The Smiths – The Queen Is Dead (1986)

Chronique

The Smiths - The Queen Is Dead The Queen Is Dead

par The Smiths

Rough Trade – 1986

Album 5 étoiles

 

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Les Smiths ont-ils sauvé le rock ? Les années 1980, malgré mon obsession à encenser tout ce qui s’y est fait, et à démentir les appellations péjoratives pour la musique de l’époque, ces années furent dans l’ensemble assez horribles pour la musique, et notamment pour le rock. Les ondes étaient saturées de pop synthétisée à mort, et de toute une tripotée de tortures auditives en tous genres. C’est pourtant pendant ces années que le rock alternatif est né, le post-punk également, et ce que je considère comme la deuxième naissance du rock. Au centre de ce phénomène, trois groupes majeurs, Sonic Youth, les Pixies et les majestueux Smiths et cet album, The Queen Is Dead, leur chef-d’oeuvre.

Les Smiths ont peut-être sauvé le rock en remettant les guitares à leur place : devant. « The Queen Is Dead » est leur 3ème et avant-dernier album, le groupe se séparera l’année suivante. Est-ce un album de pop ou de rock ? Les Smiths ne sont pas un groupe de rock, disons, « conventionnel ». Morrissey n’est pas Axl Rose (même s’ils partagent une certaine prétention). Morrissey est plus proche d’un chanteur lyrique que d’un chanteur de hard-rock. Les Smiths mélangent les mélodies pop, les riffs typiquement rock, l’omniprésence des guitares – c’est un véritable « mur de guitares » à la Spektor et son « mur du son » – décidée par Johnny Marr font de la musique du groupe de Manchester à la fois la genèse et le pic de tout ce qui se fera de « pop-rock » dans les années futures, et qu’on se mange à la radio par tonnes.

L’album s’ouvre sur « The Queen Is Dead », titre limite punk-rock qui me fait penser à ce qu’a pu faire Blondie, puisant l’énergie punk et la combinant à une mélodie très dansante, ou ce que fit Johnny Lydon (Rotten, dans sa période Sex Pistols) avec Public Image Limited qui sera un des piliers de ce qu’on appelle le post-punk, mais je vous parlerai de ça plus tard. La chanson est éminemment dramatique, elle monte en intensité, en désespoir, et la batterie quasi-tribale de Mike Joyce ne fait que renforcer cette impression. Dès la première piste on atteint l’excellence. Le songwriting de Morrissey atteint des sommets, que ce soit dans cette chanson, où il dépeint l’Angleterre de l’époque, et qui posera les fondations de toute la britpop qui suivra, mais dans tout l’album, parlant du confort de l’isolement, de sa mère, d’imolation par le feu, d’Oscar Wilde, le tout dans un anglais parfait, et avec un style qui atteint véritablement des sommets. « I Know It’s Over », où sa voix a été enregistré en une seule prise selon Marr, ainsi que « There Is a Light That Never Goes Out » sont de purs délices.

Parlons-en de « There Is a Light That Never Goes Out ». Je crois qu’il est impossible qu’un être humain ne soit pas touché par cette chanson. Tout est fait, chaque note est pesée, chaque syllabe est prononcée pour accroître l’intensité de la chanson et la charge émotionnelle qu’elle transmet. Si « Lover, You Shoul Have Come Over » de Jeff Buckley est la plus belle chanson d’amour des années 1990, « There Is a Light… » est assurément celle de la décennie 80. Et de très, très loin. Elle surpasse tout ce que fera The Cure dans le genre, et pourtant vous savez comme j’aime ce groupe.

L’autre gigantesque moment de l’album est « Bigmouth Strikes Again », le deuxième single extrait de l’album (le premier étant « The Boy With the Thorn in His Side », sans doute la chanson ayant le moins d’intérêt, mais qui reste d’un très haut niveau), sorti avant celui-ci, où Morrissey – qui, à ce moment de l’album, vous a déjà mis-e sur les fesses – expérimente l’harmoniser pour chanter les coeurs. L’homme ne sait même pas se contenter de sa voix parfaite. Très rythmé, avec des références à Jeanne d’Arc qu’il seraient trop longues à vous expliquer, l’important est que le tout se tienne, tout est très dansant, ce qui en fait le single idéal. « Vicar In Tutu » est étrange, la musique est de la pop-country qui ne correspond pas vraiment à l’anglais parfait – comprenez par là ‘non-américain’ – de Morrissey, mais les paroles sont assez marquantes pour effacer ce paradoxe (l’histoire comprend un prêtre draguant derrière sa chaire, un truc assez dingue). 

The Queen Is Dead est un chef-d’oeuvre, c’est une évidence, et une fois n’est pas coutume, la première écoute vous en convainc très vite. Les Smiths posent les fondations pour tout le rock qui suivra, que ce soit musicalement, ou dans les paroles, la personnalité de Morrissey, beaucoup de groupes ne cesseront d’essayer d’arriver au niveau de chacun des membres du groupe, et au niveau de cet album, mais soyons réalistes, faire mieux que cet album est une mission impossible. Même la pochette, où l’on voit une scène de L’Insoumis avec Alain Delon est sublime.

Pour la voix de Morrissey, les compositions mélodiques sublissimes de Johnny Marr, les textes splendides, pour un groupe au sommet de sa maturité et de sa créativité, pour un album qui continuer d’influencer, 22 ans après sa sortie, un nombre de groupes gigantesque, écoutez et réécoutez The Queen Is Dead, classique parmi les classiques.

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Il y a 5 commentaires.

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  3. la pop synthétisée est-elle soluble dans le rock alternatif?
    le rock alternatif est-il du rock?
    sonic youth est-ce du rock?
    n’aurait-il pas plutôt fallu tuer le rock en 1984 plutôt que de le sauver?
    qu’est-ce qu’être alternatif quand on pratique les musiques amplifiées?
    comment repérer comme une évidence un chef-d’œuvre à la première écoute?

  4. Pour moi les smiths sont le plus grand groupe pop anglais juste devant les beatles.

  5. Bonne chronique pour un disque légendaire, mais c’est marrant comme beaucoup de chroniqueurs sont d’accord sur le fait que The Boy With A Thorn In Is Side est le morceau le moins intéressant de l’album (malgré le bon niveau) alors que c’est le morceau préféré de Morrissey de toute sa discographie Smiths et que Johnny Marr le décrit comme une de leurs meilleures compositions, et d’ailleurs c’est mon cas aussi, même si je ne le place pas tout en haut quand même (mon moment préféré reste le terrible final There is a Light + Some Girls). Bref album excellentissime (presque) sans temps mort et à la beauté mortuaire terrifiante.

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