Interview – Les Choix Eddiefiants d’Isabelle Chelley

Après Sébastien Schuller et La Fille du Rock, c’est au tour d’Isabelle Chelley de se prêter au jeu des Choix Eddiefiants. J’vous rappelle le principe : une interview 100% musicale, lors de laquelle l’interviewé(e) me/vous fait part de ce qui lui fait frétiller les cages à miel. Le but étant de me/vous donner à écouter de nouvelles choses, tout simplement.

Isabelle Chelley bosse à Rock&Folk. Elle y chronique des disques et interviewe des tas de gens, notamment pour la rubrique Mes Disques À Moi dont je me suis lâârgement inspirée pour faire ces interviews. Elle est aussi écrivain (Dictionnaire des chansons de Nirvana (2005), Guide de survie des filles rock (2008)) et c’est avant tout de nombreuses années – j’ai même oublié de demander combien, tiens – au service du rock. Trèves de blablas introductifs, voici les Choix Eddiefiants d’Isabelle Chelley. Et y a du bon, c’moi qui vous l’dis. Comme d’habitude, vous retrouverez en bas de l’interview la playlist associée aux artistes cités. Il y a aussi plein de liens partout dans l’itw, ouvrez les mirettes.

Isabelle, tu es journaliste rock, tu as donc croisé sur ton chemin bon nombre d’artistes et de groupes, et j’aimerais que t’en choisisses un pour chacun de ces critères : celui (ou celle, bien sûr) qui t’as le plus impressionné lors de sa rencontre ? Celui qui t’as le plus déçu après l’avoir rencontré ? Et celui ou un de ceux qui t’as embarqué dans un truc complètement dingue ?

Ceux qui m’ont le plus impressionnée, sans hésiter, ce sont les Cramps (voir une vidéo)… D’abord, ils font partie de mes groupes cultes, ceux dont je ne me lasse pas, qui traînent toujours sur mes iPods malgré les remises à jour. Et puis parce que c’étaient des gens adorables, drôles, cultivés, classes… Je les ai interviewés pour la rubrique Mes Disques A Moi et c’était d’excellents clients. Ils étaient tout excités à l’idée de parler de leurs disques, je suis ressortie de là sur un petit nuage, avec l’impression d’être une espèce de fan neuneu touchée par la grâce. Ça fait du bien, ça prouve que je ne suis pas encore blasée !

Celle qui m’a le plus déçu, c’est Lily Allen. Non pas que j’en attendais énormément sur le plan artistique, mais je me disais qu’elle pouvait être un peu rigolote, avoir du répondant ou simplement envie de s’exprimer sur autre chose que sa marque de fringues préférée. Elle s’est conduite comme une vraie petite gosse gâtée et tête à baffes. D’abord, elle est restée le nez sur son Blackberry pendant cinq minutes sans me dire bonjour et après, elle m’a répondu par monosyllabes, en soupirant et en retirant ses extensions qui la grattaient. A la fin de l’interview, il y avait une pile de cheveux synthétiques qui trempaient dans sa tasse, c’était assez dégueulasse et j’ai eu le sentiment d’avoir perdu une demi-heure de ma vie. Le pire, c’est que je lui ai tendu vingt fois la perche pour qu’elle se rattrape et ne passe pas pour une conne. Elle n’a pas compris, tant pis. Apparemment, ça se passe bien mieux avec mes confrères qu’elle drague…

Ceux qui m’ont entraîné dans les trucs les plus dingues, c’est le Jon Spencer Blues Explosion (voir une vidéo). Je les ai interviewés à New York pour l’album « Acmé ». Ça ne faisait pas longtemps que j’étais journaliste, j’étais très excitée à l’idée de leur parler vu qu’ils faisaient partie de mes héros. Ils l’ont senti et n’ont pas arrêté de me taquiner et de tenter de me perturber… Au point que je tapais sur la table en leur intimant de répondre à mes fuckin’ questions ! Bref, à la fin, j’ai décidé que plus jamais je ne leur parlerai de ma vie. Deux mois après, j’acceptais de les suivre pendant leur tournée française. Ils n’en revenaient pas de me voir. Ils m’ont bizutée le premier soir en me présentant à André Williams, un vieux bluesman tendance pervers pépère assurant leur première partie, comme son escorte perso. J’ai passé une semaine géniale avec eux, j’en ai beaucoup appris aussi… Je me souviens d’une soirée backstage au Bikini à Toulouse où on s’est tous bien lâchés. Depuis, quand ils viennent en France, je suis d’office sur la liste d’invités et on s’arrange pour dîner ensemble.

Sinon, dans le genre modérément dingue, j’ai échangé ma jupe avec Ann, d’Add N To X (MySpace) dans les toilettes d’un hôtel, parce qu’elle trouvait ma mini H&M plus cool que sa super jupe de designer… Et il y a eu quelques interviews que j’ai terminé en étant raide bourrée, parce que pour des raisons obscures, dès qu’il y a un alcoolo mondain et rock’n’roll dans le secteur, hop, on m’envoie le cuisiner.

