Critique de « Swim » (2010) de Caribou

  • 8 décembre 2010
  • Par Eddie
Caribou
Swim
Label : Merge / City Slang
Sortie : 19 avril 2010
Stéréotypes : Electronica

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Voici l’album que j’ai le plus écouté cette année, sans l’ombre d’un doute. Ce fut difficile, au départ seule « Odessa » me plaisait, vous avez d’ailleurs pu la retrouver dans ma playlist de l’été. Caribou, anciennement connu sous l’alias Manitoba (qu’il a du abandonner en 2004 pour des raisons légales), est un artiste canadien (vous vous en doutiez) et docteur en mathématiques. Ouais, moi aussi ça m’a surprise. Et attendez de lire le nom de sa thèse : Overconvergent Siegel Modular Symbols (pdf). Sexy, non ? Je n’ai même pas essayé de traduire la bête en français, je ne comprends qu’un mot sur quatre. Avec cette nouvelle information, et si vous ne connaissez pas son style, vous pourriez prendre peur : « un producteur d’électro qui adore les maths, ça doit donner un truc ultra-complexe et cérébral, où chaque bip a un sens philosophique caché… ». Eh bien les enfants, vous auriez tort.

Depuis avril, Swim est dans mon lecteur mp3. Ce dernier a volontairement un espace de stockage limité (2Go) pour me forcer à faire régulièrement le tri, son contenu varie donc d’une semaine à l’autre. Cet album a donc eu le temps de faire son trou, il s’est acheté une piaule, le wifi, j’crois même qu’il s’est passé des choses entre lui et Admiral Fell Promises de Sun Kil Moon. Bref. Ce que fait Caribou, c’est une musique électro d’une classe incroyable et d’une accessibilité rare. Oublié que c’est un petit génie des mathématiques, c’est d’abord un formidable mélodiste.

Les machins techniques me passent complètement au-dessus, ce qui compte pour moi ce sont les mélodies, la voix et les ambiances qu’il arrive à créer, les émotions qu’il arrive à partager. J’pourrais vous parler de beats, de boucles, d’enchaînement de j’sais pas trop quoi, je laisse ça à Pitchfork, où vous pourrez lire des trucs du genre : « harshly juxtaposed interplay of beats », « punch-drunk club music » ou « tech-house throb ». Je n’ai aucune idée de ce que ça veut dire, et vous ?

J’aimerais vous parler d’abord, dit-elle après deux paragraphes, de « Sun ». Vous pouvez l’écouter ci-contre, je vous laisse le temps de cliquer sur le bouton de lecture.

C’est bon ?

Imaginez-vous dans un TGV. Il est 18h, vous êtes en deuxième classe (vous êtes pauvre), côté fenêtre, après une longue journée à gambader un peu partout, à stresser pour votre boulot, votre famille, vous n’avez plus un poil d’énergie, de mana, de peps, bref, vous êtes sur le point de vous effondrer de fatigue sur la vitre à votre gauche. Et là vous vous rappeler que vous avez acheté légalement cet album à la jolie pochette – ressemblant un peu au logo votre webzine préféré – qui vous a été conseillé par, disons, votre webzine préféré. Parce que vous faites confiance à votre webzine préféré (ok, j’arrête), vous décidez de l’écouter maintenant parce qu’en arrivant chez vous, les soucis vous reviendront en pleine face et vous n’aurez plus le temps de penser à satisfaire vos oreilles.

Vous avez déjà entendu « Odessa » quelque part et décidez de passer directement à « Sun ». Nous sommes en été, le soleil est encore haut à cette heure-ci. Ses rayons frappent votre visage au gré des arbres plantés le long des rails. En temps normal ça vous aurez énervé, cette impression d’avoir en face des yeux une lampe-torche dans les mains d’un gosse de 5 ans. Mais « Sun » vous a déjà englobé et les rayons du soleil ne sont plus une source d’emmerdement mais une nouvelle composante du morceau. A ce moment-là vous n’êtes plus dans ce TGV, le connard de derrière qui parle à sa mère au téléphone a été éjecté du train dans le tas de bouse du champ d’à côté, le bébé qui hurle et s’étrangle dans sa morve est mort d’une rupture d’anévrisme en même temps que sa mère, bref, vous êtes enfin tranquille. C’est encore mieux qu’un rêve.

