Cymande – Cymande (1972)

  • 15 avril 2009
  • Par Eddie

Cymande (1972)Cymande

par Cymande

Album 5 étoiles
Année : 1972
Label : Collectables
Stéréotypes : Funk, R&B
L’album est à écouter en bas de cette page

Leur premier album des Londoniens de Cymande est totalement cool. Le mot est pas pris au hasard : ce disque déborde d’aisance. Quand j’ai appris que c’était leur premier album, ça m’a plus ou moins mise sur le cul. C’est pas possible. Le groupe s’est formé en 1971, ce disque est sorti en 1972, et tout est déjà parfaitement en place, tout coule de source, il y a 4 des plus grands titres de funk que je connaisse et une aisance, une aisaaaance tout du long complètement démentielle !

Tous les musiciens de Cymande sont originaires des Antilles, de Guyane (à ne pas confondre avec la Guyane française) ou de Jamaïque. Profondément inspiré par le calypso, l’ancêtre du ska, puis du rocksteady, puis du reggae. C’est même plus qu’une influence sur « For Baby Woh » qui est un vrai morceau de calypso ! L’autre grosse influence est la religion rastafari : le nom du groupe est un dérivé d’un mot de la « langue » calypso (alors je suis pas spécialiste, mais il y aurait une sorte de langue calypso, mélange de créole et d’un tas d’autres langues, je n’en dis pas plus) pour le terme « Dove » qui symbolise « paix et amour ». Je sais pas si vous avez suivi, toujours est-il que ces Britanniques-là sont sous inspiration rastafari, si vous voyez ce que je veux dire.

Ils prennent leur temps, ne sont pas du tout dans l’urgence, et évoluent dans un univers musical dont ils semblent déjà maîtriser toutes les ficelles. « Dove » est tout simplement monumental : un morceau d’anthologie de 11 minutes, où Cymande est, déjà, au sommet de son art. Si vous connaissez « Soul Sacrifice » de Santana, interprété à Woodstock, c’est du même calibre, en plus relaxant, presque une invitation à la méditation. Tout s’enchaîne sans accroc, le guitariste est sur une autre planète, tout est d’une fluidité incroyable… Wow, quoi.

Deux morceaux, « The Message » et « Brothers on the Slide » vous diront forcément quelque chose, tant ils ont été samplés par la suite, tout comme « Bra », samplé par De La Soul, et qui me fait penser au meilleur de Sly and the Family Stone. Même « Dove » sera samplé par les Fugees. Je comprends les sampleurs : les lignes de basse de « The Message » et « Brothers on the Slide » d’une évidente simplicité sont juste à tomber par terre et font de ces morceaux des classiques instantanés. Même si la critique de l’époque a été un peu frileuse à les déclarés comme tels, les sampleurs des années 1980 ne s’y tromperont pas, et même MC Solaar s’en servira pour son « Bouge de là ».

Les membres de Cymande font preuve d’une maturité musicale à toute épreuve : ils maîtrisent le jazz, le funk, les rythmes reggae (ce qu’on appelle les percussions Nyabinghi, instrument privilégié lors des rituels rasta, sont présentes tout au long de l’album), le rock (ce n’est pas voir du Hendrix partout que de le citer comme influence)… Rappelez-vous, on est en 1972 et en Angleterre ! La spiritualité et le rock sont encore très copains, James Brown et ses JB’s sont cités par Miles Davis comme influence… Le premier album de Cymande est d’une certaine manière représentatif de cette époque scintillante pour la musique : les grands artistes du funk, du jazz, de la soul, du rock s’admirent et s’inspirent entre eux, se piquent des idées, des riffs… À y réfléchir de nouveau, dans de telles conditions, il n’est pas si étonnant qu’un nouveau groupe comme Cymande réussissent un coup de maître comme cet album !

La toute fin du disque (les 4 dernières pistes) est plus traditionnelle et beaucoup plus marquée par l’influence rasta : tout est centré sur les percussions et les paroles vantant la paix, l’amour, Zion (le Nirvana des rastas, pour faire simple), Haïlé…

Le premier disque de Cymande est une vraie merveille. Joyeux, positif comme on s’y attend en écoutant un disque de funk sous inspiration rasta, mais cet album est avant tout une réussite technique incroyable. Un joyau de maîtrise, d’aisance… et comme un des membres s’écrie à la toute fin de « Anthracite » : « Beautiful ! »

Votre avis ?
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Il y a 2 commentaires.

  1. album essentiel et pourtant méconnu, ça fait plaisir de lire cette chronique

    A quand la chronique sur un album des immenses Mandrill?

  2. Yo, le titre “Brothers on the Slide” ne serait pas plutôt sur leur 3eme LP intitulé « Promised heights »… :)

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