Chronique de disque : y a une méthode ?

« Comment chroniquer un disque ? », cette excellente question m’a été posée par un lecteur, Lucas de son prénom, dans un commentaire. Je lui ai pondu une réponse rapide et bancale avant de me rendre compte qu’il pourrait être intéressant de confronter les méthodes de mes collègues blogueurs musicaux, plutôt que de livrer ma petite recette personnelle. J’ai donc demandé à Julien, Arbobo et Jean-Sébastien, quatre blogueurs que j’aime lire, d’abord, et dont les chroniques ne se ressemblent pas. Oui, tant qu’à faire, autant essayer de trouver des gens ayant des méthodes différentes, me suis-je dit dans mon infinie lucidité de fin de soirée.

De plus, comme dit un illustre collègue, « une chronique de disque, et la manière de concevoir celles-ci en disent long sur leur auteur ». J’y avais pas pensé comme ça, mais c’est loin d’être con. J’espère qu’aucun psychanalyste ne lit Le Choix… J’avais aussi contacté Cécile de Words & Sounds, mais elle était déjà en train de préparer un billet sur le même sujet. Son article, complétant admirablement bien celui-ci, est à lire là-bas.

Qu’est-ce qu’une « mauvaise » chronique ?

En commençant ce blog, je me suis évidemment demandée comment… eh bien comment on fait pour parler de musique. Je me souviens d’un commentaire d’une fille sur ce blog, me disant qu’elle était étonnée de lire dans mes chroniques ce qu’elle ressentait à l’écoute du disque en question, elle qui avait du mal mettre des mots sur ses émotions. C’est vrai que la critique de disque lambda consiste à enchaîner des simili-banalités du genre « c’est beau », « la voix est belle » et autres variations autour du Beau. Pour aller plus loin, expliquer pourquoi tel disque transcende les autres, pourquoi on l’aime, pourquoi il vaut qu’on débourse quelques pièces pour l’acheter, il faut une certaine rigueur. Mine de rien, y en a qui gagnent – mal, mais quand même – leur vie en écrivant des chroniques de disques, c’est donc que tout ça nécessite un minimum de boulot.

J’acquiesce vigoureusement avec Arbobo quand il m’écrit qu’« une mauvaise chronique c’est celle qu’on termine sans savoir si l’auteur a aimé ou non. » Il n’y pas pire qu’une chronique dont on ressort en se demandant : « Mais euh… est-ce qu’elle a aimé le disque ou pas au fait ? »

Il n’y a rien de plus chiant qu’une chronique dans laquelle l’auteur décrypte chaque morceau en lui adjoignant des adjectifs toujours plus recherchés (merci le dictionnaire des synonymes) du genre «  »Mange tes carottes » est un morceau impressionnant de justesse, avec son riff de guitare accrocheur et des paroles puissantes. » Oui, mais c’est une bonne chanson ou non ???

Cet article n’est donc pas un Guide de la chronique réussie, on est tous un peu prétentieux, mais pas à ce point-là. (update : j’ai mis le « pas » en gras car certaines personnes n’ont vraiment pas compris la démarche)

Ce sont des exemples parmi d’autres de méthodes d’écriture, propres à leurs auteurs respectifs.

Quels disques chroniquer ?

Vous connaissez ma réponse à cette question, elle est la même que celle d’Arbobo de Arbobo.fr : « je parle presque exclusivement de choses que j’aime, voire que j’adore » Chroniquer un disque pour en dire du mal, je trouve que c’est une perte de temps et d’énergie.

Récemment, Benjamin a chroniqué le nouvel album de Muse, en le massacrant consciencieusement. La plupart du temps, il ne consacre ses chroniques qu’à des artistes qu’il affectionne mais « trouve parfois dommageable que personne ne s’attaque à des grosses machines qui ont pris des chemins sinueux et contestables ». De plus, et je suis d’accord, ne parler que des choses qu’on aime peut vite s’avérer lassant, et se lâcher en démontant un disque est franchement rafraîchissant. Je l’avais fait avec High School Musical 2 (oui, je n’y vais pas de main morte), et j’attends le moment où je pourrais me lâcher sur une autre bouse de ce style.

