The Experimental Tropic Blues Band à L’Aéronef (Lille, le 14 octobre 2011)

The Experimental Tropic Blues Band à L’Aéronef (Lille, le 14 octobre 2011)

La première fois que j’ai entendu parler de The Experimental Tropic Blues Band, ceux-ci assuraient alors la première partie de l’un des multiples side-project de Mr Jon Spencer himself, Heavy Trash. C’était à Tourcoing au Grand Mix, en 2009, un soir d’hiver. Histoire de découvrir un peu la chose, je fais au préalable un tour sur leur Myspace. Design imbuvable, avec des têtes de zombies sur un fond vert, le genre de vert qui fait mal aux yeux. Et puis là j’écoute l’unique titre du player, et subitement, je réapprends c’que c’est que le rock’n’roll. Le concert au Grand Mix m’aura laissé sur ma faim puisque trop court, mais celui à la Péniche à Lille un an plus tard restera comme l’un des meilleurs de l’année 2010 (au coude à coude avec les Stooges, rendez-vous compte !). Alors autant dire que quand je me pointe à l’Aéronef en ce vendredi soir, je sais exactement à quoi m’attendre. Ce soir, ça sentira le poil de rouflaquette, la binouze tiède, et les torses velus et dégoulinants de sueurs.

Mais tout d’abord, timide sera le début de soirée. Les londoniens de Male Blonding nous balance un indie-rock intéressant musicalement, mais dont la mollesse du chant souffre cruellement de la comparaison avec l’accompagnement dévastateur. Le public écoute poliment, pendant qu’un énervé au premier rang, la chevelure bardée de gomina, semble prendre son pied comme jamais.

Bon, vous l’aurez deviné à la concision du paragraphe précédent, ce n’était absolument pas pour la première partie que j’étais venu ce soir, tout excité que j’étais à l’idée de revoir pour la troisième fois The Experimental Tropic Blues Band. Experimental Tropic Blues Band quoi ! Rien que le nom du groupe laisse présager une véritable tornade de  « rock’n’roll de puta madre », comme le dit Boogie Snake au tout début du set, à l’instant même où celui-ci déboule sur scène. Cette espèce d’asperge démesurément squelettique, chemise déboutonnée jusqu’au nombril et longs cheveux blonds tombant et cachant l’entièreté de sa face, n’a, à première vue, absolument pas le look de l’archétype du rockeur. Mais dès qu’il s’arme de sa Telecaster et qu’il beugle le moindre mot dans son micro, ça vous débouche radicalement les oreilles. A sa gauche, Dirty Wolf, est chargé des « grognements », et de « l’exhibitionnisme » (c’est ainsi qu’il est présenté sur son Myspace, en tout cas). Mais la plupart du temps, c’est à l’aide de sa Gibson Flying V qu’il fait cracher ses amplis un blues crasseux et distordu au possible. Derrière eux, un batteur chauve, aux joues fendues de deux remarquables rouflaquettes et répondant au nom de Devil D’inferno, cogne et maltraite les fûts de son instrument.

Les titres démentiels s’enchaînent à toute allure, concentré de rock’n’roll à l’état brut, au sein duquel l’harmonica de Boogie Snake vient régulièrement s’ajouter. Titre le plus représentatif de leur œuvre : « I Dig You Much and More » et son intro où harmonica, accords blues et rythmes infernaux s’entrechoquent jusqu’à transformer en légers pogos le twist auquel s’adonnent les premiers rangs.

Le groupe parle fréquemment entre chaque chanson, que ce soit pour nous présenter leurs titres (« une chanson pour vous faire bouger sympathiquement… tout en parlant altermondialisme et coupe budgétaire ») ou tout simplement pour répondre au public assez clairsemé mais particulièrement réactif. Respect à Dirty Wolf qui nous aura, encore une fois, démontré toute sa délicatesse, engloutissant d’un trait la bière du type au premier rang avant de lâcher sur scène le plus gros mollard qu’il m’ait été donné de voir. Classe, vous dis-je. « Quoi ? Tu crois que j’bois d’la bière moi ? », lance-t-il à cette même personne, avant de s’éclipser un instant, puis de revenir une bouteille de whiskey à la main afin d’en proposer à tous les pseudo bikers du premier rang, tendant avidement leur gobelet vide. Son comparse Boogie Snake est tout autant une bête de scène : il s’introduit au sein du public dès qu’il pose sa guitare et danse avec un peu tout le monde tout en soupirant lascivement dans son micro.

« Bon, vous connaissez les Stooges- les Fugees ! – nan, les Stooges, nom d’une pipe ! », et les liégeois nous reprenne le cultissime « No Fun » à une vitesse infernale. Bref, ces mecs n’inventent rien. Mais ce qu’ils font, c’est-à-dire du putain de rock’n’roll, du « Goddamn Blues » à la Jon Spencer Blues Explosion et autres Jim Jones Revue, ils le font bien. Dernière chanson, les membres du groupe invitent quelques spectateurs à venir se déchaîner et s’exploser les cordes vocales sur scène. Seul regret, ce soir nous n’aurons pas droit à la même gestuelle tendancieuse qu’à La Péniche, où Boogie Snake s’adonnait alors à d’étranges rituels du type « je mets mon micro dans mon pantalon, écoutez ce qu’il se passe dans mon caleçon ! ». Malgré la brièveté du set, on n’en ressort qu’avec l’irrépressible envie de se procurer leur premier EP ravageur, Captain Boogie, ou comment vous rendre à moitié sourd tout en vous donnant une leçon de rock’n’roll, en une petite quarantaine de minutes.

Site officiel : http://www.tropicbluesband.com/
MySpace : http://www.myspace.com/theexperimentaltropicbluesband

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