Critique de « Grace/Wastelands » (2009) par Peter Doherty

Grace/Wastelands (2009)Grace/Wastelands

par Peter Doherty

Album 4 étoiles
Année : 2009
Label : Parlophone (EMI)
Stéréotypes : Rock, Folk-rock, Britpop
Liens : MySpaceSpotify

J’avais peut-être un peu trop de caféine dans le sang, mais il y avait aussi de l’appréhension avant de mettre en marche ce Grace/Wastelands. Avoir peur d’écouter un disque, c’est tout de même pas banal. Il faut bien dire à ma décharge que Peter Doherty, qu’il énerve ou fascine, ne laisse personne indifférent, et ce de gré ou de force. Au-delà de toutes ces histoires de drogué, l’histoire de Peter Doherty pourrait être un vrai film hollywoodien dont le scénario s’écrit en ce moment même. Du duo de libertines formé avec son ami d’enfance, leur starification, leurs embrouilles et réconciliations multiples, les filles, la liberté, la drogue, la séparation, les rumeurs, les deux nouveaux groupes qui tentent tant bien que mal de faire oublier les Libertines… Et puis voici cet album solo, nouveau rebondissement dans l’histoire de ces deux frères maudits dont on sait qu’ils finiront par se retrouver… Non ?

Grace/Wastelands est une réussite, et s’est imposé en tant que tel très rapidement. Je pense qu’une partie non négligeable du crédit doit revenir à Graham Coxon et aux divers musiciens des Babyshambles ayant participé à la conception du disque. L’instrumentation est fantastique, bien plus complexe que je ne l’aurais imaginé, les arrangements sont à tomber par terre et ils se sont même permis un morceau qu’on croirait sorti des années 1940 (« Sweet By and By »), où l’on imagine un Pete Doherty, verre de bourbon à la main, chantant son amour perdu dans un club de jazz de la Nouvelle-Orléans… Auriez-vous imaginé ça ? Du jazz ?! Ce disque est étonnament éclectique, très travaillé, loin, très loin, à des années-lumière d’un disque enregistré entre deux séjours en désintox. Peter Doherty tient là un disque qui fera taire bon nombre de détracteurs et qui ne fera plus dériver chaque conversation comportant son nom vers une diatribe anti-drogues.

Tout pourtant n’est pas excellent. J’ai trouvé les quatre dernières pistes plutôt emmerdantes par rapport aux huit précédentes. Gentillettes, charmantes, mais emmerdantes. Il faut dire que les deux premiers tiers du disque sont vraiment surprenants. Ils m’ont parfois fait penser (comme dans « A Little Death Around the Eyes ») à l’ambitieux premier disque des Last Shadow Puppets, qui a rappelé à tout le monde que s’adjoindre les services de cordes pouvait être bénéfique pour n’importe quel groupe de rock.

« Arcadie » est une très jolie entrée en matière, avec une mélodies à la Dylan ou Bert Jansch, une bonne façon de se réhabituer (sans jeu de mots) à la voix spéciale de Peter Doherty. La première vraie surprise est « Last of the English Roses », qui sonne comme du Gorillaz, avec un texte très anglophile, et un double-sens qui n’est véritablement apparu qu’avec le clip. Les choeurs sont accrocheurs – cette chanson risque de devenir un incontournable des karaokés anglais – et entourés par une mélodie assez troublante, pas mélancolique, pas vraiment romantique, mais plutôt fantômatique, ce que le clip n’a pas vraiment réussi à reproduire.

Peter Doherty

« 1939 Returning » est tout simplement splendide, la plus belle chanson de l’album. Les violons sont superbes, avec ces petites touches arabisantes qui rendent la chanson impossible à situer dans le temps et l’espace. Tout comme sur l’automnale et magnifique « Salome », le chant de Doherty est parfait. Sérieusement, je ne crois pas l’avoir entendu si bien chanter sur un disque. La musique qui l’accompagne correspond plus à ses textes poétiques que celle de Down in Albion des Babyshambles. Elle est plus cinématique, elle est fait plus appel à l’imaginaire et nous met dans les meilleures conditions possibles pour nous laisser embarquer dans ses histoires romantiques… C’est beau !