Tenir un blog musical, c’est chroniquer ce qu’on veut, quand on veut, comme on veut. Le problème, c’est qu’il y a beaucoup, beaucoup, beaucoup de choses à écouter. Chroniquer ce qu’on aime, ok, mais il faut d’abord trouver ce qu’on aime et se décider à en parler. Car parler d’un disque, c’est remettre à plus tard l’écoute de dizaines d’autres. Au final, j’écris peu de chroniques par rapport au nombre de disques que j’ai aimé.

« Je chronique (dans la mesure du possible) l’intégralité des disques qui chaque année m’ont touché. » Benjamin est un fou. Enfin pas vraiment, car quand vous découvrirez sa méthode, vous verrez que son ambition est en fait loin d’être aussi extravagante qu’elle n’en a l’air. Comme souvent, je me sens plus proche de la réponse d’Arbobo : « Je chronique des disques que j’aime, plutôt peu connus ou alors de mes chouchous »

Chroniquer ce qu’on aime, ok, mais chroniquer TOUT ce qu’on aime ? Sur Le Choix, je chronique à la fois des artistes très, moyennement ou peu connus. Mes chouchous se doivent de sortir au moins un très bon disque pour avoir droit à leur chronique (ex: Arctic Monkeys avec le « bien sans + » Humbug). Je ne me suis jamais dit que je pourrai chroniquer tous les disques qui m’ont touché. Mais peut-être qu’avec une méthode appropriée…

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Les méthodes

Julien de Des Oreilles dans Babylone et Benjamin ont des méthodes très pointues. Benjamin n’hésite pas à parler de « mode opératoire très précis, plein de règles et d’obligations » Vous comprenez sûrement pourquoi il dit que la manière de chroniquer un disque en dit long sur son auteur !

Jean-Sébastien de Good Karma, Arbobo et moi-même avons une méthode plus freestyle – surtout moi – mais qui possède tout de même certaines règles intangibles (ou presque).

Le tri

Écouter le disque au moins cinq fois, c’est notre seul point commun en termes de méthode. On ne s’autorise pas à choisir de parler d’un disque avant d’être sûrs qu’il en vaille la peine et surtout avant d’être plus ou moins sûrs d’en avoir fait le tour, au moins assez pour pouvoir donner un avis assez argumenté et complet à notre goût. C’est la seule règle « de base » je dirais en ce qui concerne les réponses que j’ai reçu, et mon avis personnel.

Le choix des disques à chroniquer semble être assez facile pour tout le monde. Chacun à son p’tit système de tri sélectif perso.

Personnellement, j’ai 3 dossiers : « À écouter », « À réécouter », « À chroniquer », en plus de mon dossier « Albums ». Je dispatche tous les disques dans ces dossiers et quand j’ai envie d’écrire une chronique, je vais dans mon dossier « À chroniquer ». Parfois des chroniques sont programmées, parfois non. Il m’arrive d’écouter un disque 7 ou 8 fois dans la même journée et d’en faire une chronique le jour-même… ou un mois plus tard. Ma méthode de tri et de choix est absolument freestyle. Tout cela est conditionné par les disques qui me passent sous le nez. Tout est conditionné par nos sources d’approvisionnement, si j’ose dire, et nos goûts personnels. Dire qu’on écoute de tout sans nuancer, c’est se foutre de la gueule du monde. Par exemple, personnellement, j’écoute en priorité les artistes indés américains parce que ce sont eux qui me procurent le plus de plaisir depuis toujours.

Que dire et comment le dire ?

