Critique de « Passover » (2006) des Black Angels

  • 28 février 2010
  • Par Eddie

Liste de lecture

1 | Young Men Dead
2 | The First Vietnamese War
3 | The Sniper at the Gates of Heaven
4 | The Prodigal Sun
5 | Black Grease
6 | Manipulation
7 | Empire
8 | Better Off Alone
9 | Bloodhounds on My Trail
10 | Call to Arms

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Extraits



Quand vous allez écouter « Young Men Dead », vous allez vous étonner que je ne vous ai pas encore parlé des auteurs de cette tuerie. À vrai dire j’en suis moi-même étonnée, parce que les Black Angels m’accompagnent depuis bien avant la création de ce blog et ils sont revenus régulièrement dans mon lecteur mp3. Vous commencez à connaître mes goûts, vous vous douter que le son des Texans a tout pour me plaire. Sur leur deux albums, Passover, le premier, est mon préféré.

Black Angels, « Young Men Dead », pas d’ambiguités possibles, on n’est pas chez les Bisounours. J’adore écouter ce groupe à l’extérieur. Même quand le ciel est dégagé, que le soleil brille, que les oiseaux chantent, avec Passover dans les oreilles, difficile de ne pas imaginer qu’un instant à l’autre un ouragan va vous tomber sur le coin de la gueule. Ou la 3ème guerre mondiale. Ou deux camions remplis d’essence qui se rentre dedans en face d’une école maternelle à la sortie des classes. Enfin quelque chose qui ruinera votre journée.

Bref, Passover ne respire pas la joie de vivre. Bande-son d’un film de guerre, l’analogie est un peu facile avec des titres comme « First Vietnamese War » ou « The Sniper at the Gates of Heaven », mais il faut bien dire que l’imagerie suggérée par les paroles d’Alex Mass et Christian Bland ne laissent pas beaucoup de libertés. C’est une musique contestataire, en réaction à la guerre d’Irak, en réaction surtout à un monde qui ne leur plaît pas et où il est difficile de trouver sa place (« Better Off Alone », Un mur de guitares, une batterie hypnotique, et la voix inquiétante du même Mass. Et ses cris distillés au compte-goutte me rendent dingue.

Dès les premières secondes, le terme psychédélique prend son sens : c’est comme être téléporté au beau milieu d’un champ de bataille urbain, du genre Terminator après l’attaque de Skynet (on fait avec les références qu’on a, hein). Jamais désespérante, même si le groupe fait tout pour que l’auditeur se sent oppressé de tous les côtés, aidé en cela par leur drone machine, un instrument bizarroïde qui caractérise le son des Black Angels sur ce disque (elle disparaîtra sur Directions to See a Ghost).

Les Black Angels souffrent d’un manque d’originalité qui leur a valu des critiques en demi-teinte. Il faut bien avouer qu’ils se battent dans la cour de Black Rebel Motorcycle Club, de Black Mountain, de Brian Jonestown Massacre, et de toute une flopée de groupes revendiquant les influences de groupes psyché des années 1970. Le néologisme « néo-psychédélique » a même été inventé pour stéréotyper un peu plus ces groupes.

Seulement ce disque est à ranger parmi les quelques superbes réussites néo-psyché, avec le premier album de BRMC et le second de Black Moutain. Passover est très solide du début à la fin, ce que je n’avais pas bien réalisé jusqu’à ce qu’on m’incite à le réécouter il y a quelques jours. Jusqu’alors je n’avais gardé en tête que les quatre premiers morceaux, qui passaient donc en boucle. Mais en fait tout l’album est à se taper la tête de bonheur contre un mur.

L’ambiance est pesante et chargée d’une énergie que je qualifierai de sexuelle, primaire. J’ai lu dans des tas de critiques l’horrible mot « sexy », mais non, ce disque n’est pas sexy. Iggy Pop qui vous regarde dans les yeux en plein milieu de « Penetration », vous trouvez ça sexy ? Non, c’est sexuel, bande d’effarouchés, c’est du rock. C’est physique, magnétique.

Passover possède cette énergie rock’n’roll occulte, mis en orbite par des riffs pas impressionnants a priori mais qui prennent au fil du morceau une ampleur monstrueuse. Et quand Alex Mass lâche un hurlement, suivi dans la foulée d’une explosion de guitares qui se transforme en ravalement d’façade à coups de méchantes distortions apocalyptiques, j’vous raconte même pas. Il paraîtrait même que la drone machine a des pouvoirs surnaturels : elle canaliserait l’énergie des morts. Oui monsieur.