« Through the Looking Glass » est ma deuxième chanson préférée du disque, littéralement extraite de sessions des Libertines, enregistrées à Paris entre leurs deux albums. La seconde guitare de Graham Coxon est très présente, et je n’ai pas pu m’empêcher d’imaginer ce que cette chanson aurait pu donner avec Barât à sa place et aux choeurs. « Palace of Bone » aurait pu être chantée par Alela Diane dans son Pirate’s Gospel. Elle commence comme une chanson de The Coral, et continue dans un style folk-blues terriblement addictif. Cinématique, le mot me revient encore à l’esprit. J’adorerai voir le clip de cette chanson !

Et puis à partir de « Sheepskin Tearaway », j’ai commencé à m’emmerder. C’est beau, c’est très bien joué, bien chanté, mais ça ne suffit pas pour me toucher. Tout ce que j’ai envie de faire arrivé à ce moment, c’est remettre le disque sur « Arcadie » et tout réécouter jusqu’à « Palace of Bone », encore et encore…

On aimerait que le film de Peter Doherty se termine bien : « Et il continua à faire des disques merveilleux, vécut heureux et eu plein d’enfants », mais en même temps on aimerait bien de nouveaux rebondissements, un nouvel album des Libertines, d’autres voudraient un petit scandale… On en veut toujours plus, mais ce n’est pas une raison pour bouder notre plaisir à l’écoute de cet excellent album.

J’avais aucune raison d’avoir peur finalement :-)

Votre avis ?
[ratings]

Il y a 15 commentaires.

  1. J’aime beaucoup la première partie du disque. Jamais bâclé, on est un peu sur le cul de voir de tels arrangements, c’est clair. La voix de Pete passe impeccable, et on navigue entre le folk rock indépendant d’aujourd’hui et des influences clairement sixties/seventies (Bob Dylan pour ne citer que lui). Ajoutons à ça un excellent « Last Of The English Roses » qu’aurait pu faire Gorillaz, et on obtient un album varié et agréable. Excellente surprise donc, même si la fin du disque est loin d’être aussi agréable que la première.

  2. In reply to Thibault F.

    La fin du disque est agréable, juste… trop facilement oubliée. Alors que chacune des pistes au-dessus est franchement unique musicalement :)

  3. Je suis assez d’accord avec tes remarques mais pour ma part, j’ai beaucoup apprécié la deuxième « partie » de l’album (si tant est qu’on puisse en dégager 2 parties). Je dois dire que je suis entré dans l’album par « New Love Grows On Trees », « Last of the english Roses » ne m’ayant pas accroché au départ.
    Je trouve aussi que « Broken Love Song » apporte beaucoup à l’album, notamment quelques envolées nécessaires à un album somme toute très calme !
    J’allais oublier : à la première écoute, les première notes de Arcadie m’ont tout de suite fait penser à « Babyshambles »‘. Mais non, pas cette fois-ci non plus :(

  4. In reply to Panzoli@irit.fr

    Grrrr. Satané remplissage automatique des champs !

  5. Je trouve justement que les meilleures chansons de l’album se situent majoritairement vers la fin … j’ai un faible pour l’ultime ballade « lady don’t fall backwards »…

    Après une demi douzaine d’écoute de cet album, je pense pouvoir dire que toutes les chansons sont intéressantes et possèdent de sublimes textes et des arrangements à la fois plus ordonné que la punk attitude habituelle des babyshambles, mais respectant l’esprit de Pete(r) , ses idées , le chaos qui résonne de ses morceaux…

    Seule « Palace of bones » m’a laissé quelque peu de marbre j’ai l’impression.