J’ai ici un point commun avec Benjamin : je ne prends pas de notes lors des écoutes de l’album. Nous l’écoutons attentivement (intensément est l’adverbe qui me convient le plus) plusieurs fois, on s’en imprègne profondément, et lors de la phase d’écriture, on laisse couler nos impressions en essayant de ne pas s’éparpiller.

C’est, je crois, très personnel. Tout dépend du parcours, de l’expérience (parfois professionnelle) de chacun. Vous commencez à me connaître, vous savez que je n’avais aucune expérience littéraire avant ce blog (à part pour l’école, et même si certains continuent d’en douter) (y en a même qui pense que je suis plusieurs, lol), et que mon rapport à la musique est assez… primaire, dans le sens où je ne cherche pas à déguiser mon ressenti derrière une prose complexe, mais que je livre tout sur un plateau. L’expression « ne pas s’éparpiller » de là-haut est primordiale. Pour ma part, ça consiste à ne pas partir dans des digressions vite emmerdantes.

Après avoir écouté l’album une dizaine de fois ou plus, j’ai en mémoire des « grosses idées » autour desquelles je sais que je pourrais « broder » (dans le sens non-péjoratif du terme) et réussir à faire le tour de mes impressions. J’écoute bien entendu le disque en même temps que j’écris, je le mets sur pause, j’écoute plusieurs fois la même chanson, etc. La longueur de mes chroniques, c’est au feeling. J’écris jusqu’à ce que je n’ai plus rien à dire, puis je regarde le résultat et je rogne, arrange et ré-arrange jusqu’à obtenir une longueur « digeste » pour le lecteur.

Julien et Arbobo prennent des notes. C’est quelque chose que je sais faire mais qui ne me sert pas. Je fais beaucoup confiance à ma mémoire et à la manière dont les morceaux me touchent ou ne me touchent pas. C’est un peu dangereux.

La méthode de Julien sera sûrement la mienne quand je commencerai à douter de ma mémoire, lol ! Il commence à prendre des notes sur une feuille A4 lors de la troisième écoute, « du genre « la 5, le solo de guitare à la 3ème min déchire », « la 6, trop lente »… ». Suivent des recherches sur le groupe et la lecture d’avis déjà publiés sur d’autres sites et blogs, quand il y en a. Il laisse reposer tout ça quelques jours, continue d’effectuer quelques écoutes du disque.

Enfin, quand arrive la phase de rédaction, il essaye de varier les structures (exemple : ne pas toujours commencer par des éléments biographiques sur le groupe) et barre au fur et à mesure sur sa feuille blanche les choses dont il a parlées. Sa méthode ressemble comme deux gouttes d’eau à celle qui est la mienne quand je dois écrire des dissertations et que je ne peux pas prendre le risque de tout miser sur ma mémoire.

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Les éléments biographiques et influences

Jean-Sébastien : « Pour ma part, j’ai une approche peut-être un peu plus de journaliste que de blogueur (déformation professionnelle). J’aime donner des infos sur le groupe dans la chronique de son disque. Rappeler le contexte, son parcours, ses collaborations. Ça replace l’artiste parmi ses compères et surtout ça informe concrètement sur lui. C’est en lisant ce genre de papier que j’ai beaucoup appris en musique, donc je me dis que ça doit également faire plaisir à d’autres. »

Arbobo : « Parfois j’ai pour toute info ce qu’on trouve sur le MySpace. Ça oriente ma manière d’en parler, moins c’est connu plus on a intérêt à apporter un minimum d’infos, plus c’est connu et plus les infos qu’on donnera sont déjà partout dans la presse et le web, donc autant se concentrer sur le disque. » « J’essaie d’évoquer des titres, et de ne pas abuser des références. »

