May Day
par Peter Von Poehl

Année : 2009
Label : Tôt ou Tard
Stéréotypes : Pop, Folk
Liens : Site – MySpace – Spotify
Il faut que je vous dise un truc : j’ai plus de facilités à créer mon petit nid dans un univers sombre, dramatique ou tordue plutôt que dans une atmosphère joyeuse, souriante, pleines de couleurs vives, de levers de soleil, de happy ends et de toutes ces conneries. Non pas que je refuse de m’y installer, c’est juste que j’ai naturellement plus de difficultés. C’est plutôt commun je pense, il est toujours plus facile de voir le verre à moitié vide qu’à moitié plein, plus facile de critiquer négativement que positivement, plus aisé de se complaire dans le noir plutôt que d’affronter la lumière. Des centaines de films américains n’arrêtent pas de nous le répéter (Yes Man étant le dernier en date), avec souvent une niaiserie à pleurer, et parfois une justesse et une classe qui vous mettent une bonne grosse claque dans la tronche et vous donne envie de réaliser tous les projets que vous aviez mis en suspense. Seulement voilà, on va généralement au cinéma le soir, et une nuit plus tard, toutes les bonnes résolutions sont remises de nouveau à plus tard. Bref, passons.
Je suis donc plus sensible à la puissance qu’à la douceur. Et il y a une analogie qui viendra sûrement à l’esprit des plus obsédés sexuels d’entre vous, mettez-la donc de côté. Ou en veilleuse. Enfin oubliez ça. Quelqu’un a une corde ?
May Day a 14 titres, ce qui en fait l’album le plus long que j’ai écouté depuis quelques semaines (de peu, mais tout de même). Peter Von Poehl a apparemment beaucoup de sons et de mélodies qui lui traversent l’esprit, d’autant qu’il a aussi largement participé à l’élaboration de Outland, le deuxième album de Marie Modiano (j’ai d’ailleurs appris qu’ils s’étaient mariés, donc elle était un peu plus que « sa protégée » comme je l’avais senti dans ma chronique de l’album). De cette créativité pléthorique ne peut sortir que des perles pop comme « Near the End of the World » ou « Silent as Gold » (cette dernière m’ayant retourné les tripes, assurément une des plus belles chansons de l’année, écrite par Marie Modiano en plus). Ainsi l’album contient des longueurs, des chansons moins bonnes que d’autres, dont l’effet est moins instantané ou parfois… inexistant.
Toutes les chansons ont une classe folle, les arrangements sont magnifiques, mais j’ai trouvé assez facile de classer les chansons dans deux catégories : la première pourrait se nommer « chansons charmantes » et la seconde « chansons magnifiques ». Pour beaucoup, il suffit qu’une chanson soit charmante pour qu’elle leur plaise, mais pas pour moi : le charmant met très peu de temps à m’ennuyer. Le Prince Charmant m’aurait vite emmerdé et je me serais barrée avec le Grand Méchant Loup, si vous préférez.
Ces deux catégories sont pour moi assez distinctes donc je préfère ne vous parlez que de la seconde et de ce qui fait de ce May Day un très très bon disque qui squattera mon – tout neuf – lecteur mp3 pendant un long moment. Les cuivres et la pop, c’est risqué. Ca peut très vite être très « lourd » dans le sens musical du terme. En gros : trop d’instruments, trop de couches superposées… Sauf qu’avec Peter Von Poehl, qui est un vrai petit génie de la pop, ‘faut bien dire ce qui est, tout a l’air d’une simplicité déconcertante. Ses chansons vous explosent dans les cages à miel comme des bulles de savon, et, au risque de sonner comme une mauvaise pub pour de la lessive, Dieu qu’c'est bon !
Bon alors, il faut relativiser un peu. Il n’y a rien de particulièrement révolutionnaire, et je comprendrais aisément que vous trouviez May Day chiant à mourir, parce qu’il n’y a rien de moins rock’n'roll que Peter Von Poehl (il suffit de voir le clip de « Parliament » pour le comprendre). C’est un gentil garçon, qui ne fait pas de vagues, est un bon ami de Bertrand Burgalat et de Michel Houellebeck (mais non, ne fuyez pas voyons), est Suédois, intitule une chanson « May Day » parce qu’il l’a composée le 2 mai et qu’il était d’humeur printanière… C’est le gendre idéal, quoi. Alors forcément, pour moi qui préfère la puissance à la douceur, une bonne partie du disque ne m’a vraiment pas touchée.
Mais… mais voilà, il y a aussi « May Day », « Lost in Space », « An Eye for an Eye » qui s’ajoute à la liste des chansons magnifiques et qui ont réussi à me dompter, si j’peux m’exprimer ainsi. Ponctué de grands moments pareils, de lyricisme pop et de mélodies imparables, ce May Day, comme son auteur, a tout pour plaire.
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Ce Suédois a longtemps été victime de ma relative aversion pour la pop, largement nourrie par les radios FM dont je ne vous ferais pas le plaisir de nommer. On se tape quand même des merdes pop par convois entiers depuis une dizaine d’années. Mais voilà, j’ai retrouvé un goût pour les mélodies pop en retombant dans les Beatles, puis en ré-apprenant à apprécier de bons groupes pop contemporains (parfois français), et puis j’ai redonné sa chance à Peter Von Poehl dont la collaboration avec Marie Modiano m’avait plus que convaincue. Et voici son 2ème album, May Day, et la surprise est bonne.
Eddie Williamson – 4 avril 2009 – Lien à partager :