The Wave Pictures, brillants et authentiques

The Wave Pictures - Portrait - Gaëlle Lang

Les Wave Pictures sont « un groupe avec des chansons et des solos de guitare », déclara un jour leur leader, David Tattersall, le plus Droopy-esque des guitar heroes anglais. C’était en 2008, à la sortie de Instant Coffee Baby, leur septième album, et le premier qui se fit véritablement remarquer par la critique, le public et moi-même.

Les Wave Pictures ont toujours été, et le resteront probablement toujours, à la périphérie de la scène indépendante britannique. L’audience de leurs concerts a toujours été entre 30 et 300 personnes et le succès commercial n’a jamais eu lieu. Ils vivent ainsi modestement à Londres, grâce aux revenus de leurs disques et tournées, et leurs fans se demandent toujours pourquoi leurs morceaux ne sont pas jouées sur Radio 1, la radio lanceuse de carrières de la BBC.

David, le chanteur et guitariste charismatique, et Franic, le bassiste timide, ont grandi ensemble à Wymeswold, un village de 1300 habitants entre Sheffield et Birmingham, à deux heures de Londres. Le troisième laron, Jonny le batteur, était avec Franic en école d’art et a rejoint le groupe après que le batteur originel lâcha les baguettes pour étudier la philosophie.

Et même si leurs années étudiantes sont maintenant loin d’eux, les Wave Pictures me donnent toujours cette impression de groupe pseudo-amateur et pleins de promesses. Ils n’ont jamais réussi à toucher le grand public, mais ont acquis au fil des années une importante base de fans dévouée, rarement déçue par la livraison d’album quasi-annuelle d’un groupe prolifique en quête perpétuelle d’authenticité depuis 18 ans.

En parlant d’authenticité, le groupe fustige même, dans le communiqué qui accompagne la sortie de Bamboo Dinner In The Rain (sorti le 11 novembre chez Moshi Moshi Records), la « musique de robots » des jeunes d’aujourd’hui. Je suppose qu’il y a un peu d’ironie, même si je ne peux m’empêcher de penser qu’ils commencent peut-être à tourner vieux cons ! Il faut dire que David n’aime pas les ordinateurs. Le groupe n’aime pas non plus répéter pendant des heures, ni s’emmerder à passer des jours en studio pour polir leurs morceaux jusqu’à la perfection. Leur spontanéité et leur son légèrement abrasif leur a toujours donné ce côté « garage » tout au long de leur longue discographie. Depuis 2014 et leur collaboration sur leur avant-dernier album avec Billy Childish, un artiste anglais culte qu’ils adulent, ils semblent en outre avoir pris encore un peu plus d’assurance, un peu plus de « swagger », plus d’ambition peut-être ?

Leur recherche d’authenticité trouve son origine dans leurs influences americana, blues et rock’n’roll américains des années 50 et 60. Pas vraiment les inspirations du groupe rock indé anglais, me direz-vous, et ils le revendiquent ouvertement. C’est ainsi probablement le plus américain des groupes de rock anglais, plus proches de Neil Young que de Morrissey, même si l’on ne peut parfois pas s’empêcher de penser au romantisme désué des Smiths en écoutant certaines de leurs chansons. Et les fulgurances guitaristiques et mélodiques me font souvent penser aux Kinks… Mais peut-être est-ce seulement à cause de l’accent anglais de David…

Celui-ci décrit leur nouvel album comme son plus personnel, son plus authentique. Si vous vous attendez à quelque chose de moderne, passez votre chemin. Même si l’approche du groupe est carrément rafraîchissante, leurs racines sont bien ancrées au milieu du siècle dernier. Il faut imaginer ces morceaux joués un jour de pluie de novembre, dans un restaurant paumé en Arkansas, sur un authentique jukebox de 1955. Chaque morceau est ponctué de parties instrumentales et de solos de guitare assez fantastiques comme sur le jouissif « Eskimo Kiss » :

La voix de David sera probablement un « deal-breaker » pour pas mal d’entre vous : elle est quelque part entre Tom Verlaine du groupe new-yorkais Television, Eddie Argos du groupe londonien Art Brut, et un collégien qui se fait intimidé quotidiennement à l’école, malgré la quarantaine bedonnante du bonhomme, tout ça avec un bon accent anglais.

Au-delà de la voix et des envolées instrumentales du groupe, ce sont les chansons qui constituent le troisième pilier de l’univers Wave Pictures : ce sont des histoires de tous les jours, drôles et pathétiques, bourrées de détails hilarants et de personnages attachants, racontées avec tendresse. Pour David, une chanson doit peindre une image spécifique dans l’esprit des auditeurs, ou a minima dans le sien, et c’est ainsi qu’il écrit. Que ce soit la couleur d’un manteau d’une fille, des porcs-épics endormis dans une clairière, une histoire d’éjaculation précoce, tout est dans le détail. Toujours empreintes d’humour et de candeur, les chansons des Wave Pictures seront un bonheur à découvrir pour ceux et celles d’entre vous pour qui les paroles sont importantes. Ce n’est pas particulièrement mon cas, mais dans le cas des Wave Pictures, je tends toujours l’oreille et elles arrivent toujours à dessiner un sourire sur mes lèvres.

Si vous ne connaissez pas encore ce groupe et que cet article vous a donné envie de les découvrir, vous êtes partis pour des heures d’écoute et une abondance d’excellents morceaux. C’est l’un des groupes que je trouve les plus attachants. Si vous vous demandez par où commencer, je vous invite à écouter Instant Coffee Baby, tout simplement par c’est par celui-ci que j’ai commencé et je ne les ai jamais lâché (et ne les lâcherai jamais).

Illustration : © Gaëlle Lang

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Il y a 1 commentaire.

  1. Eh bien merci pour la découverte. Je connaissais peu, quelques titres par ci par là. Mais je suis fan du dernier album. Et avide de découvrir les précédents.

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