Quant à moi, j’essaye de distiller des infos biographiques tout au long de la chronique. J’ai récemment pris l’habitude de créer un « chapeau » (le 1er paragraphe en gras dans chaque chronique) qui contient presque exclusivement des infos biographiques, un replacement dans le contexte comme dit Jean-Sébastien. Même quand il s’agit d’un groupe peu connu, je passe très vite sur leur histoire, comment ils en sont arrivés à ce disque, comment ils ont rencontré leur producteur, etc. Je ne suis pas aussi extrême que Benjamin qui « à aucun moment » ne se renseigne sur l’artiste ou ne lis d’interview, bref, essaye d’en savoir « le moins possible afin de conserver un esprit frais sur la musique ». Nous ne sommes pas des érudits (moi encore moins que les autres), et je pense également loin de vouloir absolument en devenir. Être érudit n’empêche pas de faire parfois des erreurs de jugement impardonnables, n’est-ce pas m’sieur Manoeuvre ?

Les éléments biographiques et les influences, c’est une question de dosage, c’est aussi une question de connaissance de son lectorat. J’avoue ne pas savoir à qui je m’adresse. Je reçois des mails de filles de 15 ans, de types de 50 ans, de trentenaires, de mamans de 40 ans… Tout ça me perturbe un peu j’dois dire. Dois-je m’attarder un peu plus sur les influences des artistes dont je parle pour élargir les horizons de ceux et celles qui lisent la chronique ? Leur donner envie de taper le nom de ces influences dans les moteurs de recherche de Spotify ou Grooveshark ? Ou est-ce qu’ils s’en battent les miches de ces groupes « influenceurs » qu’ils ne connaissent pas et qu’ils veulent seulement savoir si le disque dont je parle me plaît ou non ?

Je pense que ce sont des questions qu’il faut se poser, tout en sachant qu’il n’y a bien évidemment pas de solution idéale. Je sais qu’il y a des chroniqueurs que je n’aime pas du tout lire car ils ne font qu’empiler les influences et consacre 75% de leur chronique au parcours du groupe. Chacun son truc, mais je trouve ça ignominieusement emmerdant.

Conclusion

Impossible de conclure ce billet sans donner le meilleur conseil que j’puisse donner à quelqu’un qui veut écrire sur de la musique – ce qui, Frank Zappa l’a très bien dit, ne sert à rien – et se demande comment faire : FAITES-VOUS PLAISIR !

Je me sens plus proche de la méthode Arbobo. J’trouve intéressant de remarquer qu’il a « environ 25 ans d’écriture quotidienne sous toutes ses formes ». J’écris pas tous les jours, mais j’écris souvent et ce depuis environ 5 ans, en développant (sans doute inconsciemment) un style basé essentiellement sur le plaisir. Tout est dans le plaisir. Je fais dans l’hédonisme musicalo-littéraire naïf.

Je ne pense pas changer ma « méthode ». Je sais que je vais devoir recommencer à m’organiser un peu plus sérieusement (oui, là j’suis un peu en roue libre) avec la rentrée, le retour du boulot à faire chez moi le soir, etc. Je m’inspirerai sûrement des méthodes décrites ci-dessus.

Un grand merci à Julien, Arbobo, Benjamin et Jean-Sébastien pour leurs réponses qui, je l’espère, donneront envie à certains et certaines se lancer dans la chronique de disques ! Comme j’ai bien aimé les lire, j’ai décidé de vous les proposer dans leur intégralité.

La question, je vous le rappelle, était donc : « Comment tu chroniques un disque ? »

Julien de Des Oreilles dans Babylone :

