Le moment où je critique Julien Doré

juliendore.jpgDur dur d’être Nouvelle Star. Dans la tête de tout le monde, Julien Doré est celui qui hurlait comme un cochon égorgé sur des chansons qu’on auraient dit choisies par un Kamel Ouali sous acide. Et pourtant ce blondinet excentrique a conquis le public, comme on dit. Et même qu’on disait qu’il ne pourrait pas faire mieux que ces prestations déjantées sur la scène de l’émission de M6 (qui a récemment couronné Amandine qui ne m’a guère émoustillée que par son pouvoir sexuel ambigü). Et voilà « Ersatz », fruit de collaborations diverses et de l’imagination de Julien Doré.

Forcément sceptique, je me lance à l’assaut de ce disque très attendu par les critiques de toutes les rédactions françaises, tous crocs sortis, prêtes à se mettre sous la dent un énième produit de la télé française. Le moins qu’on puisse dire, c’est qu’ils ont dû être ennuyés, car oui, l’album est bien. Bien, mais sans plus. A tel point que j’ai hésité à en parler. Mais un album d’un artiste français qui est bien sans plus, c’est tellement rare !

Je l’ai écouté grâce à Deezer, qui l’a mis en ligne hier ou avant-hier. Les commentaires des Deezernautes sont partagés. Evidemment beaucoup désiraient quelque chose de carrément rock ‘n roll, un album punk dément, coloré, ukulélé, un OVNI, une bombe enfin vous saisissez le tableau. Julien Doré nous offre là un album ecclectique, sans « ligne éditoriale » si on peut dire, avec des compositions variées, des duos inattendus… Il nous prouve qu’il sait tout faire, et c’est peut-être son défaut car on arrive pas à le cerner. Il est punk ? Il est pop ? Il est variétoche ?

Impossible de parler de l’album dans son ensemble car il n’en forme pas un et si vous suivez ce blog depuis le début, vous avez peut-être remarqué que j’aime les albums qui forment un tout, un album dont la 5ème chanson me donne envie de revenir au début du disque et de l’écouter en entier. Avec « Ersatz », chaque chanson est complètement différente, ce qui va faire perdre à Julien Doré beaucoup de ses aficionados. C’est peut-être pas plus mal.

« Acacia », qui ouvre l’album, est une ballade folk dont la mélancolie est décuplée par la voix de Morgane du duo Cocoon, qui a composé la chanson. La voix de Julien Doré est douce, profonde, travaillée. La mélodie est très jolie. La chanson n’a rien d’extraordinaire, mais elle nous montre un côté de Julien Doré qu’on avait pas vraiment eu l’occasion de voir auparavant. Agréablement surprenant. Le fan de base reste sur sa faim, pas habitué à planer à cette hauteur. Le second titre ne va pas le faire s’envoler dans la stratosphère non plus.

« Les Bords de Mer », écrite par le duo Doriand/Fambuena (Julien Doré en a écrit 6 sur les 14 de l’album), continue dans la douceur. La mélodie fonctionne très bien puisque selon votre bord de mer fétiche, vous vous remémorerez vos ballades sur la digue de Dunkerque ou de Marseille (ou de Bora-Bora, dans ce cas là on a pas le même budget-vacances). Les paroles font penser à Souchon ou Bashung. La voix de Julien Doré me plaît de plus en plus. Il est, à son habitude, complètement décomplexé, aucune peur, une assurance plaisante. Le fan de base commence à s’énerver : « où il est mon Julien Doré ??? ».

« Les Limites » est un bon candidat pour « La Chanson de l’Année » sur TF1 et pour tout vous dire, il se pourrait que je vote pour elle. Ce titre n’a rien à voir avec le reste de l’album, on a un peu l’impression qu’il a été créé dans l’optique « single », c’est un peu dérangeant, mais merde, ça marche ! Très 60s, on retrouve le Julien Doré de la Nouvelle Star, et ça nous fait plaisir. Retour du scepticisme : va-t-il tomber dans la facilité ? Le fan de base retrouve espoir. Et le re-perd aussitôt :

« Bouche Pute », chef d’oeuvre de l’album en 2 parties aux paroles à faire frémir les puritains catholiques. La première partie : très velvetienne (allez écouter ça), Doré est tout en retenue, le texte est splendide. Un poème sur l’amour « sale » où l’on sent l’influence d’un Christophe. La deuxième partie, instrumentale, est un crescendo infini à écouter le son à fond tellement c’est beau.

Sur « Figures Imposées », les synthés font leur entrée. Sympathique, envoûtant parfois. Les paroles ne sont pas géniales, dommage.

« Dans Tes Rêves », un bonbon ! Je vous laisse la surprise.

