
Rook
par Shearwater
Matador – 2008

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Il est souvent intéressant d’aller voir les critiques négatives d’un album quand on sait qu’on va en parler en bien. Pour le deuxième album de Shearwater, la seule critique négative que j’ai trouvé est venue de Tiny Mix Tapes qui reprochent aux chansons de Rook d’aller nulle part pendant 2 minutes, avant de faire semblant d’aller quelque part pendant le reste de la chanson en usant d’arrangements mélodramatiques « explosifs ». J’ai envie de répondre : « et alors ? » (« so what ? », au cas où ils viendraient jeter un coup d’oeil ici). Si c’est pour dire en gros « Cet album ne m’a pas touché », autant ne rien dire a lieu d’essayer de justifier une note merdique avec des arguments aussi nuls. Ceci étant dit, attaquons-nous à ce disque.
Il y a selon moi plusieurs manières de « juger » un album. L’une d’entre elles est de recenser les noms qui viennent à l’esprit à l’écoute de cet album. Avec Rook, on est servi. J’étais plus ou moins passée à côté du disque, et puis je l’ai vu à plusieurs reprises dans les classements des 14 blogs qui ont participé au classement fédéré des meilleurs albums de 2008, et je me suis dit que j’allais lui donner sa chance. J’ai écouté la première piste, « On the Death of the Waters », et comme rarement je l’ai été cette année, j’ai été sur le cul. La voix fait penser à Jeff Buckley, Art Garfunkel et Morrissey pour son excellence, sa délicatesse et sa puissance. En outre les arrangements sont magnifiques, comme sur tout l’album, et la chanson me fait penser au meilleur de Pink Floyd, avec, effectivement, une explosion vers 1’30″ où j’ai failli perdre un tympan. Tout ça sur une seule chanson. Et croyez-le ou non, mais les 9 autres chansons sont toutes au moins aussi bonnes. Aucune mauvaise chanson, aucun temps mort pendant ces 38 minutes d’un indie-rock ambitieux.
Un peu comme Get Well Soon, Shearwater redonne à l’indie-rock ses lettres de noblesse, lorsque tant de groupes se complaisent dans un minimalisme bâclé et chiant en se prenant pour les Kills et chantant comme une pâle copie de Julian Casablancas des Strokes. Avec Rook, on est de nouveau dans la cour des grands. En fait, cet album se distingue tellement des autres disques indie-rock qu’on a du mal à le classer dans cette case. Il rompt avec tout ce qu’on s’est mangé pendant 2 ans. La réverb’ est quasi-inexistante, chaque détail est travaillé, on entend de la harpe, du banjo, des violons, du glockenspiel… On pense à Arcade Fire pour l’éclectisme et l’emphase (parfois un poil excessive, mais peu importe), à Radiohead pour la beauté des textes.
Comme l’indique la pochette de l’album (une version à la Hitchcock (« Les Oiseaux » !) de la destruction de notre environnement ; assez flippante je trouve ; cliquez dessus pour la voir en plus grand), les paroles de Jonathan Meiburg et Will Sheff ne sont pas des plus joyeuses… S’il fallait résumer, on pourrait parler d’une vision de l’apocalypse face à l’inaction de l’Homme. C’est intense, dramatique, captivant, même si j’ai parfois du mal à comprendre ce que Jonathan Meiburg raconte, notamment sur « I Was a Cloud », où l’on croirait entendre un Bon Iver qui vient de se réveiller, ou en train de s’endormir, on ne sait plus. D’ailleurs à la première écoute de cette chanson, je l’ai trouvée terriblement ennuyeuse, et puis deux écoutes plus tard, elle est devenue une de mes préférées. Je ne le dirais jamais assez, ne vous fiez pas à la première impression, écoutez les albums plusieurs fois, sinon vous allez passer à côté de pas mal de choses.
C’est beau, tout simplement. Si vos conditions d’écoute sont bonnes, il y a d’excellentes chances pour que cet album vous touche et vous fasse frissonner très facilement. Je mettrai même quelques pièces là-dessus (et dieu sait que j’suis radine).
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[ratings]
Eddie Williamson ‒ 20 décembre 2008