« Pour commencer, le nombre d’écoutes est primmordial. Je ne peux chroniquer un disque que j’ai écouté (attentivement, pas d’une oreille distraite) moins de… disons cinq fois. En général deux écoutes de découvertes, et à la troisième, je commence à prendre des notes sur une feuille blanche, du genre « la 5, le solo de guitare à la 3ème min déchire », « la 6, trop lente »… Ensuite je prends une bonne demi heure, voire une heure, pour faire des recherches « techniques » sur le groupe et lire les avis déjà publiés sur d’autres sites/blogs quand il y en a. Si c’est en anglais, ça prend plus de temps évidemment. Je note toutes ces infos sur ma feuille A4, qui en générale se retrouve bien remplie (à la main donc). Je laisse passer quelques jours, quelques écoutes. Enfin, je lance une dernière écoute pendant la rédaction de la chronique (et je mets pause si je n’écris pas assez vite pour suivre le fil), et je tappe ma chronique en essayant de varier les structures (ne pas toujours commencer par la biographie par exemple), petit à petit je barre sur ma feuille ce dont j’ai parlé, et généralement quand tout est barré sur la feuille, c’est que j’ai tout dit, la chronique est terminée. J’attends quelques heures pour la relire à tête froide et corriger les éventuelles fautes. Quand tout est ok je publie. Je n’ai en général pas plus de 3 ou 4 « fiches chroniques » en cours en même temps. Il peut aussi finalement m’arriver de déchirer une fiche parce que je ne veux plus la faire, ou alors de tout faire dans la même journée parce que c’est un vieux disque que je connais très bien. »

Arbobo :

« D’abord, je ne sais pas trop que répondre, parce qu’étant autodidacte je n’ai jamais vraiment disséquer ma manière de faire. J’ai écrit dans différents cadres à contrainte, du mémoire universitaire à la pige calibrée au nombre de signes, et mon écriture pour mon zine est très spontanée par comparaison, c’est un peu la récré permanente.

Ensuite : une « bonne » chronique ça n’existe pas,
enfin si évidemment ça existe mais on s’en fout, finalement.

La seule « obligation » que nous contractons envers nos lecteurs, c’est de leur faire comprendre si on a aimé un peu, beaucoup ou pas du tout. Une mauvaise chronique c’est celle qu’on termine sans savoir si l’auteur a aimé ou non.
Après, la forme… les infos…

Je chronique des disques que j’aime, plutôt peu connus ou alors de mes chouchous, et parfois j’ai pour toute info ce qu’on trouve sur le myspace. Ca oriente ma manière d’en parler, moins c’est connu plus on a intérêt à apporter un minimum d’infos, plus c’est connu et plus les infos qu’on donnera sont déjà partout dans la presse et le web, donc autant se concentrer sur le disque. Plus on déteste et plus on doit expliquer pourquoi, aussi, c’est ma manière de concevoir la liberté de critiquer : je peux dire pis que pendre sur n’importe qui, à condition de démontrer que je ne le dis pas gratuitement mais après avoir vraiment écouté et travaillé. Totu bénévole qu’on soit, on écrit sur un espace public, le web, c’est foncièrement différent d’une conversation entre potes (à mon grand dam, vu que je suis souvent drôle avec mes potes, et rarement dans mes chroniques :-/

D’une manière générale je cherche toujours des infos. Ecoutes nombreuses, en continu ou segmentées, parfois en prenant l’album en plein milieu. Recherche d’infos sur internet, label, collaborations ou disques précédents, nationalité… Chercher les infos, c’est parfois les chercher à l’oreille, dans mon cas, profiter d’une 10e écoute pour parler d’une intro, de l’utilisation d’un instrument, etc. Ce qui implique que je prends souvent des notes lors de l’écoute. Et je prends des notes en cours de route, sur mon iphone j’écoute et je note en même temps, je rajoute, je rajoute, ensuite j’écris un brouillon et une fois le brouillon terminé je relis mes notes pour savoir si une formule était mieux sentie, si un angle était plus pertinent, si une info mérite d’être ajoutée.
Je suppose que je suis banal en faisant un premier jet d’une traite, que je retravaille, souvent à la marge parce qu’on prend l’habitude de construire ses billets d’une certaine façon. J’essaie d’évoquer des titres, et de ne pas abuser des références.
Comme je parle presque exclusivement de choses que j’aime, voire que j’adore, mon ambition à chaque fois est de communiquer mon coup de coeur, de donner envie, tout en m’efforçant d’expliquer. J’essaie de trouver un mix entre l’info, la critique, et l’expression de mon ressenti. Comme ça quelqu’un qui débarque peut y trouver son compte, mais ceux qui sont en phase avec une partie de mes goûts ont des clefs intuitives pour savoir si ça devrait les tenter ou non :-)
En somme, c’est l’écriture qui me guide.