Le concert le plus déjanté auquel tu aies assisté ?

Les Stooges au Bol d’Or. L’ambiance sur le site était glauque à mort, c’était plein de bikers stoned, bourrés ou les deux à la fois et devant la scène, c’était tendu entre eux et les fans des Stooges. Je me suis plantée au premier rang, cramponnée aux barrières de sécurité et j’ai dégaîné mon arme absolu en concerts, mes coudes hyper pointus que je plante dans le bide de quiconque essaye de m’écraser. Et franchement, je n’ai pas regretté d’avoir joué avec ma santé. Iggy était comme d’hab’ génial, mais le voir avec les Stooges, c’était très fort. Je n’aurais jamais cru voir ça de ma vie, donc ils auraient pu reprendre « Tirelipimpon sur le Chihuahua » que j’aurais applaudi. Mais là, en prime, ils ont livré un show intense, en enchaînant leurs classiques. C’était imparfait et brillant, bourré d’électricité et d’énergie, bref, la tension n’est pas retombée pendant 70 minutes…

Petite digression : le rockeur avec qui tu aurais aimé t’envoyer en l’air ?

Oh, mais je ne suis qu’un pur esprit… Enfin, il ne faut pas me montrer le ’68 Comeback Special d’Elvis, parce que là, je libère mes bas instincts. Donc oui, cet Elvis là, tout de cuir noir vêtu figure en haut de ma liste. Sinon, Iggy Pop à n’importe quel âge… La seule fois où je l’ai croisé, il a réussi à me peloter copieusement tout en me serrant la main, j’étais impressionnée par sa dextérité ! Et côté filles, parce que je suis d’une nature curieuse, VV (photo) des Kills est irrésistible, mais je pense qu’il y a une liste d’attente de plusieurs pages…

Es-tu plutôt musicophage (toujours à la recherche de nouvelles sensations, passant d’un groupe à un autre, la bave aux lèvres, ipod entre les dents) ou es-tu plutôt du genre à rester bloqué des semaines sur un groupe, sans rien écouter d’autre ?

Ça dépend. Mon boulot m’impose d’écouter beaucoup de choses, de me goinfrer de musique que je le veuille ou non… Du coup, je fais de la résistance. Quand je tombe sur un album que j’aime vraiment, qui me procure des sensations semblables à celle que j’avais lorsque j’achetais des disques à 15 ans, je bloque, je fais une fixette et parfois, j’arrive à m’écœurer à force d’écouter un truc en boucle… Mais je suis aussi d’un naturel curieux et je picore pas mal. En ce moment, je vais pas mal sur Spotify et Blip.fm pour écouter en streaming pendant que je bosse des choses dont on m’a parlé.

Qu’est-ce que tu écoutais le plus à 20 ans ?

Et toi, tu écoutes quoi ? A 20 ans, j’étais à fond dans les oldies. La musique du moment ne m’intéressait pas. J’avais commencé à me passionner pour Bowie, le Velvet, Iggy, T-Rex et cie quand j’avais 15 ans, puis je suis passée aux Stones et aux Beach Boys. Bizarrement, les Beatles ne me passionnaient pas trop jusque là, pour moi, c’était quatre rigolos avec des coupes au bol qui saluaient tous ensemble en portant des costards assortis. Et un jour, vers 20 ans, j’ai entendu « Sgt Pepper » dans le grand Virgin Megastore de Londres. J’ai trouvé ça bluffant, incroyable, j’ai acheté l’album dans la minute et je me suis penchée sur le cas Beatles. Comme toujours, j’ai fait ça de façon très obsessionnelle en achetant tous les disques, des biographies, etc. Une vraie nerd !

Qu’est-ce que tu aimes écouter lorsque tu te balades toute seule dans la rue ?

L’une des multiples playlists de mon iPod Touch adoré. Généralement, des trucs enlevés, du rock’n’roll, de la surf, de la pop anglaise vitaminée. Je ne suis pas du genre contemplative, surtout quand je marche. En ce moment, j’adore les albums « American Recordings » de Johnny Cash, produits par Rick Rubin (voir une vidéo). La voix de Johnny Cash me bouleverse. J’ai aussi une playlist bourrée de petits nerveux genre Kills, Raveonettes (écouter une chanson), Jesus & Mary Chain idéale pour le matin si je suis mal réveillée. Le dernier Franz Ferdinand est pas mal non plus pour marcher. Sinon, si je suis en panne d’idées, je tape dans les classiques, genre intégrale des White Stripes, qui parvient à me mettre de bonne humeur quoiqu’il arrive ou presque. Et si la batterie de mon iPod est à plat, j’écoute les petites voix dans ma tête.

Un groupe contemporain que tu es sûre et certaine que je ne connais pas, et qui vaudrait le coup que je m’y penche sérieusement ?