« Pudding Morphina » achève le fan de base. Titre en anglais, sombre, intense, triste, on pense à Tom Waits, Nick Cave and the Bad Seeds, tout en retenue encore une fois jusqu’à la fin. On sent qu’il pourrait y avoir une explosion électrique à tout moment, mais elle ne vient pas. Le fan de base est aigri, les autres auditeurs sont impressionnés par la performance de Doré à propos duquel on se dit à ce moment de l’album : « bien joué la Nouvelle Star », ce qui fait très cliché, mais c’est vraiment ça.

« Piano Lys », clavier en ligne conductrice d’un titre résolument new wave (on pense à Taxi Girl, le groupe de l’écorché vif Daniel Darc) et très cinématographique. La voix de Julien Doré est parfaite sur ce titre, toujours tout en retenue.

« Soirées Parisiennes », arrivée des cuivres funky et du côté dandy d’un Julien Doré sûrement habitué des soirées parisiennes, qui se lâche à la Katerine sur ce titre dansant qui déplaira à ceux qui exècrent les manières très.. parisiennes de Julien Doré. Il aura alors réussi son coup !

« J’Aime Pas », qui ressemble beaucoup, beaucoup trop à une chanson d’Arno et qui donne plutôt envie d’aller ré-écouter « Live a Bruxelles » du chanteur belge à la voix plus-rauque-tu-meurs. Dommage.

« First Lady » est un titre que je trouve mal écrit. Même si le retour des cuivres funky fait plaisir aux oreilles, l’écriture semble être « automatique », pas vraiment travaillée, on comprend pas trop l’histoire. Dommage aussi. Un creux dans l’album.

« SS in Uruguay », reprise du maître Serge Gainsbourg, excellent choix ! Guitare à la Shadows (mais si, vous connaissez), paroles drôles, bien chantées par le Julien Doré dandy, saugrenu et atypique qui nous avait fait craqué à la NS !

« Los Angeles », nouvelle ballade mélancolique et romantique (« Je souffle sur les braises de Los Angeles/J’enfume le drame qui m’embrasse »). Ces ballades révèlent un Julien Doré amoureux (d’une certaine Miss Météo de Canal+), touchant.. Chanson très bien écrite, très plaisante.

« De Mots », qui ferme l’album, duo avec Arno qui semble avoir été écrit uniquement pour lui ! Julien Doré joue le rôle d’invité sur son propre album !

« Ersatz » est un album globalement réussi même si on a du mal à cerner Julien Doré, ce qu’il a voulu faire. L’album ressemble à un pot-pourri de tout ce qu’il aime, sans début ni fin. 3 titres ne lui vont pas, beaucoup lui vont parfaitement, et certains sont de vrais chef-d’oeuvres (« Bouche Pute », « Piano Lys ») ! Un album que j’ai écouté plusieurs fois, toujours avec plaisir, ce qui est très rare pour un artiste français. Je vous le conseille donc, même si je ne lui mets qu’une mention « assez bien ».

6,5/10

Normalement je vous ai donné envie d’écouter les titres suivants : « Les Bords de Mer », « Bouche Pute », « Soirées Parisiennes » et « SS in Uruguay », et bien les voici :

Vous pouvez acheter l’album à peu près partout. Je vous le conseille car il y a un DVD à l’intérieur très sympa, c’est un vrai bel objet !

PS : Ce que c’est épuisant une critique titre par titre, surtout quand on doit réécrire la moitié à cause d’un bug du serveur ! Grr. Je vais tester un petit outil assez rigolo :

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Il y a 6 commentaires.

  1. La paroisse de Mont-Bernanchon vous informe qu’en sa qualité d’association catholique et puritaine, elle condamne fermement l’écoute de ce pseudo-artiste dont chaque inflexion de voix est une atteinte au bon goût ainsi qu’à la décence et à la géométrie.

    De telles ignominies sont l’apanage de Satan, d’ordinaire. Les cerveaux dégénérées qui seront surpris à tendre l’oreille, voire pire – telle l’auteur de cet article infâme – à apprécier honteusement ce musicien semi-mongolien, fruit de la dégénérescence totale de l’audiovisuel contemporain, sont invités à méditer ce verset tiré de l’Evangile selon Saint-Matthieu.

    « Prenez mon joug sur vous et recevez mes instructions, car je suis doux et humble de cœur; et vous trouverez du repos pour vos âmes. Car mon joug est doux, et mon fardeau léger. »

    Seigneur, ayez pitié d’Eux.

  2. Wouah,Ha,Ha!!!
    Je n’aurais jamais cru me bidonner autant à lire un commentaire!
    Et je suis ravie de savoir que « cerveau » est féminin!

    En ce qui concerne Julien, disons que j’attends son prochain CD avec impatience…
    Et j’admire votre travail, Mlle Eddie, sur ce blog!
    ;-)

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