J’y étais… LE FESTIVAL DE DOUR 2012 (par Maxime B.)

Un an que j’attendais ça ! Un an que je brandissais fièrement mon poignet où pendouillait toujours mon fameux bracelet « Dour 2011 » à chaque fois qu’un individu quelconque me sortait un truc du genre « Ah ouais, t’as vu Ice Cube en concert toi ? ». Un an que j’attendais avec la plus grande impatience d’entendre à nouveau n’importe quel flamand suintant et bedonnant brailler avec conviction « Douuuurééééé » avec ce subtil accent propre à la Belgique. Bref, un an que je rongeais mon frein en attendant l’un des festivals les plus dingues auquel j’avais pu assister au cours de mon existence.

Chaque annonce sur Facebook du type « demain on vous balance 30 nouveaux noms » me mettaient dans tous mes états. Et puis au fur et à mesure la prog s’est constituée. Résultat : si Dour 2012 proposait quelque chose d’un cran au-dessous de l’édition précédente niveau programmation (en même temps, je vois mal comment n’importe quel festival pourrait prétendre à égaliser cette prog qui était juste…parfaite !), celle-ci en jetait tout de même pas mal. L’affiche de cette nouvelle édition de Dour était encore une fois fidèle à l’historique et la mentalité que le festival véhicule : il y a de tout, pour tout le monde, les écarts musicaux les plus inimaginables sont permis, et surtout, celle-ci était, comme toujours, axée en grande partie sur les découvertes (Dour a en effet été nommé meilleur festival dénicheur de talent au monde).

C’est donc parti pour 4 jours d’orgie musicale, de hoogarden rosé, d’hamburger-oignions-sauce andalouse à quatre heure de l’aprem, de boues s’infiltrant dans tes paires de Converse trouées et de regards jaloux en direction du mec chaussé de bottes qui te dépasse tranquilou alors que toi tu galères dans cette mare de boue qui te mène jusqu’au camping. Alors évidemment, vous raconter Dour dans son intégralité prendrait un temps démesurément long et n’intéresserait sûrement pas grand monde, c’est pourquoi j’essayerai de ne m’attarder que sur les moments qui ont marqué cette 24ème et encore une fois, très réussie, édition de Dour.

Parmi les moments les plus marquants, chacun gardera sûrement en mémoire ce live complètement dingue des Franz Ferdinand, les pogos dans la boue et le public, dont une proportion non négligeable semblait revivre avec nostalgie les doux instants de sa jeunesse, chantant d’une seule voix les paroles « Take Me Out » et de « This Fire ». Toutes les conditions semblaient réunies pour constituer l’un des meilleurs concerts de l’année, à savoir : la folle ambiance de Dour pendant n’importe quel concert (même pour des types comme Soprano par exemple) et la propension des quatre de Glasgow à enchainer les tubes et à faire se dandiner des foules entières. Et ce concert fut effectivement l’un des meilleurs du festival.

Parmi les autres têtes d’affiche qui ont su répondre présent, on pourra citer les Flaming Lips qui, malgré la mare de boue nous arrivant jusqu’au mollet recouvrant la totalité de l’espace devant la grande scène le dimanche soir, ainsi que la relativement faible affluence à leur concert (et une ambiance des plus nazes), ont su nous offrir quelques grands moments comme lorsque son chanteur aux allures de gourou pacifiste s’est aventuré au milieu du public enfermé dans une bulle géante, ou encore ce final absolument prodigieux sur « Do You Realize ? », avec confettis, gros ballons, boules disco et tout le tralala. Bref, leur concert est un véritable spectacle, et même si l’on ne comprend pas toujours la portée métaphorique de certaines… choses (c’est quoi ce délire avec les mains géantes que Wayne Coyne portait à un moment donné, sérieux ?), c’est assez captivant.

Dans un registre davantage folk, Bon Iver a modestement offert à la foule présente sur La Plaine de La Machine à Feu, le meilleur concert de cette 24ème édition. Accompagné d’une bonne dizaine de musicien, Justin Vernon nous a sorti un live toute en délicatesse et en magnificence sans jamais tomber dans l’écueil de la grandiloquence. Je déteste employer une expression aussi bateau, mais entendre « Skinny Love », « Perth » ou encore « Holocene » en live m’a juste foutu des putains de frisson comme jamais. C’était beau, tout simplement.