Un petit défaut de ce disque, qui a bien été relevé par Benjamin, c’est le côté « froid » de certains titres. Je parlais là-haut d’un album à l’accessibilité rare. C’est vrai, il s’écoute aussi facilement qu’on entre dans un bain à 25°C. Mais pour vivre ce disque, il faut fermer MSN, Twitter, GMail, votre porte et vos fenêtres, tuer le bébé d’à côté* et laisser votre esprit se balader librement.

En ne prenant en compte que mon expérience personnelle, j’pense qu’il y a un petit effort d’immersion à faire. Un peu comme lorsque vous êtes dans votre bain et que vous vous immergez volontairement pendant quelques instants. Mon expérience avec « Sun » était plus une coïncidence qu’autre chose. Dan Snaith ne vous y pousse pas, sa voix est toujours en retrait par rapport à la musique. Il n’essaye de pas de rivaliser vocalement avec elle, c’est impossible, il préfère plutôt l’accompagner et proposer une histoire, des mots sur lesquels on peut construire nos propres scénarios. A la fin de l’album, Luke Lalonde, le chanteur des Born Ruffians, essaye de rivaliser de majestuosité avec la musique de « Jamelia » et y parvient… de temps en temps.

Il y a peu d’albums sortis cette année que j’ai qualifié d’incontournables, celui-ci en fait évidemment partie. Mes morceaux préférés sont « Odessa », « Sun », « Leave House » et « Bowls », quoique vous décidiez, ne passez pas à côté de ces morceaux-là. Et si vous prenez souvent le TGV, cet album va peut-être devenir votre meilleur compagnon de voyage !

* Je plaisante, hein. C’est juste que les bébés et moi ne sommes pas en bons termes en ce moment.

Il y a 8 commentaires.

  1. J’ai remarqué beaucoup de meurtres d’enfants dans ce billet, ça sent l’expérience quotidienne des braillards.
    Je me suis toujours limité à Sun et Odessa, mais tu m’as donné envie d’aller voir un peu plus loin. J’avais déjà le précédent album, et bien que je l’avais aimé, je n’ai pas pensé une seule seconde à me procurer celui-ci. Je crois que ça ne saurait tarder. ^^

  2. Je trouve ça trop froid et en même temps j’ai aussi envie de faire confiance à mon webzine préféré… je suis dans le paradoxe là :)

  3. In reply to Benjamin F

    Ha ! :D

    Cet album fut une histoire de contextes pour moi, ces morceaux m’ont accompagné tellement longtemps ! Je les ai gardé au chaud pendant des mois et petit à petit je me les suis appropriés.

  4. J’avoue, j’adore Odessa mais je n’ai pas accroché au reste (un peu comme pour Andorra et She’s the One), mais je vais faire confiance à mon second webzine préféré (bah ouais, je ne vais pas trahir indiepoprock, j’écris pour eux quand même) et je remets ça illico dans mon ipod.

  5. Bon alors je n’ai peut-être pas assez écouté l’ensemble de l’album mais je ne suis pas complètement convaincu. Par contre, Sun… Une claque terrible. Même hors TGV ! Addictif, tout simplement. Dans des registres différents, ADSL de 16bit ou Berlin call de Von D (sur la dernière compile de Gilles Peterson) m’ont fait le même effet récemment. Et comme Sun, ça s’écoute en boucle.

  6. C’est vrai que l’album est pas mal du tout. Surtout à mesure que les pistes se succèdent et qu’on atteint la fin (chose rare).

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