique également sa filiation avec le groupe-phare de la noise pop, Jesus and Mary Chain, ou encore Blondie.
Concrètement, ce mélange donne une pop immergée dans de brouillard fuzzy – moins omniprésent dans In and Out of Control, j’y reviendrai – qui crée une atmosphère très sombre, dramatique, comme avant un orage, lorsque les nuages deviennent de plus en plus noirs et qu’une sorte de tension homérique se crée. J’adore les orages. Là-dessus, Sune et Sharin collent leurs harmonies vocales et leurs mélodies pop ultra-accrocheuses, parfois carrément bubble-gum, d’où un décalage lorsque vous vous intéressez d’un peu plus près à leurs textes, qui n’ont jamais été aussi sombres que dans In and Out of Control. Viol, suicide, ruptures amoureuses, morts en tous genres… D’ailleurs les titres des chansons sont assez clairs. Certaines paroles sont très bizarres, j’ai pas cherché plus loin, mais Sune a apparemment un esprit assez torturé. Heureusement, c’est rarement aussi niais que, au pif, Indochine.
Mais parfois, c’est un peu trop… Euh… Bon disons que « Bang! », par exemple, c’est une chanson que je n’aime vraiment pas du tout. Peut-être qu’avec un peu d’alcool dans le sang, ça pourrait s’arranger, mais sinon, pas possible. Les Raveonettes se sont visiblement amusés à faire cette friandises bubble-gum, mais je trouve que ça gâche un petit peu le tableau.
Heureusement, la seconde chanson rattrape, et même plus que ça, ce début raté. « Gone Forever » est tout simplement l’une des meilleurs chansons de l’année, l’une des meilleures illustrations de ce son dont je vous parle depuis tout à l’heure. Tout y est. 3 minutes 36 secondes que je pourrais écouter pendant des heures et des heures. La mélancolique « Last Dance » ne m’avait pas particulièrement accrochée lors des premières écoutes, mais quelques jours plus tard je me suis surprise à la fredonner dans la rue. Que dire de plus à part « mission accomplie » ? Moins noisy que les autres, son refrain risque de rester dans un coin de votre tête pendant un moment, tout comme celui de « Boys Who Rape (Should All Be Destroyed) » chantée de manière quasi-enfantine par Sharin.
« Heart of Stone » me fait beaucoup penser aux Black Angels, avec en plus ce son de guitare caractéristique des Raveonnettes, typique aussi de la jangle pop des années 1960, celle des Byrds par exemple. Impossible de résister à ce riff. La recette n’est pas nouvelle, mais qu’elle est délicieuse quand Sharin et Sune sont aux commandes.
« Suicide », le premier single, est un peu décevante, je lui reproche à peu près la même chose que « Bang! ». Ils traitent le sujet de manière un peu cliché, pas originale du tout. Allez hop, je zappe car la suite est bien meilleure : « D.R.U.G.S. » est le morceau le plus dansant de l’album. La mélodie est certes un peu banale, mais absolument irrésistible et réminiscente de Blondie, ce qui est un moindre mal. L’influence des Smiths est palpable sur « Breaking Into Colors » tandis que « Break Up Girls! » rappelle avec fracas que les Raveonettes ont un statut de groupe de noise.
Car c’est vrai que ce sont bel et bien les mélodies poppy à souhait qui ont le beau rôle dans ce disque. J’ai donc un avis en demi-teinte : d’un côté j’adore les morceaux dans lesquels le duo fait ce qu’il sait faire de mieux, ce décalage entre la violence noisy des guitares et les mélodies pop parfaites, et d’un autre côté, quand ils font des trucs beaucoup plus dansants, je trouve ça cliché et moins plaisant. Ça ne concerne que 2 ou 3 chansons, mais ça suffit pour me donner l’impression que ce disque aurait pu être bien meilleur.
Je ne vais pas non plus chipoter, les Raveonettes livrent encore un fois un album solide, au moins 4 morceaux sont plus qu’excellents et seront en rotation continue dans mes oreilles pendant un bon bout de temps. J’espère que je pourrai leur mettre une meilleure note au prochain disque !
Clip audio : Le lecteur Adobe Flash (version 9 ou plus) est nécessaire pour la lecture de ce clip audio. Téléchargez la dernière version ici. Vous devez aussi avoir JavaScript activé dans votre navigateur.