
Midnight Boom
par The Kills
Domino - 2008
Après 2 albums qui ne m’ont pas vraiment mis hors de moi, pour rester polie au moins dans l’introduction, les Kills nous ont balancé en mars dernier une bombe nommée Midnight Boom, dans lequel la charge sexuelle de leurs paroles rencontre avec succès leur garage-punk lo-fi, un son assez crade, des paroles qui prennent aux tripes, vous rentrent dans l’oignon (non, pas celui-là) et ne vous lâchent plus. Jouissant d’un coup de projecteur bienvenu grâce à la relation entre Kate Moss et Jamie ‘Hotel’ Hince, guitariste du groupe, cet album s’est imposé très rapidement comme un des tous meilleurs de l’année.
Les Kills se trouvent à mi-chemin entre les White Stripes et le couple Gainsbourg/Birkin. Il existe entre eux une symbiose, une entente qu’on a du mal, sans les connaître, à caractériser : frère/soeur ou amants ? Jack et Meg (qui ne sont pas vraiment frère et soeur) n’ont pas des paroles aussi… claires que “I want you to be crazy, cause you’re boring baby when you’re straight.”. Mais Allison ‘VV’ Mosshart et Hince n’ont pas non plus une relation aussi intense que leurs paroles pourraient laisser supposer, et s’éoignent donc également du modèle génie torturé/muse de Gainbourg et Birkin.
Alors, merde, qu’est-ce qu’ils foutent ensemble ces deux-là ? Ils se sont trouvés, après avoir fait partie chacun de leur côté de groupes punk (et même anarcho-punk pour Hince), de chaque côté de l’Atlantique (Allison est de Floride, Jamie d’Angleterre) et ont commencé à chercher leur son. Perdant leur temps à la recherche d’un rock minimaliste qui fera s’émoustiller les critiques, mais qui s’avère en réalité pas très excitant, ils réussissent avec Midnight Boom un tour de force. Peut-être rassurés par l’accueil des critiques, ils s’autorisent une inventivité terriblement excitante, ils s’amusent (enfin, oserais-je dire), se lâchent, bref, ils ne cherchent plus à faire un truc super compliqué et réfléchi, non, ils balancent du garage-rock à forte tendance blues-rock, ce qui leur ouvrent de nouvelles opportunités, qu’ils prennent avec passion et sincérité, sans s’poser de questions.
Des références à Dostoïevski dans “Last Day of Magic” au surréalisme sombrissime de “Alphabet Pony”, en passant par la ballade velvetienne “Goodbye Bad Morning”, les Kills amène enfin de la chaleur, de la braise dans ce qui était auparavant trop froid et détaché. La voix d’Allison Mosshart… la voix d’Allison Mosshart est tout bonnement incroyable, il n’y a qu’à écouter “Hook & Line” et “Black Balloon” pour s’en rendre compte. Cette fille peut tout chanter, peut tout hurler, ça sonnera juste et ce sera juste bon, trop bon. Le jeu de guitar de Jamie Hince est lui aussi particulièrement intéressant, il sort des sons dingues, qui me font penser à Suicide ou au Velvet Underground, il crée une ambiance unique, sans effort apparent ; c’est toujours quelque peu minimaliste, mais bien mieux produit et mixé.
Beaucoup, beaucoup de critiques musicaux parlent de leur déception à l’écoute d’un album en pointant le manque “d’urgence dans l’enregistrement”, ce qui me fait personnellement toujours beaucoup rire. Comme si on ne pouvait pas sortir de grand album en passant des heures à le produire ou à le mixer. Les Kills ont passé plus de temps en studio pour cet album que pour les deux précédents, et ce qu’il en ressort extrêmement nettement, c’est justement (et selon les critiques de plus haut, paradoxalement, mais pas pour moi) un sentiment d’urgence, de fureur créatrice, de nervosité dans le bon sens du terme, ils jouent et chantent comme s’ils étaient sur des charbons ardents, ils se sont mis la fièvre, pour paraphraser nos 2 plus grands philosophes.
Intense, fiévreux, cet album a tout de ces albums qui vieillissent extrêmement bien, dont la fureur et les riffs ravageurs traversent les décennies sans prendre de rides. La voix d’Allison fait envie aux filles et donnent envie aux mecs (et aux filles, n’est-ce pas miss NBB ?), les paroles sont à chanter à tue-tête, la musique est dansante et enivrante, non vraiment, c’est album est définitivement un des must-hear de l’année, excitant et jouissif, tout ce qu’on demande au rock.
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4 commentaires
J’aurais presque envie d’écrire une contre-chronique uniquement parce que la première ligne de cette chronique m’embête un peu (le milieu du deuxième paragraphe aussi). Mais je n’ai pas trop le temps là.
En bref, je préfère les deux premiers albums des Kills. Enfin, surtout No Wow. Je trouve, par contraste, que Midnight Boom est un peu superficiel, un peu trop soigné. Je l’aime bien, attention (Tape song est géniale, par exemple). Il a ses qualités et sans doute que tu (tu permets que je te tutoie ?) en parles mieux que moi.
Il n’empêche, pour moi, il n’y a pas photo : No wow est plus puissant, plus dur, plus noir et rugueux que ce Midnight Boom.
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Peut-être trop noir alors. Je trouve que les deux premiers manquent d’émotions, de chaleur, de ce quelque chose qui moi m’accroche automatiquement. Il y avait un truc qui me gênait.
Et c’est pour ça que je parle pas des albums qui ne m’ont pas plus plus que ça, c’est parce que je ne sais pas dire pourquoi :-D
Et je t’en prie, tutoie-moi :) Et je t’en prie encore plus, fais une contre-chronique :-p
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Oh oui !
Fiévreux, excitant et jouissif ; tu ne pouvais pas tomber plus juste selon moi :)
(et ça me fait plaisir de les voir chroniqués ici…)
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Personnellement, j’aimais bien les deux premiers ( pas non plus de quoi crier au génie ) mais celui-là…
D’ailleurs j’en avais fait une assez mauvaise critique en mars.
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excellente critique pour un des albums les plus sous-estimés de 2008! moins abrupt que les deux précédents, plus sexy, plus accrocheur… que demande le peuple? je n’ai vraiment pas compris pourquoi cet album n’a pas été mis plus en avant par les critiques (sans que personne ne le descende non plus d’ailleurs) ; je suis prêt à parier que dans quelques années ce sera cet album qu’on retiendra d’eux.
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