Inconnu, culte et génial #2 : Chocolate Watchband

  • 26 août 2010
  • Par Eddie

[audio:http://dl.dropbox.com/u/745123/musique/chocolate/sweetyoungthing.mp3|titles=Chocolate Watchband – Sweet Young Thing]
[audio:http://dl.dropbox.com/u/745123/musique/chocolate/areyougonna.mp3|titles=Chocolate Watchband – Are You Gonna Be There (At the Love-in)]
[audio:http://dl.dropbox.com/u/745123/musique/chocolate/letstalkaboutgirls.mp3|titles=Chocolate Watchband – Let’s Talk About Girls]
[audio:http://dl.dropbox.com/u/745123/musique/chocolate/imnot.mp3|titles=Chocolate Watchband – I’m Not Like Everybody Else (The Kinks)]
[audio:http://dl.dropbox.com/u/745123/musique/chocolate/babyblue.mp3|titles=Chocolate Watchband – It’s All Over Now Baby Blue (Bob Dylan)]
[audio:http://dl.dropbox.com/u/745123/musique/chocolate/miracleworker.mp3|titles=Chocolate Watchband – I Ain’t No Miracle Worker]

Contrairement à Rocket From the Tombs (lire mon billet), The Chocolate Watchband a au moins eu la chance d’enregistrer des albums. Mais en raison de conflits internes, de labels et de producteurs un peu foireux, ils ne connurent pas le succès qui leur était pourtant promis avec des titres comme « Sweet Young Thing », « Are You Gonna Be There (at the Love-In) » ou les reprises « I’m Not Like Everybody Else » et « It’s All Over Now Baby Blue » respectivement des Kinks et de Bob Dylan. En 1965, plus sauvages que les Rolling Stones et avec un son pareil, ils auraient pu être gigantesques.

Le groupe s’est formé en Californie en 1965 autour de Mark Loomis (guitare), David Aguilar (chant), Gary Andrijasevich (batterie), Sean Tolby (guitariste) et Bill ‘Flo’ Flores (bassiste). Comme tout un tas de groupes de l’époque, ils reprenaient des standards du blues, des titres des Rolling Stones (déjà). Ils sont rapidement repérés et signent un contrat avec Green Grass Productions avec comme producteurs Ray Harris et Ed Cobb. Ce dernier était figure légendaire du coin, producteur, mentor, il écrivit de nombreux morceaux pour le Watchband mais aussi pour les Standells qui eurent eux la chance de placer quelques titres au Billboard, contrairement au Watchband (il bossa aussi avec Fleetwood Mac, Steely Dan, Pink Floyd…).

« Je déconne pas »

Mais comme le révèle David Aguilar lui-même dans une biographie très détaillée qu’il a écrite lui-même et qui est à lire sur le site du groupe, ils n’ont pas eu de chance : leurs deux premiers 45 tours se sont retrouvés chez Uptown Records, parce que Tower Records (qui a sorti les premiers enregistrements de Pink Floyd) a cru qu’il s’agissait d’un groupe noir à cause du « Chocolate » dans le nom du groupe. Je déconne pas. De ce fait la promotion de leur musique a été merdique, The Chocolate Watchband était un OVNI dans le catalogue d’Uptown. Ils se sont même retrouvés en concert à passer derrière Chuck Berry, Jackie Wilson, les Coasters, et le tout, évidemment, devant un public essentiellement composé de Noirs. David Aguilar raconte ça ici et c’est franchement drôle. Le concert s’est finalement bien passé, mais l’anecdote montre bien que la carrière du groupe partait du mauvais pied.

Ils enregistrèrent finalement un autre 45 tours et trois albums, tout ça chez Tower, mais ce fut vraiment compliqué. Je cite Ed Cobbs : « The Chocolate Watch Band had broken up and come together many different times. I really enjoyed working with them, but they had no rules bound to themselves. Consequently they would break up. It did not matter if they were successful or not. Then I would talk to them, and they would agree to do something else. » Certains de leurs titres passèrent sur des radios locales, ils commençaient à avoir une jolie petite réputation dans la Baie de Californie, ils firent même une apparition dans deux films où ils participèrent à la BO : Riot on Sunset Strip et The Love-Ins. Ils enchaînaient des concerts intenses et violents (dans le bon sens du terme comme dans le mauvais), leur musique féroce faisait même peur aux groupes dont ils assuraient la première partie. Ceci dit tout allait plutôt bien jusque là, et si on lit David Aguilar l’ambiance avait l’air d’être plutôt bonne au sein du groupe. Mais selon leur producteur Ed Cobb, le groupe était franchement instable. D’après ce que j’ai lu, leurs versions sont un peu différentes sur l’ambiance et les raisons de l’instabilité du groupe. La drogue, d’abord, était partout, et des tensions internes commencèrent à grandir. On ne peut vraiment pas tout mettre sur le dos d’un mauvais marketing, chacun a sa part de responsabilité dans le chaos qui suivra.

