HEAR HUMS – Opens (2012)

  • 7 juillet 2012
  • Par Eddie

HEAR HUMS
Opens

(Inner Islands, 2012)

par Eddie

La plupart des groupes qui sont comparés à Animal Collective sonnent comme une bande de hippies qui tapent sur tout ce qui passent à leur portée en s’habillant avec les nappes de table de leurs parents et participant à des cercles de congas dans des appartements de Brooklyn en fumant du chanvre à la menthe et qui adoraient les cours d’arts plastiques au collège là où toi tu cherchais juste à faire passer le temps en peignant le dos de ton voisin. Ou en tout cas c’est, d’un point de vue extérieur complètement subjectif et un peu fatigué, l’idée que j’en ai. Aussi, je viens de voir l’épisode de la saison deux de Six Feet Under où Claire passe un week-end chez sa tante Sarah. Ceux qui ont vu la série comprendront, désolée pour les autres. J’aurais bien aimé lire comment un Lester Bangs aurait défoncé ce type de groupes, tenez, ç’aurait été drôle.

Vous l’avez compris, je ne suis pas du tout une personne particulièrement portée sur la musique expérimentale. J’aurais plus tendance à adopter cette position très sarcastique et peu productive qui consiste à refuser d’écouter car je « sais » très bien que ce sera encore un truc bizarroïde qui ne me fera ni chaud ni froid et que je ferais mieux d’aller réécouter un bon morceau de rock facile à aborder. Bref, tout ça pour vous dire que je ne suis pas particulièrement à l’aise pour expliquer pourquoi ce disque des Hear Hums me plaît : imaginez que vous êtes venus voir un concert de votre groupe rock préféré et que vous vous retrouverez pas un concours de circonstances qu’il pourrait être marrant d’imaginer mais on est pas là pour ça que vous vous retrouviez dans un concert de musique tribale, entouré de gens qui correspondent à la description faite dans la première phrase de ce texte (je n’ose plus parler de critique d’album à ce stade). Parce que vous n’avez pas grand-chose d’autre à faire et que vous avez l’esprit vaguement aventureux, vous décidez de rester et au bout de 20 minutes vous vous dites « mmh, c’est pas trop mauvais » (et vous ne parlez pas de ce petit cake qu’on vous a donné à l’entrée). Voilà à peu près ce que je ressens.

J’exagère. Après tout, j’ai déjà écrit sur Animal Collective, et la musique de ce jeune (20 et 21 ans) duo de Floride est souvent comparée à celle des premiers albums de ces hipsters-heroes. Et puis il y a eu Gremlins récemment. Je suis donc plutôt open à ce genre de musique, et cela ne cesse de m’étonner. Comment expliquer que le troisième album de Hear Hums réussisse d’abord à me plaire et ensuite à me convaincre de vous en parler en mettant de côté l’idée que vous alliez me prendre pour une dingue, même après ce premier long paragraphe, et même en sachant que vous vous êtes déjà faits à l’idée que j’étais bizarre ? Eh bien je vais vous dire pourquoi (à chaque fois que je dis ça je pense à Sarko, c’est affreux).

D’abord, évidemment, c’est étrange, c’est exotique, c’est organique, c’est dépaysant, donc si vous êtes a minima curieux, ou a minima défoncé, votre curiosité sera piquée (si j’ose dire ; je vais me calmer sur les références à la drogue, je vous le promets, mais pas dans cet article, ce serait trop demander ; je suis faible ; j’aime bien les points-virgules).

Ce que j’aime ensuite, c’est qu’il est impossible de se concentrer sur un élément particulier d’un morceau. D’abord, il y en a beaucoup trop, et ensuite parce que les morceaux de Hear Hums sont faits, me semble-t-il, pour être englobants. Pas immersifs, non, englobants. Casque audio de bonne qualité obligatoire, car vous avez des sons qui vous arrivent de tous les côtés. Ce qu’il vous faudrait en fait pour apprécier au mieux cette oeuvre, c’est un ensemble d’enceintes Dolby® Surround machinchose qui coûte la peau des fesses d’un Lagardère. J’aime la manière dont chaque morceau m’englobe dans son petit univers, et comment les petits détails de la musique font évoluer le décor imaginaire que je me suis imaginé dans ma petite tête.

Rares sont les morceaux qui arrivent à faire cela, tout en réussissant à garder mon attention. D’une piste à l’autre de cet album, la curiosité est intacte et j’attendais avec impatience ce que Mitch et Kenzie allaient me faire entendre. Certes, il y a des moments particulièrement WTF (pour nos amis les vieux : WTF = what the fuck = mais qu’est-ce donc que cela), et des moments très chaotiques, mais toujours maîtrisés. Enregistrés quasiment entièrement avec des instruments acoustiques, il faut saluer la performance de ce jeune duo qui fait montre d’une sacrée confiance et d’une sacrée dextérité pour nous pondre un disque pareil.

Enfin, j’aimerais faire péter la référence cinématographique qui ne va parler qu’à 1% d’entre vous (salut à toi, ami du cinéma thaïlandais!), mais ce disque pourrait très bien être la bande-son d’un des films d’Apichatpong Weerasethacool. Je pense que c’est un compliment que les Hear Hums apprécieront.

→ Télécharger l’album sur le Bandcamp du groupe

Il y a 1 commentaire.

  1. Eddie is stoned

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