Dans la même veine, quoique bien plus rock et comprenant une certaine dimension psychédélique, Kurt Vile a parfaitement assuré les deux performances dont il était chargé au cours du samedi : l’une accompagné de ses Violators, l’autre de The War On Drugs, deux groupes avec lesquels il a signé quelques albums franchement réussis et qui donnent quelque chose du même acabit en live. Avec sa longue chevelure toute grasse, sa voix nasillarde et les accords lumineux que déversent ses guitares, Kurt Vile possède un truc assez particulier capable de vous happer littéralement en live et de vous faire oublier où vous êtes pendant une heure. Bref, tout ce à quoi touche ce type est à suivre de près, si vous voulez mon avis.

Parmi d’autres têtes d’affiche légèrement plus « secondaire » (moins grosse, quoi), les Rapture ont enchainé single sur single pendant près d’une heure, tous plus efficaces les uns que les autres, où riffs de guitare clinquant s’entrechoquent et viennent mettre en valeur la voix plutôt spécial de Luke Jenner. Leur rencontre avec James Murphy (LCD Soundsystem pardi !) les a fait prendre un tournant bien plus dance, s’éloignant de la simplicité du rock efficace des débuts mais qui prend une dimension assez grandiose en live comme sur « In the Grace Of Your Love » qui ouvre le set, ou encore « Sail Away ».

Bien plus rock sera la prestation des belges de The Black Box Revelation. Ce groupe est un peu enigmatique pour moi : leurs deux premiers albums sont de véritables bombes rock tubesques au possible. Oui, mais à chaque fois que je les ai vus en live, j’en suis ressorti déçu : manque d’ambiance, les musiciens n’osent pas tellement improviser et n’adressent quasiment pas la parole au public, etc… Leur prestation à Dour, même si ce n’est pas encore tout à fait ça, aura cependant démontré les progrès que ceux-ci sont en train d’effectuer en la matière. Le truc con c’est qu’ils sont sur la pente ascendante pour ce qui est de leur performance live, mais ils connaissent une évolution contraire en studio, comme le prouve un troisième et dernier album assez inutile. Dommage.

Autre artiste en progression certaine en matière de prestation live : Hanni El Khatib. Déjà vu au Grand Mix de Tourcoing en février dernier, j’en étais ressorti…indifférent, un peu ennuyé. Ce concert ne se résumait en fait qu’à un vulgaire copié/collé de son album, le timide américain n’osant jamais s’aventurer au-delà des limites de son album et restait donc trop fidèle aux versions studios de ses morceaux. A Dour, Hanni a bien mieux maîtrisé son sujet, s’est essayé à quelques solis improvisés réussis et a ainsi livré une grosse performance ponctué de quelques titres énormissimes comme « Fuck It. You Win. » et « Come Alive ».

Parmi les autres surprises, la Belge Selah Sue s’est présentée sur scène de la meilleure des façons possibles pour se faire accepter par le public de Dour, autrement dit en beuglant un subtil « Douuurééé ». Résultat immédiat, puisque l’ambiance s’électrise aussitôt. Je n’attendais pas grand-chose d’elle, mais son concert m’a finalement agréablement surpris, avec un début et une fin de set assez énorme grâce à l’énergie et aux qualités vocales de la demoiselle, qui nous a sorti quelques morceaux vraiment pas dégueu (« Raggamuffin », « Peace of Mind », « Crazy Vibes », etc…). Le milieu du set en revanche est à oublier : dispensable, sirupeux, inutile, mollasson. En un mot : un live assez inégal du fait des inégalités qui règnent déjà sur son album.