Les cinq premiers morceaux sont au-dessus du reste à mon goût, mais je les considère tous comme des chef-d’oeuvres. Les cinq suivants ne sont donc que de splendides tueries à faire pâlir de jalousie le Black Rebel Motorcycle Club (dont le dernier disque est une demi-déception, je me permets donc de les égratigner). « Bloodhounds on My Trail » et « Call to Arms » sont bien différentes du reste, la première est plus « classique » mais tout aussi efficace. J’me demande ce que vient faire l’harmonica là-dedans, mais pourquoi pas. « Call to Arms » et ses 13 minutes sont dans la plus pure veine velvetienne (un peu pompé sur « Heroin », mais on leur pardonne) et clôt magistralement le disque.

10 morceaux, un album intemporel et addictif que je considère d’ores et déjà comme un classique, à ranger dans votre discothèque aux côtés de ceux du Velvet, des Doors, des Byrds, de Syd Barrett, de Pink Floyd.

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When you’ll listen to « Young Men Dead » you’ll wonder why I did not speak about this killing machine earlier. I must admit I’m even surprising myself there as Black Angels were already among me and my mp3’s best companions long before I started writing this blog. I guess you now have a good idea of my music taste, so you know those Texans have the sound it takes to rank in my personal favs. Passover is my favorite out of the two albums they made.

Black Angels, “Young Men Dead”, no possible mistakes we’re not among the Care Bears. I love to listen to that band outside. Even when the sun shines in a cloud-free sky and birds keep singing, Passover makes hard not to think a storm will suddenly strike right on your head. Or World War Three. Or two fuel trucks crashing into each other in front of an infant school. Anything that would ruin your day.

In a nutshell, Passover isn’t exactly filled with joy. Soundtrack of a war movie ? This is what would come to your mind when reading the song titles such as “First Vietnamese War” or “The Sniper at the Gates of Heaven”, and this thought is kind of confirmed by Alex Mass and Christian Bland’s lyrics all along the album. Contester music, a reaction to war in Irak and most of all a reaction to a world in which they don’t feel like fitting : “Better Off Alone” is a wall of guitars, an hypnotic drumming and a creepy voicing from the aforementioned Mass. His shouts exhaled drop by drop drive me crazy.

The word psychedelic gets a meaning from the first seconds. It’s like being teleported in the middle of an urban fight, like Terminator after Skynet’s attack (I apologize for the teenager references, but what’d you expect ?). Leading you towards desperation, Black Angels put pressure on your mental sanity on every side of it, strongly helped by that weird drone machine instrument that’ll disappear on Directions to See a Ghost.

Black Angels suffer from a lack of originality which prevented them from receiving better critics. One must admit they’re among Black Rebel Motorcycle Club, Black Mountain, Brian Jonestown Massacre, and another throng of bands influenced by 70’s psychedelic trend, trying to get a space on stage. Thanks to this they even got their own descriptive title : “neo-psychedelic” bands.

This album fits among the few magnificent neo-psych albums, in which one would find BRMC’s first album and Black Mountain’s second one. Passover is very solid from the beginning till the end, and I hadn’t noticed it until I was dragged into listening to it once more a few days ago. I only had in mind the first four titles, playing in loop mode. But actually the whole album is so good it makes me bang my head on walls.

The heavy ambient on the album is loaded with..say, a sexual, primitive energy. Many many critics use the word “sexy”, but no, this album isn’t sexy at all, absolutely not. Iggy Pop staring at you right in the middle of “Penetration”, think that’s sexy ? No you retarded teenagers, it’s sex. That’s what rock is. Physical, magnetic.

Passover has this dark rock’n’roll matter inside it, orbited by some riffs who just get bigger and bigger through the song. I cannot even try to describe what’s happening when Alex Mass yells like hell followed by guitars exploding and burning your face with apocalyptic distortions. Some say, the drone machine’s got supernatural powers : it vehicles dead people’s energy. Yes Ma’am.

The first five songs are above the rest to me but I consider all of them as masterpieces though. The five next are just amazing killing sprees of which Black Rebel Motorcycle Club should be jealous (their last album is half disappointing, so I allow myself to say such things).
“Bloodhounds on My Trail » and « Call to Arms » tend to be like aliens among the other songs, the first one being a bit more “classic” but still quite efficient. ‘Wondering what the heck is a harmonica doing there, though. « Call to Arms » is 13 minutes of pure Velvetian blood (a bit too much « Heroin » in that blood if you listen carefully, but that is to be forgiven) and beautifully ends the album.

