Terra Incognita
par Juliette Lewis

Sortie : 31/08 (Web), 28/09 (CD, France)
Label : Roadrunner
Stéréotypes : Rock
Liens : MySpace – Acheter
Juliette Lewis a toujours été dans mon esprit « l’actrice de Tueurs-Nés« , et ce malgré ses 3 disques avec The Licks. L’explication est simple, ces derniers m’ont beaucoup moins marquée que le film ; mais pour Terra Incognita, c’est différent. Elle n’a pas sorti de films cultes récemment, elle s’est séparée des Licks pour s’adjoindre les services d’un nouveau groupe, The New Romantiques, et de Omar Rodriguez Lopez, leader de The Mars Volta (que j’adore). Sachant tout cela avant d’écouter le disque, j’étais prête à donner sa chance à la rockeuse californienne.
Je n’ai jamais été très enthousiaste vis-à-vis de Juliette and The Licks. Evidemment, une fille féroce qui envoie du rock’n'roll rageur, vous vous doutez que ça a tout pour me faire plaisir. Avec en plus la voix abîmée que se trimballe Juliette Lewis… grrr. Le truc, c’est que j’ai toujours trouvé qu’il leur manquait quelque chose. J’suis un peu comme tout le monde, j’ai tendance à juger un peu plus sévèrement les actrices qui se lancent dans la musique, parce que j’me dis qu’elles auront plus de facilité que d’autres groupes, parfois meilleurs, et ce grâce à leur nom. Toutes ces considérations s’évaporent en écoutant par exemple « Smash and Grab » (go), parce que c’est juste du bon rock’n'roll de derrière les fagots. Mais Juliette and the Licks n’ont jamais réussi à se détacher du lot, et Juliette à se détacher de son pedigree d’actrice-chanteuse.
Terra Incognita devrait changer tout ça. Ou au pire, les gens vont commencer à la prendre un peu plus au sérieux. Le seul souci étant que le nom d’Omar Rodriguez Lopez va forcément apparaître de manière prédominante dans toutes les critiques et toutes les discussions concernant ce disque. Oui, ça s’entend qu’il y a un mec de The Mars Volta derrière les manettes. Et ça s’entend même beaucoup, comme sur « Female Persecution » ou « Junkyard Heart ». Un son très puissant, des guitares psyché, une atmosphère sombrissime (il y a même un petit solo de guitare dans la deuxième !)… j’m'attends presque à un cameo de Cedrix Bixler-Zavala !
Ce morceau, que je trouve moyen, précède d’ailleurs « Uh Huh », le seul mauvais morceau du disque, qui ressemble à un de ces trucs formatés qu’on peut trouver sur un album de Green Day, c’est dire. J’me suis même dit à un moment que c’était peut-être une parodie, ou quelque chose dans le genre. Mais rassurez-vous, c’est vraiment le seul mauvais morceau. Et de loin. Bon, « Suicide Dive Bombers » est un peu en-deçà du reste également. Voilà pour les points négatifs.

Reprenons maintenant au début : Terra Incognita possède une « Intro » d’une minute où l’on découvre une Juliette Lewis… comment dire… différente. Cette intro met les choses au point : elle a un nouveau groupe, un nouveau producteur, son disque s’appelle « territoire inconnu »… Juliette Lewis ne se contente plus d’hurler, elle chante. Okay, okay, elle ne faisait pas qu’hurler dans ses précédents disques, mais vous m’avez comprise. Sur ce disque, c’est sa technique vocale qui impressionne, et non plus seulement sa puissance. Elle sait se faire violente et implacable sur « Noche Sin Fin », Joplin-esque sur le déliciiiiieux blues de « Hard Lovin’ Woman », naïve et presque enfantine sur le très dreamy « Romeo »… Là où Juliette & The Licks manquaient de substance, de variété, Juliette & The Romantiques font preuve d’une capacité à s’approprier plusieurs styles, que ce soit du rock brûlant, du blues, du pop-rock…
Rarement très original, mais qu’est-ce que c’est bon. Juliette Lewis dit de ce disque qu’il embrasse beaucoup plus de facettes de sa vie émotionnelle que les précédents. Un divorce et quelques déceptions amoureuses sont passés par là. « Romeo », qui concerne donc vraisemblablement un de ses ex, est sans doute le morceau qui symbolise le plus le virage musical qu’a pris la Californienne. Ce morceau n’a tout simplement rien à voir avec tout ce qu’elle a pu enregistrer précédemment. Guitare bluesy, voix (presque) lisse… On est loin sur ce morceau de la punk-rockeuse féroce ! La batterie fait sursauter (si vous avez le son à fond) et la voix habitée de Juliette Lewis continue de surprendre par sa précision (et sa retenue).
La production étant signée par un membre de The Mars Volta, vous savez tout de suite qu’il faut écouter Terra Incognita avec le volume poussé un peu plus fort que d’habitude pour mieux apprécier la manière avec laquelle le bonhomme imbrique ensemble le son des guitares, la subtilité de ses petites astuces musicales qui donnent envie de réécouter chaque morceau (et plus particulièrement « Ghosts », qui est ma préférée) des dizaines de fois, juste pour ne rien manquer.
Il n’y a pas de très grands morceaux ou de singles évidents (même si j’me doute qu’il s’agira de « Terra Incognita », parce qu’il s’écoute extrêmement facilement et qu’il y a dans les paroles quelque chose qui ressemble à : « here we go all the way down to the USA » ; c’est pas exactement ça, mais sa voix est noyée sous les guitares à ce moment de la chanson), mais l’album est extrêmement consistant et varié. C’est la sa principale qualité, celle qui vous sautera aux yeux si vous avez suivi la carrière musicale de Juliette Lewis.
S’il y avait une seule personne à qui ce disque me fait penser, c’est PJ Harvey. Et ce n’est pas un petit compliment. Juliette Lewis réussit son coup avec Terra Incognita, indéniablement. Bien aidée par un ORL (désolée, il fallait que je la fasse celle-là) toujours aussi bon, qui a su répondre aux envies de changement de Juliette Lewis. Celle-ci ira défendre ce nouvel album sur scène, et vous ne la verrez sûrement pas faire ça. C’est pas encore le « disque de la maturité », parce que, hé!, c’est quand même Juliette Lewis ! Je n’avais jamais été enthousiaste vis-à-vis de Juliette & The Licks, ce n’est pas le cas avec Juliette & The New Romantiques (& ORL).

NB : Terra Incognita est en écoute intégrale sur le MySpace de Juliette Lewis.

Juliette Lewis a toujours été dans mon esprit « l’actrice de Tueurs-Nés« , et ce malgré ses 3 disques avec The Licks. L’explication est simple, ces derniers m’ont beaucoup moins marquée que le film ; mais pour Terra Incognita, c’est différent. Elle n’a pas sorti de films cultes récemment, elle s’est séparée des Licks pour s’adjoindre les services d’un nouveau groupe, The New Romantiques, et de Omar Rodriguez Lopez, leader de The Mars Volta (que j’adore). Sachant tout cela avant d’écouter le disque, j’étais prête à donner sa chance à la rockeuse californienne.
Eddie Williamson – 30 août 2009 – Lien à partager :