Ils enregistrèrent en 1967 leur premier album, No Way Out, qui sortit en plein Summer of Love. Le truc c’est que seules deux des chansons qu’ils enregistrèrent eux-mêmes, « Come On » (reprise de Chuck Berry) et « Gone and Passes By » (un morceau à la Bo Diddley), figuraient sur le disque. Le reste, c’est Ed Cobb qui les avaient ré-enregistrés partiellement voire complètement avec des musiciens de studio et un certain Don Bennett au chant. Comme pour l’histoire du « Chocolate », je vous assure que je déconne pas. Avec ce genre de mésaventures, pas étonnant que le groupe ne soit pas resté ensemble très longtemps.

« Un peu chaotique »

Ainsi, pour des raisons qui lui appartiennent Mark Loomis, le guitariste et la pièce-maîtresse du groupe (il n’y avait pas vraiment de leader, mais sans Loomis, il n’y avait plus vraiment de groupe ; précisons aussi que le type consommait du LSD plus que je consomme de Kinder Country en ce moment, c’est vous dire), décida que le son punk-rock (avant l’heure, j’vous rappelle qu’on est en 1967) ne lui plaisait plus et s’enticha d’un groupe de folk rock psychédélique, The Tingle Guild, qui ne fit pas date. Aguilar et Andrijasevich se barrèrent dans la foulée, vraisemblablement dégoûtés par le précédent épisode.

A partir de là c’est un peu chaotique donc je la ferais courte : les membres restants recrutèrent d’autres musiciens, réussirent grâce à leur renommée de l’époque à ouvrir un concert pour les Doors (quand même) et enregistrèrent deux nouveaux albums, The Inner Mystique (1968) et One Step Beyond (1969). Mais plus de la moitié du premier a été enregistré par Cobb, des musiciens de studio (issus de groupes rivaux de l’époque tels que The Yo-Yoz et The Inmates) et Don Bennett au chant, tandis que One Step Beyond n’avait plus grand-chose à voir avec le son originel du groupe (dont la moitié évoluait depuis longtemps sous d’autres cieux ; Aguilar devint professeur d’astronomie à l’Université du Colorado et aux dernières nouvelles il travaille dans l’aéronautique), beaucoup plus folk. Les meilleurs morceaux sont en fait ceux enregistrés par Aguilar bien avant 1969 et qui ont été ajoutés sur l’album.

Le meilleur du groupe reste donc No Way Out, dont la pochette est ci-dessus. Et ce même si une bonne partie n’est pas vraiment représentative du groupe, puisque ce n’est pas eux qui jouent ! Malgré tout, Ed Cobb a réussi avec ses musiciens de studio et les enregistrements précédents du Watchband originel, à créer deux albums de garage punk psychédélique de grande classe. L’ennui c’est qu’il aurait peut-être pu le faire avec les vrais Chocolate Watchband plutôt que de bidouiller tout ça dans son coin, il aurait pu essayer de recoller les morceaux avec Mark Loomis, et peut-être que… Lui-même avoua qu’il a un peu merdé, et loua les mérites du Chocolate Watchband originel.

« Punk avant l’heure »

A ce stade de votre lecture, vous devriez avoir entendu au moins « Sweet Young Thing », et si vous connaissez un peu mes goûts, vous savez exactement pourquoi je trouve leur son génial. C’était des pionniers, leur créativité associée au talent de songwriter d’Ed Cobb a fait des merveilles, et certains titres auraient vraiment pu devenir des classiques, mais au lieu de ça ils n’acquièrent que le statut de « culte ». Le chant de Dave Aguilar sur « I’m Not Like Everybody Else » est peut-être ce que je préfère, plein de défiance, punk avant l’heure, même avant les Ramones, bon sang d’bois !

Pendant des années leurs 45 tours ce sont échangés à prix d’or, et maintenant vous trouvez toute leur discographie à portée de clic sur Megaupload (encore faut-il connaître leur nom) (et savoir utiliser Google).

Ils se sont reformés en 1999 (sans Tolby, qui était déjà décédé, ni Loomis) et en 2005 ils faisaient encore des concerts aux Etats-Unis et en Europe. Des enregistrements live sont sortis (j’ai pas réussi à mettre la main dessus), ainsi que des rééditions de leurs trois albums, mais surtout une compilation intitulée Melts in Your Brain Not on Your Wrist: The Complete Recordings 1965 to 1967. 43 morceaux, un livret rempli d’informations, et vous pouvez le trouvez en occasion sur Amazon pour 15€.

C’est culte, c’est génial, et c’est un tout petit peu moins inconnu maintenant.

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Il y a 3 commentaires.

  1. La voix d’Aguilar, son accent me font beaucoup penser à Mick Jagger. Ce qui est bizarre puisque l’un est américain et l’autre britannique. J’aime ! Merci pour la découverte Eddie !

  2. Ton article est super, c’est bien de mettre un peu de lumière sur des groupes inconnus du grant public…
    C’est dommage que tu ne parles pas de « The Inner Mystique », qui est pour moi leur sommet et un des sommets de la musique pop/rock psychedelique de la fin des 60s.

  3. Inconnus? Les mecs svp ??? Découverte? Trop de Fnac les gars….

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