Battles constituait l’une de ces petites têtes d’affiche dont j’attendais particulièrement de voir ce qu’elles donneraient en live. La musique instrumentale de ce trio new-yorkais, rock avec une dimension des plus planantes, est aisément parvenue à soulever une foule conquise d’avance, le tout dans une ambiance assez surréaliste. C’est une ambiance du même niveau que l’on a également pu retrouver au cours des diverses nuits electro du festival, avec, en vrac, la team Ed Banger au grand complet (Breakbot, Busy P, Sebastian…) mais aussi les mecs de Bromance Records du style Club Cheval, Brodinski et Gesaffelstein, mais aussi et surtout, The Shoes. Désormais accompagnés de trois batteurs et se mettant volontiers un peu plus en avant, le duo d’electro pop français livreront une prestation réussie, à laquelle le public de Dour aura sûrement en grande partie contribué en instaurant l’atmosphère adéquate. Même constat du côté des C2C qui se produisaient dans la nuit du dimanche. Les quatre DJ ont littéralement explosé cette année et l’on m’en avait maintes fois vanté les mérites en live : j’en attendais donc beaucoup d’eux, et je n’ai absolument pas été déçu. L’album est déjà bon car excellent musicalement, mais en live il prend une envergure d’un niveau bien au-dessus : visuellement tout d’abord, mais si l’atmosphère est si électrique c’est surtout grâce aux DJ qui n’hésitent jamais à s’adresser directement au public histoire de faire toujours plus monter l’ambiance.

Comme chaque année, Dour a encore une fois accordé une place importante à tous ces groupes qui sont en train de monter lentement et sûrement et qui ne devraient pas tarder à exploser littéralement. Parmi eux, les inévitables Great Mountain Fire qui commencent enfin à faire parler d’eux en France, et que j’avais découverts il y a un an exactement lors de la dernière édition de Dour. Leur pop efficace et dénué de toute la dimension sirupeuse qui inonde trop souvent nos ondes radiophoniques de nos jours avaient constitué l’une de mes plus belles découvertes en 2011 : les Great Mountain Fire ont réalisé bien du chemin depuis, ont muri tout en restant fidèles à eux-mêmes et livrent une excellente prestation parmi laquelle certains titres comme « If A Kid », « Cinderella », ou encore « Late Lights » se démarque et font s’agiter les séants de l’assistance. Dans un registre sensiblement similaire, les rennais de Juveniles et leur pop noyée dans des flots de synthé 80’s ont démontré quelque chose d’assez prometteurs dès le premier jour du festival. Baxter Dury quant à lui, livrera un set classe et délicieusement british, fort d’un 3ème album Happy Soup qui lui a permis de voir sa notoriété croître considérablement. Enfin les français de François and the Atlas Mountain ont su démontré que la langue française n’était pas incompatible avec une pop aérienne et planante, aux légers accents de Fleet Foxes. A l’inverse les mecs de Experimental Tropic Blues Band ont confirmé ce que j’avais pu voir récemment d’eux en live… Le batteur ne sait plus faire qu’un seul rythme (rapide et insupportable), le tout est devenu bien trop bourrin, délaissant la dimension blues qui faisait le génie de leur son à leurs débuts (que j’avais suivi de près). Du potentiel gâché par un live foutraque et inaudible, en somme.

Dour, c’est également l’occasion de laisser s’exprimer l’esprit gangsta US qui sommeille en chacun de nous. A la vulgarité et aux clichés des Roots Manuva et Dilated Peoples, qui passent à côté de leur performance, Mos Def et Talib Kweli (Black Star) répondront avec un set de plus d’une heure bien classe, alternant quelques titres géniaux (« Auditorium », « Definition »…), bénéficiant d’une acoustique parfaite (c’est suffisamment rare à Dour pour être souligné) et de l’espèce d’aura naturellement classe de Mos Def (et de ses petits pas de danse). Les pionniers du rap West Coast, The Pharcyde accompagné d’un live band avec cuivres et tout et tout, ne souffriront d’ailleurs pas de la comparaison avec ces véritables légendes, ainsi que, à un degré moindre, les rappeurs anglais et prometteurs d’ASM (A State Of Mind). Mais les véritables claques rap de cette 24ème édition resteront pour moi, sans aucune contestation possible, les prestations de Puppetmastaz le vendredi, et de Dope DOD le dimanche. Essayez de vous imaginer une vingtaine de marionnettes rappant sur scène, avant de laisser place aux rappeurs allemands qui les animaient, affublés chacun de déguisement, et vous devriez vous rendre compte un peu de ce que donnent les Puppetmastaz en live. Attention aux raccourcis hein, tout ne réside pas uniquement dans le spectacle puisque musicalement c’est également très bon. Mais la véritable révélation, ce sont les néerlandais de Dope DOD, auteurs d’un set d’une heure d’une intensité folle, au beau milieu d’une ambiance dingue au sien de laquelle les « Douréééé » du public répondaient au flow dévastateur des trois MC originaires de Groningen : énorme, voilà.

