Critique de « Merriweather Post Pavilion » (2009) par Animal Collective

  • 14 janvier 2009
  • Par Eddie

Merriweather Post Pavilion (2009) Merriweather Post Pavilion

par Animal Collective

Domino – 2009

Album 5 étoiles

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Vous allez peut-être penser (même si j’en doute) que je m’éloigne un peu de ma « profession de foi » dans laquelle je déclare que je préfère laisser mûrir un album dans mes cages à miel avant d’en parler. Merriweather Post Pavilion est sorti lundi en CD (il y avait eu une méga-fuite sur le Net le 25 décembre, mais je suis passée à côté), je l’ai acheté hier, et je vous le chronique aujourd’hui. La raison est simple, et elle est matérialisée par les 5 petites étoiles rouges de là-haut.

J’appréhendais un peu d’écouter ce disque, je dois bien l’avouer, et ça m’embête de participer à mon tour à ce qui a généré cette appréhension : l’encensement de ce disque par plus ou moins tout le monde. Quand vous avez dans un coin de votre tête toutes ces louanges, z’avez l’impression que si vous n’aimez pas le disque, vous êtes pas normal(e). D’une autre manière, ça peut vous influencer, dans un sens comme dans l’autre, soit par esprit de contradiction, soit parce que vous êtes très influençable, et dans tous les cas parce que vous ne savez vous défaire de ce que vous avez lu ou entendu sur la musique que vous vous apprêtez à vous mettre dans les cages à miel. Donc si j’ai un conseil à vous donner : lisez cette chronique, et oubliez-la très vite !

Reprenons du début. Animal Collective, si je devais décrire leur musique de manière formelle, j’utiliserais à un moment donné les termes rock, pop, folk et électro. Autant vous dire que classer les bonhommes, c’est pas la panacée. Je crois que c’est ce qui caractérise l’avant-gardisme. Ils expérimentent, mélangent, créent, s’inspirent de tout, sont le genre de personnes à avoir une idée de musique en regardant le fond d’une poubelle vide ou une tache de vomi sur un mur. Rajoutez à tout ça une dose de psychédélisme et un intérêt certain pour tous les bruits de l’Univers, vous obtenez quelque chose de complètement original et parfaitement incroyable.

Ce qui surprend en écoutant leur musique et leurs paroles, c’est le nombre d’idées qu’ils y mettent. Chacun des 4 membres a une voix au sein du groupe, et ce doit être de manière exponentielle que les idées fusent. Toute la difficulté est alors de les regrouper en un ensemble homogène, concret et concis (toutes les pistes de l’album durent moins de 6 minutes, il n’y a pas de longues plages interminables où s’enchevêtrent idées et instruments en un ensemble conceptuel abstrait indéchiffrable). Il n’y a pas vraiment de singles qui se dégagent, il n’y a rien de « radiophonique », même si « My Girls » et « Brother Sport » sont les 2 chansons qui ont l’air de générer un certain consensus.

Melting-pot de sons et d’ambiances, jamais aggressif, toujours beau, harmonieux, sans aucun défaut (ce qui fait dire à plusieurs critiques que leur musique est parfaite, mais il ne faut pas abuser), les voix sont magnifiques, aucune chanson n’est lassante ou moins originale que les autres… Plus « pop » que d’habitude à certains moments, notamment sur « Brother Sport », Merriweather Post Pavilion ne perd en rien de la singularité qui caractérise tous les albums de Animal Collective (ça c’est de la phrase qui claque, non ?).

C’est beau, c’est même carrément somptueux sur à peu près toutes les pistes. C’est un de ces albums qu’on ne peut cerner à la première écoute, il y a trop de subtilités, trop de pistes d’écoute, trop de sons si admirablement imbriqués qu’il me faudra sûrement une cinquantaine d’écoute avant de pouvoir dire que oui, j’ai écouté Merriweather Post Pavilion. Il y a peu de groupes comparables, et peu de noms de groupes ont traversé mon esprit à l’écoute de ce disque. Unique, forcément. Je crois qu’on peut enfin parler d’un « son » Animal Collective, comme si comme par magie tout était devenu évident. Cet album ne sonne pas comme une révélation du talent du groupe (ça on l’avait remarqué au 1er album), ni une confirmation du talent du groupe (ça c’était le 4ème), mais comme la preuve éclatante et renversante du génie de ces New-Yorkais.

