POND   Beard, Wives, Denim (2012) image photo pochette cover

Label : Modular | Sortie : 18.03.12 | Stéréotype : Rock psychédélique

Pond
Beard, Wives, Denim

Pond est un groupe de Perth, Australie, composé de Nick Albrook et Jay Watson, respectivement guitariste et batteur de Tame Impala, et Joseph Ryan. Ils sortent la semaine prochaine en France leur quatrième album, Beard, Wives, Denim, qui va très probablement les faire sortir de l’ombre de Tame Impala, qui avait impressionné beaucoup de monde en 2010 avec leur album Innerspeaker. Tous ces Australiens font du rock psychédélique, inspirés par une décennie que peu d’entre vous ont connue (salut papa !), et Pond se distingue du vaisseau-mère Tame Impala par… pas grand-chose en fait. Ah si : je n’ai pas parlé d’Innerspeaker dans ces colonnes, mais je vous parle de Bear, Wives, Denim !

Non, franchement, ne cherchez pas trop longtemps les différences entre les deux groupes, vous y perdriez votre temps. Je trouve cet album beaucoup plus fun que tout ce qu’a fait Tame Impala. Enregistré en deux semaines dans une vieille ferme d’Australie, il ressort de ce disque une espèce de dinguerie assumée, un univers plus coloré, un groupe qui ne se prend définitivement pas au sérieux… Même si ce n’est qu’une impression, quand en entendant le groupe exploser de rire à la fin de « Dig Brother », je me dis que ces deux semaines d’enregistrement n’ont pas dû être un chemin de croix.

Une autre impression, bien plus prégnante, et que vous partagerez sans doute avec moi, c’est celle d’être transporté dans une autre époque. Je me demande bien combien de fois cette expression a été utilisée dans des critiques d’albums, mais passons. Des milliards de groupes s’inspirent de la pop et du rock des années 60 en y ajoutant la petite touche psychédélique qui va bien, mais quasiment tous tombent dans le pastiche ou sont juste affreusement mauvais. Ces Australiens sont bien trop doués pour ça. Pendant leurs sessions d’enregistrements, ils étaient tout simplement dans un autre espace-temps.

Certes, il y a deux morceaux en trop – « Sun, Sea and You » et « You Broke My Cool » que je trouve particulièrement ratés – et d’autres traînent en longueur, le groupe partant dans des délires pas toujours agréables à écouter, mais le bouton « suivant » est fait pour ça. C’est leur principal défaut : leur musique est sujette à des changements d’humeur incessants, et d’une minute à l’autre ça ralentit, ça accélère, et je n’y comprends plus rien.

Une fois ces moments « bof » identifiés et mis de côté, vous avez probablement entre les mains l’un des meilleurs albums de rock psyché de l’année. Tour à tour, leur musique me fait penser à un mélange de T-Rex et Lenny Kravitz (« Moth Wings »), des Byrds et Jefferson Airplane (« Allergies », avec ce splendide petit solo d’orgue), ou encore de MGMT et 13th Floor Elevators (« When it Explodes »). Et quand ils balancent d’entrée un morceau de gros rock qui tache comme « Fantastic Explosion of Time », il y a l’image de Roger Daltrey des Who faisant tournoyer son micro sur la scène de Wembley qui me vient à l’esprit. Difficile de ne pas penser aux Flaming Lips, dont Pond a assuré la première partie lors de leur tournée australienne, en écoutant « Eye Pattern Blindness ». Fin du paragraphe « influences »/je-balance-des-groupes-à-écouter-avant-de-mourir.

S’il y a un morceau que je vous conseille vraiment pour vous faire une idée de Pond, c’est « Leisure Pony ». Trois minutes trente où l’on passe d’un riff et de « wouh! » à la Wolfmother, à un riff propriété de Bo Diddley qui marque le début d’un jam magique. Sûrement le meilleur morceau de l’album avec « Elegant Design », où la musique de Pond se fait plus pop que jamais. Peut-être même qu’ils pourraient le sortir en single, en enlevant peut-être la dernière minute qui n’a rien à voir avec le reste et qui gâche un peu l’expérience d’écoute.

J’ai l’impression de beaucoup parler des points négatifs de cet album, alors qu’au final je l’adore. C’est sans doute parce qu’il y a tellement de bonnes choses dans ce Beard, Wives, Denim que je me dis que sans ces petites choses ennuyeuses dont je vous ai parlé, j’aurais pu vous vendre cet album avec beaucoup plus d’enthousiasme. Et vous savez comme j’aime encenser un album comme si je touchais une commission à chaque vente. Autorisez-vous une petite heure dans l’espace-temps de Pond, m’est avis que vous n’en repartirez pas déçus.