Critique de « Secret Agent » (2009) par Tony Allen

Secret Agent (1969)Secret Agent

par Tony Allen

Album 4 étoiles
Sortie : 9 juin 2009
Label : World Circuit Records
Stéréotypes : Afrobeat, Jazz, Funk
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Tony Allen est inséparable de Fela Anikulapo Kuti. Il pourra faire tout ce qu’il voudra, inventer 36 000 nouvelles manières de jouer, quand vous avez contribué à créer un genre musical aux côtés d’un type comme Fela Kuti, ça vous poursuit toute votre vie. Tony Allen a été bien plus que le batteur de Fela, il a aussi été son directeur artistique et ami, malgré de grosses tensions en 1979, qui l’ont amené à quitter Africa 70, le groupe de Fela Kuti (qui comptait effectivement 70 personnes, même si la moitié ne faisait.. eh bien en fait ils ne faisaient rien). Il emporta avec lui une grande partie de ses membres, forma son propre groupe, et créa son propre style : l’afrofunk.

Secret Agent est un retour à l’afrobeat. Ce genre musical est un hybride de jazz, funk, musique Yoruba et d’autres styles de musique typiquement africains, à grand renfort de cuivres (trompettes, trombones, sax, etc…), propulsé par ce rythme incroyable qu’on peut considérer comme l’invention majeure de Tony Allen. En sachant cela, vous allez peut-être mieux tendre l’oreille pour essayer de comprendre ce qui fait le génie de ce type. C’est compliqué pour moi de vous expliquer en quoi c’est génial, parce que je suis ô combien loin d’être spécialiste. Mais il suffit vraiment de tendre l’oreille pour entendre que son jeu est différent de tous les autres. Tout se joue sur des subtilités, des trucs de technicien en fait, inaudibles pour les néophytes, et très largement influencés par le jazz.

Il n’y a aucun solo de batterie dans Secret Agent, rien qui mette Tony Allen plus en avant que n’importe quel autre musicien de son groupe. Il est là, il impose tranquillement sa marque, magnifie le travail des autres par son travail sur le rythme, sans que personne ne s’en aperçoive vraiment. Il est comme le type qui nettoie un diamant pour nous en révéler la pureté.

Secret Agent ne déroge pas à la règle qui s’est établie depuis le milieu des années 1960 lorsqu’il rencontra Fela Kuti : c’est juste excellentissime. Laissons tout de suite de côté le seul défaut de ce disque : quelques pistes traînent vraiment un peu trop en longueur et deviennent assez répétitives. Mais c’est bien la seule chose qu’on peut reproche à Secret Agent. Ah si, peut-être l’absence de Fela, ou tout au moins d’un vrai grand chanteur. Etant donné l’impossibilité de la chose (Fela est décédé en 1997), Tony Allen s’est entouré de plusieurs chanteurs/euses, dont Ayo qui pose sa superbe voix sur 4 titres (« Ijo », « Nina Lowo », « Ayenlo » et « Atuwaba ») ainsi que le très bon King Ododu qui apportent chacun/es leur petite touche à ce nouvel édifice afrobeat. À noter également la guitare du Camerounais Claude Dibongue qui « fait le boulot », ai-je envie de dire, et ce de manière remarquable.

Je pense avoir écouté tous les albums que Fela Kuti et Tony Allen ont fait ensemble, et je peux très honnêtement vous dire que ce Secret Agent n’a rien à envier aux meilleurs d’entre eux.

L’afrobeat est une musique sur laquelle danser. En ce sens, Tony Allen est un des plus grands quand il s’agit de vous faire remuer en rythme tout ce que vous avez de remuable. Il a bourlingué avec des jazzmen, des rockeurs, des électriciens (comme on appellent ceux qui font de l’électro ?!) et créé plusieurs styles hybrides, vous vous doutez donc bien que ce disque est loin d’être un modèle d’homogénéité stylistique. En d’autres termes : c’est super-coloré, ultra-varié, tendant parfois un peu plus vers la soul, d’autres fois vers le funk, d’autres fois vers le jazz (c’est d’ailleurs ces fois-là qui sont un peu emmerdantes à la longue, mais on lui pardonne)…

Les paroles traitent de sujets malheureusement habituels : la corruption des hommes politiques, l’emprisonnement injuste des opposants politiques, des appels à la résistance contre les injustices sociales, des appels à l’union des cultures et des peuples… Mais quand ils ne sont pas portés par quelqu’un d’aussi persuasif et possédé que Fela Kuti, ces textes perdent de leur puissance.

Secret Agent s’impose donc comme un des excellents albums d’un genre qui ne cessera de me fasciner. Une fois que vous avez goûté à l’afrobeat, c’est vraiment très dur de s’en passer. En ce sens, ce disque est un fixe absolument dé-li-cieux.

[audio:http://2w.radio.free.fr/wjkbx/sons/ijo.mp3|titles=Ijo|artists=Tony Allen]
[audio:http://2w.radio.free.fr/wjkbx/sons/ayenlo.mp3|titles=Ayenlo|artists=Tony Allen]

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