Afrobeat, de Fela à Keziah

Y a pas des masses de personnes qui peuvent se targuer d’avoir inventé un style musical (« inventer » est un bien grand mot puisque tout en musique est une affaire de continuité). Bo Diddley pouvait, James Brown aussi. Fela Kuti fait partie de cette liste, et un de ses héritiers, Keziah Jones, également. L’un a inventé l’afrobeat, l’autre le blufunk. Le moins qu’on puisse dire c’est que ces deux Nigérians ont de la suite dans les idées.

kuti.jpgFela Kuti est un vrai personnage. Pour certains artistes on peut se passer de faire un passage sur leur biographie, mais pour Fela, c’est un passage obligé. Les Kuti sont une famille connue au Nigéria, la mère de Fela était une activiste féministe et anti-colonialiste, son révérend de père, un ministre protestant, dirigeant d’une école, et Président de l’Union Nationale des Instituteurs et ses frères sont également très connus au Nigéria, notamment pour leur activisme. Fela Kuti fut envoyé à Londres pour étudier la médecine comme un de ses frères mais il préféra aller étudier la musique au Trinity College of Music, un des conservatoires de musique de Londres, qui se trouve dans le célèbre quartier de Greenwich. Vous connaissez sûrement le Greenwich Village, berceau de la folk-music des années 60, où habitait notamment Bob Dylan. Fela Kuti y forme son premier groupe et invente l’afrobeat (il inventera le terme plus tard).

Cette musique, c’est un mélange de jazz américain, de funk et de musique et chant traditionnels africains. On retrouve ce qui fait la beauté du jazz, les impros de saxophone, de trompette, l’importance de la basse ou contrebasse, tout ça posé sur une trame de percussions africanisantes répétitives. Ajoutez à cela une dimension politique grâce aux textes de Fela. Forcément, vous avez vu sa famille ? Comment ne pouvait-il pas tomber lui-même dans la revendication politique ? Les paroles de Fela Kuti vont essentiellement dans le sens de la critique sociale et politique, il n’a pas peur de créer la polémique et la controverse. N’oubliez pas qu’on est dans les années 60-70, et qu’on est en pleine transition entre le colonialisme et l’auto-détermination des peuples africains. Fela Kuti parle des sujets et des interrogations qui touchent les Africains. Il est très influent musicalement mais aussi politiquement.

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En retournant au Nigéria il créa la République du Kalakuta, sorte de communauté musicale, avec studio d’enregistrement, hôtel, nightclubs et déclarée indépendante du Nigéria ce qui fit de Fela Kuti un… Président. Comme son papa. Suite à cela, son engagement politique se renforca, ce qui le fera arrêter plusieurs fois, il passera plusieurs mois en prison, il se présenta à l’élection présidentielle mais sa candidature fut refusée. Il enregistra près de 50 albums. Il est mort du Sida en 1997. Autant vous dire que ce type est une source d’inspiration incroyable pour beaucoup, beaucoup d’artistes africains.

Voici de quoi mettre de la musique sur ces mots. « Zombie », tiré de l’album du même nom qui lui vaudra pas mal d’ennuis puisque le terme « zombie » est une métaphore pour décrire les méthodes d’action de l’armée nigériane (qui a d’ailleurs attaqué une fois la République de Kalakuta, tuant la mère de Fela). Et puis « Sorrow, Tears and & Blood », tiré également de l’album du même nom. Les langues dans lesquelles chante Fela dans cette chanson est le Yoruba, langue traditionnelle nigériane, et l’anglais.

Son fils Femi a repris le flambeau musical et le flambeau politique de Fela. De nombreux artistes ont placé Fela Kuti dans leurs principales influences. Un des plus intéressants est Keziah Jones.

keziahjones.jpgNigérian comme Fela, il cite également Jimi Hendrix comme influence principale. Keziah Jones est le fils d’un chef de tribu Yoruba et industriel accompli. Comme Fela Kuti, il était censé reprendre le flambeau de son père. Comme Fela Kuti il partit en Angleterre pour étudier. Comme Fela Kuti il décida de faire de la musique son métier. Il se mit à dos son père et toute sa famille, quitta son école pour percer dans la musique en jouant ses compositions dans la rue et le métro, en évitant la police et les services de l’immigration. Il vécut une vie de bohème pendant plusieurs années. C’était un busker, il jouait dans des endroits publics, à Paris et Londres. Il fut découvert par Phil Picket alors qu’il jouait dans la rue.

La musique de Keziah Jones est basée sur sa technique guitarisique exceptionnelle. Son jeu de guitare est très particulier, c’est comme s’il giflait les cordes à toute allure (il faut que je trouve le terme technique, ça ressemble à technique de slapping des bassistes), sans médiator, à une rapidité démente. Il nommera son mélange de funk acoustique et de blues le Blufunk. Son album Blufunk is a Fact, sorti en 1992, sonne comme un manifeste. Le chant de Keziah Jones ainsi que pas mal de ses paroles sont fortement influencées par Prince.

Fela Kuti, Jimi Hendrix, Prince… Avec des influences pareilles, il n’y a que du bon qui peut sortir ! Je vous laisse juges : voilà « Rythm is Love », sur l’album Blufunk is a Fact, « Million Miles From Home » sur l’album African Space Craft (1995) qui a connu un maigre succès, et deux extraits de Black Orpheus, sorti en 2007 qui lui a connu un succès auprès des critiques et du public : « Beautiful Emilie » et « Femiliarise ».

Beaucoup de titres de Fela Kuti sont disponibles sur Jiwa à cette adresse. Pour Keziah Jones, préférez Deezer ! De nombreuses vidéos de ces deux artistes sont aussi visionnables sur YouTube. Keziah Jones sera au Festival Rock-En-Seine (j’ai vu ça hier sur une affiche) les 28 et 29 août, ainsi que Tricky dont je vous ai déjà parlé. Son nouvel album, intitulé « Nigerian Wood » est prévu pour septembre 2008, le premier extrait est disponible sur Deezer également.

Pour le plaisir, voici une petite vidéo bien réalisée, en hommage à Fela Kuti.

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