Les Evil Superstars, un groupe indé belge des années 1990, dont un des membres, Mauro Pawlowski a depuis rejoint dEUs. Ils ont enregistré deux albums et des chansons du genre « Satan’s In My Ass » ou « Sad Sad Planet » (voir la vidéo). Et Pizzicato Five, un groupe japonais qui a malheureusement splitté en 2001 (mon clip préféré). Ils faisaient de la pop néo-sixties sophistiquée et fun qui donne envie de bouger son popotin. En prime, j’adore leur univers visuel, leurs vidéos, leurs pochettes, j’ai même un gros bouquin en japonais sur le sujet. Et dans le genre plus récent, je craque sur Fredo Viola, un chanteur qui s’auto-sample pour créer des harmonies vocales ébouriffantes. Il réalise aussi des vidéos étonnantes (http://www.theturn.tv/), il en a même tourné une chez moi récemment parce qu’il craquait sur la déco de mon salon ! A part ça, musicalement, il a un univers à la Sufjan Stevens (voir une vidéo), c’est planant, très mélodieux et très original.

Même question, mais pour une vieillerie cette fois ?

Les Liverbirds, un groupe féminin de Liverpool (écouter une chanson). Elles étaient vilaines comme tout, rien à voir avec les égéries sixties qui traînaient avec les Stones et les Beatles… Mais elles jouaient du rock’n’roll aussi bien que les garçons et la chanteuse avait une voix grave très sexy… Il doit y avoir une compilation sortie sur un label obscur quelque part. J’ai découvert ça il y a des années, grâce à mon mari (qui ne l’était pas à l’époque) qui l’avait reçu en chroniquant des rééditions.

Le dernier groupe/artiste que tu as défendu auprès de tes proches avec des trémolos dans la voix, tellement que c’est bon et tellement qu’on en parle pas assez ?

Les Yeah Yeah Yeahs. Leur dernier album, « It’s Blitz » a été injustement débiné par la presse française (et par moi, NdE) qui n’a rien compris. C’est leur meilleur album à ce jour, il commence sur deux morceaux irrésistibles que j’écoute en ce moment en boucle. J’ai récemment cassé les bonbons de pas mal d’amis en leur recommandant de regarder le clip de « Zero », ultra jubilatoire (le voir).

Quels sont tes albums ou chansons “cultes” ? Ceux ou celles qui te mettent sur le cul à chaque fois que tu les écoutes, quel que soit le contexte ?

« The Velvet Underground & Nico » du Velvet
« Acmé » du Blues Explosion
« Revolver » des Beatles
« Aftermath » des Stones
« White Blood Cells » des White Stripes
« Ziggy Stardust » de David Bowie côté albums, mais je suis sûre d’en oublier.
Côté chansons, je craque toujours pour « Cherry Blossom Girl » de Air, « Suspicious Minds » et « In The Ghetto » d’Elvis Presley, « Eleanor Put Your Boots On » de Franz Ferdinand, « C’mon C’mon » des Von Bondies, « Date With The Night » des Yeah Yeah Yeahs, « Bitter Sweet Symphony » de The Verve, « A Lady Of A Certain Age » de Divine Comedy, « My Beloved Monster » de Eels, « Whatever Happened to My rock’n’roll » de Black Rebel Motorcycle Club, « Bohemian Like You » des Dandy Warhols »… Evidemment, toutes ces chansons-là ne me font pas le même effet, mais ce sont mes valeurs refuges.

Le meilleur album sorti cette année que tu as eu l’occasion d’écouter ?

Le dernier album de Franz Ferdinand, « Tonight : Franz Ferdinand » (ma chronique) et « It’s Blitz » des Yeah Yeah Yeahs. Ces deux groupes ont réussi à se renouveler, à expérimenter, à ne pas tomber dans leurs vieilles recettes et formules…

La sortie de disque que tu attends avec impatience ?

Le prochain album de Coming Soon (MySpace) qui sortira à la rentrée et que j’ai écouté en avant-première en studio il y a quinze jours. Entre les morceaux bien rock qui décoiffent, la pop vitaminée et des titres plus sombres à la Lou Reed/Nick Cave, ça promet. Sinon, j’ai vu que Boss Hog, un de mes groupes fétiches formé par Jon Spencer et sa femme, Christina Martinez, tourne à nouveau cet été… S’il pouvait y avoir un album dans la foulée, je ne dirai pas non !

Texte alternatif

« %link‘, ‘%title‘, TRUE); ?>
%link »‘, ‘%title‘, TRUE); ?>

Il y a 2 commentaires.

  1. Merci! Super interview ; plein de mines d’or!

Laisser un commentaire


Reçois les nouveautés par email

Rejoins les 1000+ abonnés ! Entre ton adresse email, clique sur le bouton, entre le code pour vérifier que t'es pas un robot, puis direction ta boite email pour valider ton abonnement :