Niveau rap français, pas grand-chose à se mettre sous la dent, comme d’hab, mis à part un concert plutôt réussi malgré une acoustique absolument dégueulasse, de Fuzati et de son Klub des Loosers, qui, à travers ses divers projets, a su apporter quelque chose de différent sur la scène rap française. Moins sérieusement, le concert de Seth Gueko fût l’occasion d’une grosse poilade pour moi, monsieur nous offrant sa vision de la vie, empreinte de poésie et d’une philosophie de haute volée (« J’ai des capotes whiskas pour les chattes difficiles », « la meilleure cachette c’est les toilettes, bistouflex », je cite). J’ai également assisté de très loin au concert de 1995, attendant avec impatience le moment où je pourrais ricaner à la vue du public auquel le groupe demandera de s’accroupir (dans la boue) avant de jumper (dans la boue, toujours).

Preuve que l’affiche était un cran au-dessous de celle de l’année dernière, je n’ai pas effectué de véritables découvertes cette année (alors que l’année dernière je m’étais pris une bonne dizaine de claques dans le faciès infligées par des groupes dont j’ignorais tout avant de me rendre à Dour !). Deux artistes totalement inconnu au bataillon ont tout de même retenu mon attention : les belges de Compact Disk Dummies et leur electro qui a permis d’instaurer une ambiance incroyable étant donné l’horaire à lequel jouait le groupe (1er jour de festoch, l’un des premiers groupes à jouer…) ; mais aussi Rich Aucoin. J’avais au préalable repéré ce Canadien qui livre une pop aux penchants dance et qui ne devrait pas tarder à faire sérieusement parler de lui. Je n’ai pas pu me rendre à son concert à Dour (la raison est peu glorieuse puisque je m’étais honteusement endormi sous un chapiteau boueux et peu confortable… Ah les fins de festival !) mais on m’en a dit beaucoup de bien : « pas grand monde mais grosse ambiance »,  « le mec a passé son temps dans la fosse ! », « y avait des confettis c’était rigolo », « un écran au fond de la scène avec diaporama et paroles affichées », « à la fin il a donné son numéro de portable pour qu’on lui envoie un message pour récupérer sa musique gratos ! », voilà à peu près les bribes qui sont parvenues à mes esgourdes à propos de ce concert. Autrement dit je me mords les doigts jusqu’à l’os d’avoir loupé ça.

Si avez trouvé cet article quelque peu longuet, estimez-vous heureux. J’aurais également pu vous parler de The Peas Project, Casiokids, School is Cool, Dan San, Les Fils de Teuphu, Marcel et son orchestre (qui vont d’ailleurs bientôt faire leurs adieux aux scènes en décembre prochain, alors si vous avez l’occasion de les voir, courrez-y puisqu’ils sont géniaux), The Skatalites, The Subways, Andrew Tosh, Tiken Jah Fakoly, Nada Surf, The Bots, BRNS ou encore Dinosaur Jr.

Au final tout s’est déroulé comme prévu lors de cette édition 2012 du Dour festival : moins bien que l’année dernière, mais toujours énorme, unique, n’ayant absolument rien à voir avec n’importe quel autre festival. Même si les conditions météorologiques ont été particulièrement hardcore cette année, musicalement Dour a été encore une fois bien plus qu’à la hauteur.

Rendez-vous du 18 au 21 juillet prochain pour la 25ème édition ! Je n’me mouille pas trop en avançant que ce sera encore une fois énorme, croyez-moi.

→ La playlist « Dour 2012 » est à écouter sur :

Grooveshark
Spotify

Photo n°1 : (c) Romain S. Donadio
Photo n°2 : (c) musicfestivals.be

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