Ma méthode est intuitive, et donc laisse transpirer les critiques qui m’ont influencées (les Inrocks, en gros, même si je bouffe du Magic et du Vibrations à haute dose). Ca consiste à glisser des infos en essayant de ne pas être didactique, ce qui est une coquetterie de graphomane ^^
Cette liberté d’écriture repose sur la certitude d’avoir assuré mes arrières. Le « travail » évoqué plus haut, qu’on fait par ci par là sans trop s’en rendre compte. Pour l’écriture j’ai la faiblesse de croire que c’est un peu pareil, mon habitude un peu flemmarde d’écrire au fil de la plume et modifier à la marge, je crois les avoir achetés par environ 25 ans d’écriture quotidienne sous toutes ses formes, avec ou sans contraintes, professionnelle ou perso. Ce qui n’empêche qu’un texte que je ne « sens » pas, je ne le sors pas. J’ai des brouillons qui attendent depuis 1 ou 2 ans, jusqu’à ce que je trouve comment les reprendre, parfois en repartant de zéro.

voilà, je me trouve un peu vantard dans tout ça, mais qui sait, il y a probablement une part de vrai :-) »

Jean-Sébastien de Good Karma :

« Pour ma part, j’ai une approche peut-être un peu plus de journaliste que de blogueur (déformation professionnelle). J’aime donner des infos sur le groupe dans la chronique de son disque. Rappeler le contexte, son parcours, ses collaborations. Ça replace l’artiste parmi ses compères et surtout ça informe concrètement sur lui. C’est en lisant ce genre de papier que j’ai beaucoup appris en musique, donc je me dis que ça doit également faire plaisir à d’autres.

D’autre part, je ne suis pas un très grand adepte de la métaphore telle qu’on peut parfois la lire lorsque certains décrivent les chansons composant l’album. Tout d’abord parce qu’il faut un talent certain d’écriture pour le faire, d’autre part parce que je trouve ça vite emmerdant, une impression que l’autre « s’écoute un peu parler » par des figures de styles qui ne parlent finalement qu’à lui (à part quelques rares talents qui y arrivent).

Avant d’écrire, il faut bien entendu que j’écoute le disque plusieurs fois (entre 5 et 10, voire plus), pour être certain de ne pas céder à la tentation de l’album catchy qui perd tout son sel au long des écoutes ou alors ne pas passer à côté d’un disque majeur qui lui ne se révèle qu’après plusieurs écoutes (il y en a tellement). Bref, j’aime prendre mon temps, histoire de ne pas se faire avoir par l’instantanéité ou la pudeur d’un disque. »

Mise à jour : Ce billet a été mis à jour. Un des blogueur interrogé n’était plus du tout en phase avec ce qu’il a écrit, sa manière d’écrire a changé, tout simplement. Comme la mienne d’ailleurs ! La démarche de cet article a été mal comprise : il s’agissait de réfléchir sur ma manière d’écrire en la comparant avec celles d’autres blogueurs qui font à peu de choses près la même chose que moi. Il n’y avait pas d’envie de donner des leçons ou quoique ce soit, d’ailleurs si vous avez lu l’article jusqu’ici vous l’avez compris, les mauvaises langues n’ont vraisemblablement lu que le titre. Le titre de l’article a changé également : le maladroit « Comment chroniquer un disque ? » est devenu « Chronique de disque : y a une méthode ? », qui me semble plus en phase avec le contenu de l’article.