THE WATERBOYS – In a Special Place (2011)

In a special place by theoddore on Grooveshark

Label : EMI | Sortie : 26/04/2011 | Stéréotype : Pop 80’s unplugged

The Waterboys
In a Special Place
Sorti en 2011, In a Special Place est un album hautement improbable proposant une compilation d’enregistrements studios réalisés lors de la préparation de This is the Sea en 1985. Restreint, pour la quasi-totalité des morceaux, à un piano et une voix, l’album met à nu une musique (celle des années 80 à l’ère du synthétiseur surexploité) qu’on pourrait juger artificielle, trop ornementée, et la déshabille de tous ses froufrous ringards. Une fois le cobaye décharné, il reste la chair à vif : Mike Scott, frappant violemment le clavier, une production réduite au strict nécessaire voire moins, et une composition tout aussi minimale. Même pas destinés à être un jour diffusés, ces enregistrements vieux de vingt-cinq ans sont des traces brutes, un peu arides (certains s’ennuieront sans doute un peu du côté répétitif de l’album), mais, à mon goût, d’une puissance ravageuse.

Dieu sait que c’est dur pour beaucoup de monde de se jeter dans la musique des années 80. Une décennie qui se traîne tout un lot de casseroles comme des crimes imprescriptibles, condamnée à un mot, un seul, le « ringard ». J’ai pourtant énormément de tendresse pour ces années. Quelque part, je trouve qu’on ne peut pas foncièrement snober cette espèce d’élan incontrôlable de créativité, certes complètement déluré, mais tellement plus enviable que l’aplatissement général. Après, ce sentiment m’est propre, je comprends que pour d’autres il y ait une barrière infranchissable. Mais les années 80 ce n’est pas seulement « Début de soirée », c’est aussi la cold wave, les débuts glorieux de l’électro, du hip hop. Et il n’y a rien à compartimenter, parce que tous ces mouvements musicaux aussi différents soient-ils, sont manifestement de la même famille — c’est d’ailleurs précisément ce que je trouve formidable dans cette époque. Entre Cyndi Lauper qui fait de la pop et Laurie Anderson qui fait de l’expérimental, il y a alors une sorte de passerelle très évidente. En tout cas j’en vois une. Mais passons. Je pourrais m’emballer des pages et des pages pour prendre la défense des 80’s.

Au milieu de tout ça, qui sont les Waterboys ? Premièrement, un groupe qui, tout en étant des jalons de ces années-là au moins pour l’Angleterre, a laissé à d’autres toute la synth-mania ambiante pour s’en tenir à une espèce de pop orchestrale très fournie (innombrables sur scène) mais peu produite (pas ou peu de triche en studio). Ensuite, un groupe écossais, ce qui se sent clairement dans certains albums pétris d’influences trad, comme Fisherman’s Blues par exemple. Enfin, une incroyable boule d’énergie scénique. Leurs lives me filent systématiquement des frissons. C’est d’ailleurs avec leurs lives que j’en ai converti plus d’un à la musique de Mike Scott.

Faire le détail des morceaux de In a Special Place ne serait probablement pas la meilleure façon de l’aborder. Le comparer avec This is the Sea ne serait pas beaucoup plus intelligent, même si c’est tentant, puisqu’après tout, l’un est sensé être un brouillon de l’autre. Mais en fait, c’est pas du tout l’écoute que j’en ai. En bref, cet album compile des sessions de travail où Mike Scott (chanteur-compositeur-âme du groupe) joue au piano et chante, entièrement seul. Chaque strate qui sépare habituellement le squelette, l’énergie du groupe, du résultat en studio, est retirée. Horizontalement, verticalement ; autant il n’y a plus qu’un seul instrument et une voix, autant les morceaux sont aussi extrêmement simplifiés en terme de composition (ce qui reste plutôt vrai dans les albums, ceci dit).

In a Special Place, pour moi, c’est un trajet nocturne tout seul en voiture. La seule région où il m’arrive de conduire, c’est les Landes, et le paysage est monotone. Du coup, tout est dépouillé : les morceaux sont longs, ils prennent le temps d’épuiser ; la forêt s’étend, interminable. L’écoute n’est pas forcément facile, mais il reste une seule turbulence radicale : Mike Scott, qui se satisfait très bien d’un gimmick de six notes (« Paris in the Rain ») pour lâcher une énergie intarissable et faire hurler le piano. Si vous n’êtes pas prêt à parcourir ce marathon qu’est l’album, ce que je comprends, prenez le temps de vous jeter ne serait-ce que sur « The Whole on the Moon » ou encore « Don’t Bang the Drum ». Ce sont des exemples parlants de la façon dont une séquence de deux mesures peut s’éreinter, se battre et se rebattre, jusqu’à l’usure. Entre le galop et la charge, des notes partent à côté sur le chemin, mais Scott tient bon la barre. Ces morceaux sont des véritables suées.

Un seul titre, « Custer’s Blues », inclut une boucle samplée de batterie, petite porte de sortie entre In a Special Place et le reste de la discographie étonnante des Waterboys, parce que pour le coup le jeu de piano est beaucoup plus discret. Rien qu’une loop de percussions même pas acoustique, et on en revient à une logique d’orchestration. That’s it : si on écoute les albums environnants (et je parle bien de l’époque de l’enregistrement), In a Special Place est une forme d’apnée. Quelque part, la présence sur le disque d’un stade intermédiaire entre les morceaux et le résultat final joue un rôle de corde de remontée. Je me surprends à réécouter « Custer’s Blues » en plein milieu d’une écoute de l’album, de revenir dessus quand je commence à me lasser. Car oui, l’album est indissociable d’une forme de lassitude. Mais une lassitude très particulière, pas désagréable, qui fait d’In a Special Place un de mes albums favoris de 2011. Au moins le prix de l’inattendu.

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