Grand album, grand, grand album. C’est étonnant car ceux et celles qui suivent l’évolution musicale d’Animal Collective le sentaient venir, il y avait comme une certitude partagée par tous les fans que cet album serait comme l’explosion finale, le moment où tout le boulot du groupe depuis 10 ans allait se concrétiser de manière flamboyante. Un peu comme une phase finale de Coupe du Monde de football, où dès les premiers matchs, on sait qu’on va aller en finale et gagner. C’est à la fois une immense joie et une délivrance, un soulagement (ok, j’exagère juste un peu).

Enfin Animal Collective tient son album qui deviendra culte. Joie !

Combien d’étoiles pour ce disque ?
[ratings]

PS : Je vous proposerai bien des extraits, mais je crois qu’il vaut mieux que vous écoutiez l’album en entier. Je ne suis pas encore sûre que la somme de ses parties soit aussi excellente que l’ensemble.

PS bis : Une très bonne et très longue interview de Avey Tare par Thomas Burgel des Inrocks : http://www.lesinrocks.com/musique/musique-article/article/animal-collective-linterview/

Il y a 16 commentaires.

  1. Pingback: tapemoi.com

  2. Très bonne (et longue) interview de Avey Tare sur le site des Inrocks : http://www.lesinrocks.com/musique/musique-article/article/animal-collective-linterview/

  3. Rectif: Je crois que c’est leur neuvième opus
    Sinon, très bonne chronique…
    Très bonne note!

    J’ai également écrit quelques lignes dessus, (youcanroll.blogspot.com)

  4. Pour l’instant j’accroche pas trop… Ca fait un peut pink-floyd par certains aspects (et j’aime pink-floyd) mais ça manque un peu de mélodie… Peut-être qu’en écoutant plus maybe… Parce que ta chronique donne envie d’écouter!

  5. (Commentaire avec pour environnement sonore « Daily Routine » et « Bluish »)

    Je partage vraiment ton avis sur cet album : j’ai aussi beaucoup aimé… on voyage un peu partout au fil des chansons.
    Ce voyage muscial permanent m’a fait penser à un album et à un groupe très sympas que je viens de découvrir : Mattafix et leur ‘Rhythm & Hymns’.
    Je ne sais pas si c’est connu ou non mais selon le moteur de recherche du Choix, tu n’en as jamais parlé, donc je te les recommande.

    Au plaisir de te lire,
    Zelittle.

  6. J’apprécie beaucoup le fait que le groupe ait à la fois une identité propre qu’on retrouve dans toute leur musique et un univers différent à chaque album.
    Cela dit je fais partie du petit groupe de personnes qui, bien qu’ils aiment beaucoup cet album, trouvent l’absence de Deakin un poil dommageable, rien dans l’album n’atteint pour moi les meilleurs moments de Feels ou Strawberry Jam. Et si l’album est probablement le plus homogène du groupe, rien ne m’hérisse le poil comme The Purple Bottle, Fireworks ou Leaf House.
    Reste qu’effectivement l’année commence fort entre ça, Neko Case, School of Seven Bells, Antony and the Johnsons, un Grizzly Bear qui s’annonce prometteur, Dark was the Night la meilleur compile de puis bien longtemps, un Orelsan qui met un coup de pied dans la fourmillière du rap français, un Franz Ferdinand sympatoche et un Beastie Boys non instrumental à venir (ce qui ne peut être qu’une bonne nouvelle).

  7. In reply to Nassim

    J’ai même pas encore écouté Dark Was the Night… tsss je manque à tous mes principes…

  8. ben ouais…
    après de telles louanges on a forcément envi d’acouter !
    et bien j’écoute 1 fois 2 fois …
    le début de l’album est prométeur mais au milieu ça part en sucette
    manque de mélodie à mon gout.

  9. belle chronique!
    j’aurais pas pu mettre comme toi 5* aux 1eres écoutes, il m’en a fallu un peu plus rentrer dans la « peau » de cette album rythmique, physique.
    ce disque fait parti des grandes réussites de cette superbe cuvée 2009 et passera surement encore sur mes platines pas mal d’année encore (enfin j’espére ;-)

  10. Ou comment faire assez intelligemment du neuf (?) avec du vieux (toute la scène psyché/rock/prog/pop/etc, fin 60’s, début 70’s) malheureusement le côté mélodique n’est pas à la hauteur des recherches d’arrangements proposées. Reste que l’écoute de l’ensemble demeure agréable, surtout tard le soir dans certains états, sauf le dernier titre assez indigeste.

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