Critique de « Scary Monsters… (and Super Creeps) » (1980) de David Bowie

Scary Monsters (and Super Creeps) (1980)Scary Monsters _

par David Bowie

Album 4 étoiles

Sortie : 12 septembre 1980
Label : Virgin
Stéréotypes : Rock, New Wave
Liens : SiteTéléchargerSpotify

Le David Bowie Blog Tour 2009 est arrivé à point. Vous avez peut-être remarqué que je n’ai pas encore écrit de chronique sur un des albums de Bowie. Une des raisons, c’est que je ne savais pas lequel choisir. En fait, comme pour les Stones, j’écoute plus facilement mes chansons préférées du Thin White Duke plutôt que tel ou tel album. Après que Xavier m’ait offert à chroniquer Scary Monsters je me suis replongée dans la disco du monsieur pour me faire un avis sur cet album considéré comme le dernier grand disque de Bowie.

C’est assez effrayant, sans jeu de mots, de s’attaquer à Bowie. Son œuvre est tellement immense, comme celle d’un peintre, avec des périodes artistiques, forcément très différentes les unes des autres, des personnages… Il a marqué tant de styles, en a sûrement créé quelques-uns au passage, influence le travail de tant d’artistes que j’adore… J’ai toujours eu l’impression qu’il fallait connaitre la carrière, la vie, les ambitions du mec sur le bout des doigts pour pouvoir en parler correctement.

Je pense toujours que c’est un peu le cas, pour comprendre son évolution artistique, les thèmes abordés d’un album à l’autre. Mais vous n’avez pas besoin de tout ça pour apprécier n’importe lequel des albums de Bowie. De plus cet album est bien plus accessible et appréciable que la brochette de disques franchement inécoutables qui suiveront. Scary Monsters (and Super Screeps) sonne comme la conclusion réussie – sans pour autant repousser encore plus loin les limites de son génie – d’une décennie 70 marquée par la folie créatrice de Bowie.

Beaucoup d’entre vous associent très vite David Bowie et Ziggy Stardust. C’est mon cas, je l’avoue, The Zise and Fall of Ziggy Stardust est un de mes albums préférés. Toutefois en 1980 on est 10 ans après la création de ce personnage, décédé en juin 1973, il faut donc l’effacer de vos esprits pendant un moment ! Et oui, on est dans les années 80, mais attention, aucune mélodie bas de gamme ou overdose de synthétiseurs ici, c’est Bowie mesdames-messieurs.

Scary Monsters arrive après la trilogie Low/ »Heroes »/Lodger, marquée par les expérimentations avant-gardistes de Bowie et Brian Eno, une ambiance et des textes très sombres, et avant Let’s Dance, dont vous connaissez la chanson-titre. On trouve les racines de cette dernière dans un morceau très dansant (et très ironique) comme « Fashion ». De la trilogie berlinoise, on retrouve dans Scary Monsters l’écriture torturée de Bowie. Il transforme même Major Tom en junkie sans espoir dans « Ashes to Ashes ». En fait, comme son nom ne l’indique pas du tout, cet album possède des moments franchement perturbants, à commencer, pour faire original, par la première piste, où l’on comprend comme souvent beaucoup de choses rien qu’en écoutant la manière de chanter, lointaine, pleine de hurlements (de peine?), de Bowie.

Il y a peu de moments de répit, la pression intense imposée par l’Anglais ne retombe presque jamais. L’impression d’être prise par la main dans un univers un peu tordu, de ne pas pouvoir faire autrement que de se laisser guider, prédomine, comme très souvent dans ses albums des années 70. Que ce soit dans dans la balade spatiale « Ashes to Ashes » – qui semble sortir tout droit de Space Oddity – ou en retournant sur Terre avec « Fashion » puis l’épique et romantique « Teenage Wildlife », qui me fait toujours penser à « Heroes » (elle est assez similaire musicalement, avec des paroles tout aussi personnelles et anthémiques).

Liste de lecture
    1. It’s No Game (No. 1)
    2. Up the Hill Backwards
    3. Scary Monsters (and Super Creeps)
    4. Ashes to Ashes
    5. Fashion
    6. Teenage Wildlife
    7. Scream Like a Baby
    8. Kingdom Come
    9. Because You’re Young
    10. It’s No Game (No. 2)

Ces 3 morceaux sont les meilleures, le cœur du disque. « Scream Like a Baby » me plaît moins, très (comprendre : trop) new wave, donc encore une fois en avance sur son temps. Très intense aussi, puisque la scène se passe dans une prison politique. Le « puisque » fait sonner ça comme une évidence, j’sais pas si c’est pareil pour vous, mais j’ai l’impression qu’il pourrait y avoir un clip pour chaque chanson de Bowie. À chaque fois il narre une histoire, en l’occurrence celle d’un certain Sam, et s’échine à créer autour de celle-ci une ambiance, par tous les moyens possibles. Et ça marche tout le temps. Certes ce morceau, comme « Kingdom Come », me plaisent moins, mais il faut reconnaître à Bowie cette capacité incroyable à mettre en scène dans ma tête de vrais petits court-métrages.