As a result : an out-of-time set of ten songs, forming an addictive whole to be considered (in my mind) as a classic, perfectly fitting next to Velvet, Doors, Byrds, Syd Barrett and Pink Floyd.

Il y a 18 commentaires.

  1. Rhaaaaaaaa.
    Dans mes bras !
    Voilà. C’est tout.

  2. Sniper at the gates of heaven ça fait penser à piper at the gates of dawn. C’est pur hasard ou …?

  3. In reply to mleca

    Oh non, c’est loin d’être du hasard, « Piper at the Gates of Dawn » est le disque préféré de Christian Bland, le fondateur du groupe. Je crois avoir lu quelque part qu’il écoute le disque tous les matins en se réveillant.

  4. Dans ce cas je crois que je vais écouter ce Passover. 
    Merci pour la découverte. 

  5. Cet album est une tuerie, je l’écoute encore régulièrement…
    Je vous conseille dans le même registre les mythiques « The Warlocks », et les relativement méconnu « Dead Meadow ».

  6. trop bon je cours l’acheter
    merci

  7. Oops je m’étais trompé d’une lettre dans mon E-mail
    voilà qui est réparé

  8. Aaah :) Et en concert… en concert.. J’en ai des frissons rien qu’en y repensant !

  9. Et surtout à voir sur scène… Je t’en ai parlé sur twitter mais j’ai toujours et encore le souvenir de cette première partie qu’ils ont assuré pour les Black Keys!! Massif et hypnotique! J’ai même failli partir de la salle après leur set en oubliant que ce n’était que la première partie.

  10. Typiquement le genre de groupe qui passe inaperçu mais qui mérite bien plus que sa réputation de groupe « plagieur ».
    En effet, le spectre d’un certain Jim Morrisson plane aux première écoutes, mais c’est un raccourci inexact; c’est réfléchi, construit et c’est plutôt un excellent hommage/synthèse à toutes les références 60’s.

    Le guitariste gaucher est en effet un admirateur de Syd Barett et il faut bien dire que les plages les plus longues de leurs 2 albums font évidemment penser à cette époque du Floyd.

    Ne négligez pas le suivant (directions to see a ghost), c’est une autre tuerie qui se mérite un peu plus, mais penchez vous sur des titres comme « never/ever » ou « snake in the grass » et vous saurez de quoi je parle.
    Mais attention, ne vous penchez pas trop, vous risquez (comme moi) de succomber.

    just kill, kill what you can

  11. On tient là LE disque psyché des 00’s, pas grand chose d’autre à rajouter …
    … sinon que si quelqu’un avait la bonne idée de faire un grand film sur la guerre d’Irak, un morceau des Black Angels serait parfait pour illustrer la scène finale, un peu comme The End pour Apocalypse Now, mais ceci n’est qu’une parenthèse …

  12. In reply to schwabe

    Les black angels bien sûr ! :)

    @schwabe : enfin quelqu’un qui connait les Warlocks! Un peu trop dépressifs parfois mais tellement bon !
    @Klak : tout à fait d’accord avec ta parenthèse, bien trouvé!

  13. In reply to klak

    Hehe Klak, on se retrouve :-) Personellement j’ai eu la même image qui m’est venue à l’esprit la première fois que j’ai écouté ce CD. Il y a un autre CD qui m’a fait pensé à la même chose (le ventilo et Charlie Sheen qui fait un kata… avec comme bande sonore, THE END), il s’agit de l’avant dernier Primal Scream, me souvient pas du titre de tête, mais il y a un gosse sur la pochette avec un boa autour du coup… ou peut etre que je délire…)

  14. In reply to klak

    Hehe Klak, on se retrouve :-) Personellement j’ai eu la même image qui m’est venue à l’esprit la première fois que j’ai écouté ce CD. Il y a un autre CD qui m’a fait pensé à la même chose (le ventilo et Charlie Sheen qui fait un kata… avec comme bande sonore, THE END), il s’agit de l’avant dernier Primal Scream, me souvient pas du titre de tête, mais il y a un gosse sur la pochette avec un boa autour du coup… ou peut etre que je délire…)

  15. In reply to schwabe

    En fait c’est Never/Ever sur le 2eme album qui ferait l’affaire, on entend presque un hélico décoller à un moment … euh pour Primal Scream, aucune idée …

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