    Un album fantastique quoi qu’il en soit ! Bien que le single soit surestimé par rapport au reste…

    mes 3 morceaux preférés sont pour l’instant (dans l’ordre) : Lady Don’t fall backwards, New Love grows on trees et a little death around the eyes !

    J’espère que cet album va marcher, qu’il va montrer au monde une autre facette de ce puits de poésie qu’est Mr Doherty !

  6. bonjour!
    je suis tout le monde. J’ai beaucoup aimé la fin. Le début m’a semblé d’un ennui mortel. Comme quoi!
    Et désolée, mais j’ai adoré « a little death into the eyes », proche à mon sens de Gainsbourg.
    Je repasserai
    tres bien ton site !

  7. remarque, j’exagere en parlant d’un ennui mortel. Mettons plutôt qu’à la première écoute (celle qui reste souvent) le début m’a moins marqué que la fin.

  8. Tout à fait d’accord pour dire que cet album est une réussite!
    Perso, la fin m’a beaucoup plu!
    Mon petit chouchou c’est « New love grows on trees », une mélodie planante qui ne serait pas sans rappeler Air.
    Petit bémol pour « Salomé » que je trouve pour le coup plutôt emmerdante, au même titre que « Arcady ».
    Mais un album qui m’a beaucoup plu et rassuré, dans l’ensemble!
    On voit Doherty dans le futur, un songwriter à la Dylan, RESPECTE (enfin!) et connu pour son talent (immense) et non pas pour ses frasques people!
    En un mot: Longue (très longue) vie à Pete Doherty!

  9. Etant moi aussi un grand fan des Libertines mais peu attiré autant par les Babyshambles que par Dirty Pretty Things et fan de Blur j’attendais cet album avec impatience et franchement cet album ne m’a pas déçu et j’attend avec d’autant plus d’impatience de voir sur quoi la reformation des Libertines va déboucher !

  10. Je suis plutot d’accord avec la critique…
    Sauf : dans cette 2e partie il est vrai un poil chiante, « New love groes on trees » est faussement légère et très profonde en fait, une merveille !

  11. Des que j’ai entendu « Last Of The English Roses », j’ai vraiment tout de suite accroché au style, à la voix de Pete. Alors j’ai acheté son album, je l’ai écouté, et j’ai été subjugué ! Une vraie merveille ! J’aime beaucoup toutes les chansons. Pour moi aussi « 1939 Returning » est la plus belle de ce magnifique album. Merci pour cette excellente critique.

  12. Très bien cet album, il faut un peu de temps pour s’habituer à une rythmique plus calme par rapport aux babyshambles mais on retrouve bien ce qui a fait l’originalité des libertines
    des mélodies simples avec des arrangements légers mais surprenant
    textes bien posés
    au final je craque bien pour 1939, salome et I am the rain dont personne n’a parlé: chanson très simple mais belles paroles
    Je l’ai vu en concert mais malheureusement avant la sortie de l’album
    dommage c’était au bataclan et je le sens pas trop au zénith sur ce répertoire…

  13. Je ne connaissais pas du tout les Libertines et autres groupes de pete doherty. J’ ai adoré le single « Last of the English roses » et j’ai donc acheté le disque. Je suis littéralement tombée sous le charme de sa voix. Quand on écoute son disque on oublie complètement que c’ est un drogué !!! « Arcady »; »A little death around the eyes »; »I am the rain » et surtout « New love grows on tree » sont pour moi les meilleures chansons du disque. « Salome » et « Palace of bone » sont pas mal non plus. Par contre j’ ai toujours tendance à zapper sur « Sheepskin taeraway » et « Lady don’t fall backwards ».
    Je joue de la guitare et franchement quand on termine le disque on a tout de suite envie de chercher les accords et jouer ces super chansons comme « Arcady » et « New love grows on tree ». Vraiment super album rien à dire à part achetez le !!!:D

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