« Because You’re Young », avec un certain Pete Townsend à la guitare, et le dernier grand morceau de cet album, que j’ai véritablement découvert en préparant cette chronique, avec son riff imparable, presque funk, et des paroles parmi les meilleures de Bowie : « It’s love back to front and no sides – like I say, these pieces are broken – like I say, these pieces are broken. Hope I’m wrong but I know…because you’re young, you’ll meet a stranger some night. So I’ll dance my life away – a million dreams, a million scars » (vous avez dit « Let’s Dance » ?).

Je ne sais pas trop pourquoi ça a merdé par la suite. Il a simplement décidé de changer de direction, comme tout grand artiste qui a peur de se répéter ou de tomber dans la facilité. C’est tout à son honneur, et de toute façon après The Rise and Fall of Ziggy Stardust, il pouvait faire n’importe quoi, même créer un boys-band, je ne lui en aurais pas voulu.

Scary Monsters est un excellent album. Pas mon préféré de Bowie, c’est sûr, il n’invente ou ne se réinvente pas vraiment, mais nous livre encore une fois un disque intéressant à tous points de vue, cohérent et accessible, le tout à la hauteur de son génie créatif. Si vous êtes fan de David Bowie, vous l’avez déjà, pour ceux et celles qui découvrent, n’oubliez pas le dernier grand album de Zigg… euh… de Bowie ! (il est temps que je décroche ce poster)

Le David Bowie Blog Tour 2009 must go on, donc je vais refiler la patate chaude à un blogueur ou une blogueuse :)

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Il y a 8 commentaires.

  1. C’est gentil mais je ne participe jamais à ce genre de projet, ne m’en veux pas.
    (un peu de lecture quand même : http://kmskma.free.fr/2007/09/248-low-profile-david-bowie-breaking.html)
    (et ça ne veut pas dire que je ne causerai pas de Bowie un jour ou l’autre)

    Sinon le dernier grand album de Bowie c’est Outside.

  2. Hey, j’ai l’impression que nous sommes assez en phase sur cet album (tout comme sur Heathen, suite à ton commentaire sur BL). Je me montre moins enthousiaste sur Ashes sur Ashes, et plus sévère sur « Teenage Wildlife », qui est un bon morceau mais vraiment une redite de Heroes (nous l’avons d’ailleurs tout les deux noté).

    Pour ton paragraphe intoductif, ce que m’aura fait découvrir ce Bowie Blog Tour, c’est qu’on peut justement aborder chaque disque qu’il a fait en le détachant de l’historique Bowie. c’est une manière de les écouter qui est aussi très intéressante…

  3. J’oubliais, merci pour ce bel article ;)

  4. Le dernier grand disque de Bowie est Reality.

    Scary Monsters est excellent bien sûr mais pas aussi excitant que ses prédécesseurs. C’est peut-être pour ça que Bowie a ensuite cherché à faire quelque chose de « différent »…

  5. j’aime aussi beaucoup ce disque bizarre,
    remplis d’échos comme tu le dis bien.

    Fashion est une des premières chansons que j’ai connu de Bowie, je devais avoir 7-8 ans, c’est franchement génial de découvrir un truc aussi barré à cet âge ^^
    Ziggy c’est venu plus tard, à l’adolescence.

    Quant-à Because you’re young, et son riff de malade, il en a suffisamment traumatisé pour que le premier album de Suede s’en inspire entièrement, mais toi tu étais peut-être encore un peu jeune en 1992 ;-)

  6. In reply to arbobo

    C’est fou, tout le monde me parle de Suede récemment, il faut que j’aille écouter ça

  7. disons qu’en chroniquant cet album, c’était inévitable qu’on t’en parle ^^
    mais tu connais peut-être Brett Anderson s par ses projets ultérieurs

  8. « C’est assez effrayant, sans jeu de mots, de s’attaquer à Bowie. Son œuvre est tellement immense, comme celle d’un peintre, avec des périodes artistiques, forcément très différentes les unes des autres, des personnages… »
    D’autant plus que Bowie est un roi au panthéon des hipsters. C’est un très grand artiste certes, mais la fascination qu’il exerce relève autant de sa musique que du personnage lui-même, cette sorte de faiseur de tendance ultime, apôtre du bon goût.
    J’en parle ici http://unjouravec.net/2010/01/music-war-hipsters-vs-the-world/

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